Yael Naim, la voix de velours

by Alexandre Meyer

Née à Paris, Yael Naim passe son enfance en Israël. Auteur compositrice, pianiste et guitariste accomplie, elle rencontre David Donatien en 2004. Ensemble ils enregistrent le single « New Soul » en 2007. La consécration est immédiate. Leur premier album intitulé Yael Naim, sort dans 18 pays et s’écoule à 800 000 exemplaires.

Propos recueillis par Alexandre Meyer

Elle signe avec son compagnon à la vie comme au studio d’enregistrement David Donatien, la bande originale du film Grandir, réalisé par Jill Coulon. Grandir, c’est l’histoire d’une rencontre entre une association, Enfants du Mékong, qui agit depuis 1958 pour l’éducation des enfants pauvres, un couple de musiciens connus dans le monde entier, une réalisatrice amoureuse de l’Asie et des histoires humaines fortes et six enfants au destin hors du commun. Autant de talents associés pour que naisse une œuvre artistique éblouissante, destinée à sensibiliser le plus grand nombre à la cause de ces enfants et à la chance qu’est l’éducation…

Comment vous-êtes vous retrouvée embarquée dans le beau projet de Jill Coulon ? 

Avec David nous avons été touchés par le travail de Jill, par le sujet du film et les multiples raisons qui l’ont poussée à réaliser ce documentaire.

Votre musique est optimiste, réconfortante. Quel diapason a donné le « la » de votre composition : celui des souvenirs, de la joie ? 

Ma musique est le reflet des émotions que tout être humain peut ressentir, donc tout dépend de ce que je ressens moi-même à cet instant-là ou de ce que la scène m’inspire.

Qu’est-ce qui vous a le plus touchée : la beauté des images, la pureté de l’enfance, les promesses de l’éducation ? 

Les trois à l’évidence ! La beauté des images se mêle au beau travail d’Enfants du Mékong en faveur de l’éducation des jeunes défavorisés. Nous avons voulu participer à notre manière à cet objectif magnifique que le film et l’association cherchent à atteindre d’une façon remarquable.

L’éducation des enfants repose sur le soutien de leurs parrains et marraines. Pensez-vous que l’action de chacun d’entre nous a un impact décisif sur le cours des choses ? 

Oui ! Après avoir visionné le film lors de la première (le film a été projeté en première mondiale lors de la cérémonie d’ouverture du FICA, le Festival international des cinémas d’Asie, en présence du ministre de la culture, Franck Riester, Ndlr), nous avons décidé de parrainer quelques enfants nous aussi. En voyant le film, vous prenez vraiment conscience du fait qu’une simple action de notre part peut avoir un impact important sur la vie et le destin d’un enfant.

Le film est empreint d’une douce confiance, d’une espérance. Est-ce une vertu qui vous anime ? 

Oui, je crois que tout peut arriver dans la vie, que nous pouvons nous emparer des couleurs dont nous avons hérité et que nous sommes libres de peindre le tableau que nous voulons avec. Désolée si cette image vous paraît simpliste, mais c’est mon ressenti !

Devrions-nous réapprendre à regarder la vie à travers les yeux de ces enfants, à hauteur d’enfant ? 

Parfois, vous possédez tant que vous n’en prenez même plus conscience et ne profitez pas de tout ce que vous avez. Parfois, vous n’avez pas grand-chose mais vous souriez à l’existence et ressentez de la gratitude pour les choses les plus simples et qui sont les plus importantes.

Avez-vous été touchée par la joie spontanée de ces enfants qui ont parfois connu la misère et l’injustice sociale ?

Oui beaucoup. C’est toujours une belle leçon de réaliser que la joie ne dépend pas nécessairement de ce que nous possédons ou de l’accomplissement de choses très importantes. La joie, vous pouvez vous l’offrir à tout instant et très simplement. Elle est liée à votre façon de percevoir la vie et les choses toutes simples qu’elle a à vous offrir. Servez-vous de votre corps et profitez du soleil, partez en promenade ou esquissez quelques pas de danse ! Prononcer ces quelques mots peut paraître « cliché », mais c’est si fort lorsque vous leur donnez vie.

Certains enfants subissent des discriminations sociales ou ethniques très lourdes à supporter. Que vous inspirent-elles ? 

Que la stupidité humaine est parfois sans limite ! Quand les enfants en sont la victime, elle est choquante et révoltante. Je ne saurais vous dire comment la combattre, hormis de soutenir ceux qui ont trouvé le moyen d’agir pour y faire face.

La culture, les chants, les danses qui se transmettent entre les générations semblent « exotiques » à nos yeux d’occidentaux « modernes », avons-nous perdu la mémoire de ce que nous fûmes ? 

J’ai l’impression que nos modes de vie ont séparé les générations. Elles ne sont plus aussi liées qu’auparavant en général. J’éprouve une grande passion et beaucoup de respect pour ces cultures qui vivent encore naturellement selon le « cycle de la vie », où trois générations – et parfois plus – sont restées proches les unes des autres et continuent à s’entraider.

« I feel your grace, I see your face » (je sens ta grâce, je vois ton visage) dit l’une de vos chansons. Que vouliez-vous dire par ces mots ? 

Cettechanson s’intitule Meme Iron Song. Elle est consacréeà ma grand-mère et figure sur mon dernieralbum, Older. Elle nous a quittés mais je peuxtoujours ressentir ici-bas la grâce et tout ce qu’ellecontinue de me transmettre. Je la vois encore dansmes pensées et, l’âge et l’expérience venant, je réalise que ce qui nous relie est plus fort que lesdifférences qu’il pouvait y avoir entre nous.

SON DERNIER ALBUM

Older : son quatrième album studio, coproduit et co-composé avec David

Donatien. Teinté de jazz, de folk et de blues, une pépite. Tôt ou tard, mars 2015, 19 €

SES RÉCOMPENSES

2008, Victoire de la musique de l’album musiques du monde de l’année

2011, Victoire de la musique de l’artiste interprète féminine de l’année

2013, Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres

2016, Victoire de la musique de l’artiste féminine de l’année

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