Yves Duteil : Heureux de vivre

by administrator

 Flagrant Délice − le titre de son nouvel album : ces mots décrivent parfaitement l’émotion des premiers concerts de sa nouvelle tournée. Après des mois de convalescence, à la suite d’un problème de santé dont il est sorti miraculé, Yves Duteil exulte de joie.

Propos recueillis par Emmanuel Querry

Il aurait pu ne plus chanter les mots ni jouer de cette guitare qu’il chérit tant et ne plus cueillir les fruits du partage avec son public. C’était au mois de janvier 2013, lorsqu’Yves s’effondre suite à un problème au cœur. Après beaucoup de complications et une opération à cœur ouvert, le ciel retarde son repos éternel. Il traverse cette parenthèse inattendue avec l’envie haletante de remonter sur scène, une vraie résurrection.

Que d’émotion entre cette épreuve et ce retour sur scène ?

Lors du premier concert au Trianon à Paris, en entrant, je me suis senti porté par le public, j’ai senti qu’il y avait une affection énorme, il s’agissait quand même de retrouvailles après un long moment d’attente.

Qu’éprouvez-vous d’être vivant et en pleine santé aujourd’hui ?

Je sais que bien souvent dans ce type de pathologie on ne s’en relève plus, mais j’ai eu de la chance. Noëlle, mon épouse, m’a beaucoup aidé dans cette période, à récupérer moralement, à sortir par le haut et à me remettre sur les rails de la création avec une énergie plus grande encore car je pourrais ne plus être là. Je me dis : si je suis encore là c’est sûrement parce que j’ai encore du boulot à faire, c’est un nouveau démarrage.

Finalement, quelle chance de pouvoir vieillir ?

« Maintenant je sais que le pire serait de ne pas vieillir, d’arriver là où tout s’achève sans pouvoir terminer mon rêve », je le dis dans la première chanson de mon spectacle. On a la chance d’être vivant et la conséquence immédiate c’est de vieillir. On n’en a pas conscience car on vit comme on respire. Mais quand on y pense, on analyse et on se dit qu’on a un rôle à jouer. On n’est pas là par hasard, on a de la chance d’être encore là.

Dans votre dernier album, la chanson Le temps presse critique d’ailleurs le rapport au temps de notre époque ?

On vit dans le monde de l’éphémère, on fait tout et son contraire, on fait vite et on fait mal parce qu’il faut faire, mais la limite que nous impose le temps est un des éléments prépondérants dans notre existence. Si on avait l’éternité pour faire les choses, on ne ferait plus rien. On est beaucoup plus efficaces quand on sait que le temps est limité.

Éprouvez-vous la nécessité de délivrer des messages dans vos chansons ?

Non pas du tout. J’aimais bien une phrase de Moustaki qui disait : « Un oiseau ne chante pas pour dire quelque chose, il chante parce qu’il a une chanson à chanter. » La musique, c’est un partage qu’on établit, ce n’est pas une leçon qu’on donne. Ce n’est donc pas un message qu’on passe mais peut-être que c’est un message qui passe.

D’où vient votre inspiration ?

Je vais puiser mon inspiration dans le silence. On remplit le silence comme on remplit un vide, alors que le silence n’est jamais vide. À l’intérieur, il y a une petite voix qui est comme une petite boussole qui cherche à nous donner le nord, mais qu’on n’écoute pas souvent. Et il y a des sujets qui remontent et qui disent des choses essentielles.

Vous êtes le petit-neveu de Dreyfus, que gardez-vous de cet héritage ? Une vigilance ?
La vigilance est toujours d’actualité car malheureusement la haine est au milieu de nous. Si on a oublié les drames du passé on sera condamné à les revivre.

Vous êtes donc juif d’origine et chrétien par votre baptême, comment vous définissez-vous ?

Je me sens judéo-chrétien, je suis né juif et ce baptême j’en porte la trace. J’en garde l’empreinte et il a fait de moi aussi un chrétien. Il y a des points communs entre les religions. Et le mot en commun c’est l’humanité, au sens du sentiment, une façon d’être, un regard.

Quelle relation entretenez-vous avec Dieu : est-ce que vous priez ?

J’ai découvert la prière lorsque mon épouse Noëlle était malade. Je ne savais plus quoi faire, j’étais désemparé, et je me suis aperçu que je priais. J’en ai déduit que je croyais et que je croyais à la force de la prière, donc je n’ai plus résisté à cette chose irrationnelle, qui s’est imposée à moi à ce moment-là.

Avez-vous un lieu de prédilection propice au recueillement ?

J’ai d’abord le silence, « une sorte de ciel du dedans » comme dit Nougaro, et puis il y a un endroit en Corse près de Bonifacio : l’Ermitage de La Trinité. Il y a là-bas une petite statue de la Vierge enchâssée dans des rochers, avec des bougies qui brûlent tout autour et il y règne un silence propice au recueillement, habité par le bruit du vent sur les feuilles, le bruit de la mer et l’espace immense.

Avoir la foi, est-ce un moteur dans votre vie ?

Le fait de croire c’est ce qui nous fait avancer. Je crois que le but c’est surtout le chemin. « Ne demande pas ton chemin à quelqu’un qui le connaît tu ne pourrais plus t’égarer », enseigne un rabbin.

Que pensez-vous du pape François ?

Je suis très sensible à cet homme-là, il a quelque chose de différent, peut-être parce qu’il apporte justement une humanité à la religion et à l’interprétation des textes. J’ai beaucoup de mal à rentrer dans la Bible mais je cherche à y rentrer quand même. J’aimerais comprendre, parce que je sais qu’il y a quelque chose à cueillir.

Quel est le saint ou l’homme de foi qui vous a profondément marqué dans votre vie ?

Le premier homme qui me vient à l’esprit, c’est Jean-Michel di Falco (ndlr : actuellement Évêque de Gap et Embrun), parce c’est quelqu’un qui m’a fait croire en Dieu sans jamais m’en parler. Je pense qu’on croit en Dieu quand on voit de ses propres yeux l’humanité de quelqu’un. Je lui ai d’ailleurs dédié deux vers dans ma chanson Hommage.

Vous êtes un artiste engagé dans diverses associations, quelle corde sensible vous conduit à soutenir ces causes ? C’est une harpe, cette corde sensible. Il y a tellement de misère. Ce qui me touche c’est qu’un monde se tourne vers un autre. Car une partie du monde fait le voyage en « solidaire ». Le public m’a fait le cadeau de la notoriété qui peut me permettre de tourner le projecteur vers des causes qui méritent d’être éclairées. On a créé, avec l’association « Apresschool », une école à Pondichéry. Par ailleurs, j’étais récemment à Toulouse pour une autre association, dont le but est de vaincre la mucoviscidose. Et je poursuis mon engagement en faveur de l’Unicef.

 

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