Natasha Saint Pier : Vivre d’amour

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 Rencontre. La petite voie incarnée par sainte Thérèse de Lisieux se fraye un chemin dans la chanson française. Dans Thérèse, un album sorti fin avril, Natasha St-Pier lui prête sa voix d’or. Audacieux.

Propos recueillis par Magalie Germain.

Deux fois disque d’or, il ne manque qu’une auréole à Natasha St-Pier !Thérèse la lui vaudra peut-être. La chanteuse acadienne nous avait habitués à chanter l’amour, mais là… Elle donne sa voix à un message peu ordinaire. Dans Thérèse,Vivre d’amour, elle chante les strophes écrites à la fin du XIXe siècle par sainte Thérèse de Lisieux, une carmélite emportée par la tuberculose à 24 ans. Autour de Natasha, le projet convoque les voix de Sonia Lacen sur Mes armes, Elisa Tovati sur Rappelle- toi, Anggun sur le single Vivre d’amour. Un florilège de Thérèse servi par un collectif de talents.

Vous venez de fêter vos noces de coton…

Oui. Cette première année a passé à une vitesse fulgurante. On se sent encore jeunes mariés.

On vous dit très occupée !

Je suis coach pour la version belge francophone de l’émission The Voice ce qui me vaut d’être trois jours par semaine en Belgique. En ce moment, je bouge beaucoup parce que j’ai envie que Thérèse ne soit pas un album confidentiel. Il faut en parler, aller vers le public. 2013 rimera donc avec Thérèse. C’est le public qui va décider. Nous, on a travaillé très fort pour que ce soit un album spirituel.
Qui est Thérèse ?

C’est une femme qui aimait beaucoup. C’est une femme qui a consacré sa vie aux autres. Elle était carmélite et cloîtrée alors qu’elle aurait rêvé d’être missionnaire. Au final, ses petits gestes du quotidien, ses petites actions de bonté survivent après sa mort. Bien qu’elle n’ait jamais quitté la Normandie de son vivant, après sa mort elle est allée à la rencontre de la terre entière. Elle est connue partout dans le monde.

Même en Acadie ?

Oui, Thérèse de Lisieux est vraiment connue partout. Chez moi, les gens la connaissent.

Génial comme destinée.

Il est certes beaucoup plus facile de faire un grand geste un jour que de faire comme elle, au quotidien, tous ces petits gestes d’amour et de s’y tenir sans fauter. C’est en ce sens que Thérèse inspire beaucoup.

Et vous, comment interprétez-vous ces chansons ?

Thérèse était une jeune femme amoureuse. Du coup ce sont des textes faciles à s’approprier parce qu’ils vont parler aux mères, aux pères, aux enfants, aux amoureux. Elle était tout ça à la fois. Quand,elle dit : « Jésus, mon seul bonheur, c’est de t’aimer », c’est juste une grande chanson d’amour.

Piaf, dit-on, la priait beaucoup !

Oui, tout à fait. Édith Piaf a recouvré la vue alors qu’on l’avait emmenée à l’âge de trois ou quatre ans se recueillir sur la tombe de sainte Thérèse, à Lisieux. De ce jour, Piaf l’a priée fidèlement. Elle portait une médaille de Thérèse chaque fois qu’elle montait sur scène.

Ça pourrait vous arriver ?

Je ne sais pas. Je dois avouer que j’ai changé depuis que je me suis impliquée dans ce projet. J’entends beaucoup de témoignages de gens qui ont été touchés dans leur vie par Thérèse. Je suis conduite à me poser beaucoup de questions, à reconnaître que bien des choses nous dépassent dans ce monde.

Et Lisieux ?

J’y suis allée. Il fallait que je passe par là avant de me lancer. Je suis allée rencontrer Thérèse et lui demander son aide pour porter ce projet costaud.

Vos impressions ?

On peut difficilement ne rien ressentir. Il faut voir cette basilique monumentale construite pour un si petit bout de femme. Un si grand édifice n’a été construit qu’avec des dons.On se rend compte alors de l’importance que Thérèse a eue dans la vie de millions de gens.

Qu’y a-t-il d’actuel dans son message ?

Oh, mon Dieu ! ce serait de ne pas juger. Même aux gens qui l’ont fait souffrir et qui ont été très durs avec elle, Thérèse a toujours essayé de donner le meilleur d’elle-même.

Êtes-vous aussi catholique que votre nom de famille ?

(Rires.) Je reviens à la foi depuis quelques années. J’ai été baptisée. J’ai grandi dans
la religion catholique. Petite, j’allais dans une école avec des cours de catéchisme. Après, c’est vrai
que les parents ne nous ont jamais emmenés à la messe le dimanche. Mais moi, j’ai eu besoin, j’ai
eu envie d’aller à l’église de temps en temps. Surtout après le décès de ma meilleure amie. Et je vous avoue que pendant la période du carême, à l’exception des deux dimanches où j’ai travaillé, je suis allée à l’église tous les dimanches.

Quel sera le public de l’album ?

Aucune idée. Je suis assez surprise par les réactions de gens que j’imaginais loin de tout ça et qui sont touchés. Des jeunes aussi. Sur twitter. Le projet ne va pas se limiter à un public qui connaît déjà Thérèse. Moi-même, j’ai découvert Thérèse à travers ces chansons. Elle
m’a touchée. Elle m’a donné envie d’être meilleure.

Que peut-on vous souhaiter ?

Si je fais bien mon travail, de permettre à des gens qui a priori ne seraient pas allés vers l’Église de rencontrer le message de Thérèse à travers la musique populaire.

Et votre mari… que pense-t-il de tout ça, de sa femme couronnée de roses ?

C’est mon mari ! Il m’aime quoi que je fasse ! À travers tout ça, il découvre des choses nouvelles. Il n’a pas été du tout élevé dans la foi catholique, mais alors pas du tout. Je lui en parle beaucoup. Il apprend. Comme je veux faire un mariage religieux – ce qu’on n’a pas encore fait –, je l’emmène tranquillement vers tout ça.

Et avec vous ?

On m’a appelée alors que les chansons étaient déjà faites. Au début, j’ai eu un peu peur. Un album religieux, ce n’était pas trop ce dont j’avais envie… Et en écoutant les chansons,
la musique et les textes m’ont touchée, interpellée. J’ai décidé de m’investir.Ce qu’il faut retenir d’elle ? L’amour des autres, le don de soi et la générosité. Sans la foi, seriez-vous encore Natasha ? Quand on est artiste, on est obligé d’avoir la foi. Une fois que notre oeuvre est accomplie elle ne nous appartient plus. On ne peut qu’avoir de l’espérance pour ce qu’elle va devenir. On est obligé d’avoir la foi en la vie. Tous les artistes, qu’ils l’expriment envers Dieu ou envers autre chose, sont des gens qui ont la foi. Savez-vous pourquoi les gens pleurent en écoutant l’album ? Ce sont des chansons qui
viennent nous parler au plus profond de nous mêmes. Thérèse a écrit ces textes alors qu’elle avait entre 15 et 24 ans. On y entend la pureté d’une âme d’enfant mêlée avec une sagesse qui n’a pas d’âge et qui nous touche tous, croyants ou pas. Une telle pureté, une telle naïveté, une telle sagesse, c’est très rare, je n’ai jamais vu ça réuni.

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