Y a-t-il encore des guérisons miraculeuses ?

by Hélène Bordes

Les Évangiles rapportent de nombreux récits de guérisons miraculeuses faites par Jésus. Sont-elles juste des symboles ? Peuvent-elles arriver encore de nos jours ?

Le débat entre Lili Sans-Gêne et Mary Healy

Dans la mission du Christ, les guérisons du corps ne sont pas si importantes. Elles sont symboliques.

Beaucoup en effet pensent que les guérisons ne sont que secondaires dans le ministère de Jésus. Mais les Évangiles nous disent le contraire. Du point de vue biblique, l’être humain est une inséparable unité de corps et d’esprit. Le Christ n’est pas venu « sauver des âmes », mais sauver l’humanité. Il est venu élever nos âmes et nos corps à la plénitude de la vie divine, à la communion éternelle avec Dieu et tous les rachetés. Le corps a par conséquent une valeur inestimable dans le projet de Dieu. Il est dit qu’il sera un jour incorruptible et glorieux. Les guérisons qu’opère Jésus sur les corps malades et les infirmités sont une annonce de la glorieuse destinée du corps humain. Vingt-et-un pour cent des récits de l’Évangile concernant le ministère public de Jésus sont consacrés aux guérisons physiques et aux exorcismes. La guérison et la délivrance ne sont donc pas périphériques, elles constituent le cœur même de sa mission. En définitive, Jésus est venu guérir l’humanité de sa plus profonde blessure : la blessure de ses péchés et de sa séparation d’avec Dieu, avec tout ce que cela implique de fractures spirituelles et physiques. Jésus guérit et donne la vie car c’est là sa nature même, à l’égal de Dieu.

Pourtant Jésus attend plutôt des chrétiens qu’ils supportent l’épreuve de la maladie et l’offrent par amour pour lui.

Nulle part dans les Evangiles il ne nous est rapporté qu’il ait simplement conseillé à quelqu’un de supporter la maladie qui était la sienne. En aucun cas il ne laisse à penser qu’une personne en demande trop et devrait se contenter d’une guérison partielle ou supporter son état. Il considère invariablement la maladie comme un mal qui doit être vaincu, plutôt que comme une chose à embrasser. Pourtant, Jésus ne répond pas toujours immédiatement aux demandes des foules nécessiteuses. En quelques rares occasions, il se retire dans la solitude pour prier et être avec le Père avant de se diriger vers sa prochaine destination. On doit aussi préciser que Jésus ne guérit pas tous les malades qu’il rencontre. Il laisse une partie de la tâche à ses Apôtres ! Cependant, les Écritures ne disent pas qu’on obtiendra automatiquement du Seigneur une guérison si l’on prie avec suffisamment de foi. Jésus exhorte aussi ses fidèles à « visiter » les malades. Mais il est raisonnable de conclure que le Seigneur souhaite guérir bien plus souvent qu’on ne le croit.

Admettons que Jésus ait fait des guérisons par amour pour les hommes, avant de leur offrir sa vie. Mais après lui, cela s’est arrêté, c’était son don à lui !

Au cours de son ministère public, Jésus renvoie ses douze Apôtres à une mission pratique. Voilà ce qu’il leur commande : « Chemin faisant, proclamez que le Royaume des Cieux est tout proche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons. » (Mt 10, 7-8). Il ne leur était pas demandé de prêcher l’Évangile en paroles seulement, mais de le manifester par des actes de puissance. Ce n’est pas par leurs propres moyens qu’ils accomplissent ces œuvres, mais par l’autorité que le Christ leur délègue. Saint Luc rapporte que Jésus commande plus tard à un groupe de soixante-dix personnes : « En toute ville où vous entrerez et où l’on vous accueillera (…) guérissez les malades et dites aux gens : Le Royaume de Dieu est tout proche de vous. » (Lc 10, 8-9). Ainsi, le don de guérison d’abord donné à Pierre et aux Douze Apôtres commence rapidement à se diffuser parmi les autres membres de l’Église. D’ailleurs, après sa Résurrection, le Seigneur ressuscité a étendu son autorité à tous les croyants, leur permettant à eux aussi de guérir et de chasser les démons. Concernant les signes qui accompagneront « ceux qui croient », c’est-à-dire les chrétiens, il dit : « En mon nom, ils chasseront les démons, ils imposeront les mains aux infirmes et ceux-ci seront guéris » (Mc 16 ; 17-18).

Peut-être qu’au temps des premiers chrétiens il y avait besoin de signes comme les guérisons pour que les gens deviennent chrétiens, mais aujourd’hui Dieu n’intervient plus comme cela.

Je pense au contraire que nous nous trouvons aujourd’hui dans une situation culturelle qui est, sous plusieurs aspects, plus semblable à ce que vivaient les premiers chrétiens qu’à aucun autre moment de l’Histoire. Il y a une hostilité croissante envers le christianisme. Une pression sociale interne intense nous pousse à garder notre foi pour nous-mêmes et à rester en dehors du débat public. De très nombreuses personnes vivent selon un mode de vie essentiellement païen et hédoniste. Beaucoup ignorent complètement les Évangiles. Or les temps de grand trouble requièrent que le Saint-Esprit se répande davantage : un plus grand zèle pour l’Évangile, une foi à déplacer les montagnes, davantage de guérisons, de joie et de courage face à la persécution. Si l’Église d’alors, dont la mission évangélique était menacée de l’extérieur, a tant prié pour obtenir signes et miracles, pourquoi ne faisons-nous pas de même aujourd’hui ?

J’ai plutôt envie de vous demander : pourquoi n’y a-t-il plus de miracles aujourd’hui ? S’il y en avait, on en demanderait plus !

La meilleure réponse à cette question est : il y en a ! Les guérisons miraculeuses sont beaucoup plus courantes qu’on ne le pense généralement. Mais il est vrai qu’on attend moins la guérison aujourd’hui que dans les Églises primitives et médiévales. Une des raisons est l’influence, sur de très nombreux chrétiens, du rationalisme des Lumières. La philosophie des Lumières rejette la révélation divine proclamée par l’Église au profit de la seule raison. Le résultat de ces idées est une perte du sentiment de la transcendance qui a, depuis, profondément affecté la culture occidentale. Dans les temps anciens, le monde était, pour les gens, imprégné de mystère, rempli de la présence et de l’activité de Dieu. Aujourd’hui, on considère le monde comme un produit des lois de la physique, de l’évolution et du hasard pur. Partant d’une telle vision, il est difficile de croire ou d’attendre des guérisons surnaturelles.

Il faut bien distinguer les vrais miracles, ceux qui sont inexplicables scientifiquement, et les « faux miracles », ceux qui sont dus à des causes naturelles.

La manière dont nous considérons aujourd’hui les miracles est différente de la compréhension qu’en avaient les chrétiens des temps anciens. L’idée que le miracle implique toujours un dépassement des lois de la nature est une idée moderne, jugulée par la vision du monde héritée des Lumières comme étant un système clos auquel Dieu ne prend pas part. Mais les Écritures et la Tradition ont une vision plus large : est considéré comme miracle tout acte par lequel Dieu manifeste sa puissance. Dans le sens biblique, le miracle peut impliquer des causes tout aussi bien naturelles que surnaturelles. Il peut impliquer l’œuvre de Dieu dans la nature selon des modalités qui nous restent mystérieuses et inconnues. Il peut impliquer une extraordinaire coïncidence, telle qu’une rencontre fortuite menant quelqu’un atteint d’un mal rare vers le médecin qui peut le soigner. Il peut inclure l’interaction entre un thérapeute professionnel et une œuvre divine de guérison intérieure, qui va au-delà de ce que la thérapie peut faire. Pour la personne guérie, peu importe de savoir si la guérison est médicalement prouvable et incontestable. L’important est qu’elle ait retrouvé la santé. Quelle que soit la façon dont la guérison s’est produite, il est juste de se réjouir et de rendre grâce à Dieu. Même quand il semble que rien n’arrive en réponse à nos prières, le Seigneur est peut-être en train d’accomplir d’immenses bien qu’invisibles changements. D’énormes obstacles spirituels ou psychologiques doivent souvent être surmontés avant qu’une guérison physique puisse se produire. Tandis que nous persévérons dans la prière, le Seigneur enlève peu à peu ces obstacles. Nous ne devrions jamais céder au désespoir.

Mary Healy est docteur en théologie biblique. Elle enseigne l’Écriture sainte à Détroit (USA). En 2014, le pape François l’a nommée à la Commission pontificale biblique.

ALLER PLUS LOIN

Guérir, comment offrir au monde la miséricorde de Dieu, Mary Healy, Éd. des Béatitudes, 2017

Les dons spirituels, Mary Healy, Randy Clark, Éd. des Béatitudes, 2018

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