Se ressourcer cet été

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Vacances. Les monastères sont des lieux en or pour prendre un peu de distance avec l’agitation de notre vie quotidienne.

Propos recueillis par Frère Jean-Pierre Longeat.

Il est de bon ton aujourd’hui de passer un temps dans un monastère. Les nombreux hôtes dans les hôtelleries monastiques viennent y chercher un sens renouvelé de leur vie ou plus classiquement un temps de ressourcement personnel. Plus largement, les monastères sont des laboratoires d’humanité où il fait bon se retrouver pour approfondir les valeurs fondamentales de l’existence et les données essentielles de la foi selon le Christ. Ainsi il est possible de dresser comme un tableau de la proposition chrétienne et monastique en dialogue avec la quête universelle de l’homme moderne.

Vous qui êtes venus faire étape dans une hôtellerie monastique, déposez votre fardeau, prenez le temps d’une véritable halte. Certes, un tel séjour n’est pas seulement un moment pour oublier tous les soucis, il est aussi l’occasion d’un débat intérieur en vue d’un retournement, d’un renouveau dans l’approche de votre vie. Nulle crainte dans cette démarche, l’amour en sera le moteur. L’espace intérieur va pouvoir s’élargir, il donnera la possibilité de vivre en vérité dans le silence.

Déposer son fardeau

Lorsqu’on arrive dans un monastère, le plus important est d’y être bien accueilli. En général, les frères et les sœurs qui composent les communautés mettent un point d’honneur à ce qu’il en soit ainsi. Il est bienheureux que dans la vie sociale, il existe des lieux où l’on puisse déposer le fardeau de la vie ou bien simplement partager la joie de ses découvertes ou les questions que l’on porte et qui appellent sans cesse de nouvelles réponses. Les monastères voudraient être de telles oasis. Ils ouvrent leur porte à quiconque souhaite recevoir un peu de nourriture fraternelle, d’amitié, de réconfort, de guérison dans une grande ouverture d’esprit et de cœur. La tradition d’hospitalité des monastères est en quelque sorte comme un témoignage que la vie est moins lourde quand elle est partagée et approfondie dans un même élan de confiance. Dans un tel accueil, tous peuvent trouver leur place, qu’ils soient croyants ou non. Les monastères peuvent devenir des espaces de partage, de dialogue, de vitalité au milieu d’un monde qui cherche à mieux expérimenter la qualité de la relation. En se présentant ainsi comme des cellules de vie au cœur du monde, les monastères veulent aussi proposer du silence, du recueillement, afin d’être facteurs de profondeur et permettre ainsi des choix très enracinés au cœur de l’existence.

Inspiration d’amour

En venant dans un monastère, on pense souvent que l’on va se recueillir dans le silence et la solitude ; cependant, ce n’est peut-être pas là l’essentiel. Le plus important est de se laisser toucher par cette inspiration d’amour qui permet d’espérer et de nourrir un sens profond de l’existence. Il n’y a probablement pas de désir plus fort au monde que celui d’être aimé et d’aimer.

Silence

Lorsqu’on arrive dans un monastère, ce qui frappe d’emblée, c’est une ambiance de silence. Comment s’accorder à un tel cadre ? Dans le monde contemporain, il est vraiment difficile de faire silence ; de plus en plus de personnes veulent le fuir, tellement cela donne une impression de vide, de vertige. Pourtant, dès que la porte d’entrée d’un monastère est franchie, chacun sent bien qu’il ne va pas pouvoir échapper à cette atmosphère. Et lorsqu’un hôte se retrouve dans sa chambre à l’hôtellerie, il se demande souvent comment il va affronter une telle épreuve. Pourtant la recherche de notre fondement, à l’intime de nous-même, nécessite que nous fassions vraiment silence. Nous pouvons y parvenir de manière progressive. C’est une lente conquête qui conduit peu à peu au vrai silence, même si au début, ce n’est que par intervalles. Il ne s’agit pas là d’un silence qui implique simplement le fait de se taire comme dans un monde où il est interdit de parler, mais d’un silence qui prend place en nous lorsque nous parvenons à apaiser les mouvements même de notre pensée.

La vie est transformée

En nous rendant capables d’une telle disposition, notre vie en est transformée. On est moins tenté de porter un jugement a priori. On accueille humblement l’autre dans sa différence. Durant un temps de retraite dans un monastère, il est possible de s’établir un peu dans une telle disposition. Le mouvement régulier de la respiration y aide. Il permet d’installer son attention non dans le mental mais dans le corps, là où la vie émerge en premier, bien avant qu’apparaissent les représentations de l’esprit. a

Propos recueillis par Émilie Pourbaix

Dom Longeat : ce moine est l’ancien Père abbé de l’abbaye bénédictine de Ligugé (86).

3 Clés pour goûter les bienfaits du silence

1. Economie de parole.

Il ne faut pas confondre le silence avec une absence de parole. Saint Benoît parle plutôt de l’économie de la parole. La parole qui monte aux lèvres doit venir d’un vrai silence intérieur et de ce fait, être épurée, juste et bonne ; c’est un art difficile mais qui donne à vivre de grandes choses !

2. Discernement.

Un vrai silence d’écoute profonde permet de faire des choix vraiment fondés. Parler beaucoup au contraire peut provoquer de graves chutes. Il arrive tellement souvent que la parole purement extérieure aille bien au-delà de notre intention et provoque des querelles à l’infini qui pourraient être facilement évitées. En pratiquant le silence de fond, un discernement s’opère plus facilement sur les représentations apparaissant en nous. L’adage de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de répondre à son interlocuteur relève de cette même approche. Un feu intérieur est constamment allumé en nous et nous donne de vivre tout événement avec pertinence dans la mesure où nous ne l’étouffons pas par un jaillissement de sensations et de pensées immédiates, sans recul de silence.

3. Bonnes paroles.

Accorder sa parole et ses réactions avec son fondement intérieur ne va pas de soi. Ainsi le vrai silence invite à une parole bonne, telle que la caractérise saint Benoît à plusieurs reprises. Il s’agit d’apprendre à dire ce que l’on a à dire de manière sobre, utile et sincère, sans mensonge, ni peur ou faux-fuyant.

TÉMOIGNAGE : « Mettre de l’ordre dans sa vie »

Fabienne a 65 ans. Retraitée active, elle est veuve, mère et grand-mère. Elle fréquente régulièrement les abbayes depuis toujours.

Depuis toujours, j’ai eu besoin de faire silence, dans les joies ou les peines. Dans une abbaye ou un monastère, je viens chercher un lieu d’accueil, de calme, de beauté, de liberté, de sérénité, pour faire halte, faire le point, trouver un havre dans la tempête, prendre du recul. Le silence nous met en face de nos problèmes, de nos frustrations, mais aussi de nos joies. Le silence d’un monastère nous permet de nous mettre en présence de Dieu. Le silence permet à des personnes très différentes de mener une vie communautaire tout en goûtant à la solitude. C’est le propre d’un monastère. Il permet de vivre une autre communication, de donner davantage d’attention à l’autre et à soi-même. Il aide aussi à mettre de l’ordre dans ses pensées et dans sa vie. Dans une abbaye, le silence est vivant, bienveillant, incarné, habité de la nature – oiseaux, arbres, torrents, bruits des bûcherons… Il est rythmé par la cloche, les offices, la musique, les rencontres… C’est tout le contraire d’un silence vide. Il me conduit à faire de la place, à laisser Dieu être Dieu en moi. Le silence pour le silence a pour moi peu d’intérêt, mais dans le cadre du monastère, il m’apprend à m’aimer et me redonne vie. Si je ne venais pas m’abreuver à la source, un monastère n’aurait pas grand intérêt. Je trouve le silence, bien sûr dans un monastère – c’est là que je fais le plein –, mais je peux aussi l’organiser dans ma vie quotidienne et m’octroyer des oasis de silence brèves mais qui permettent de puiser à la source. Le silence c’est comme la paix, cela se construit, cela s’apprend, cela exige une discipline et cela s’entretient.

Pour aller plus loin :

Faire halte dans un monastère, Jean-Pierre Longeat, Médiaspaul, 2015

Petit traité sur le temps à vivre, Marie-Anne Le Roux, Salvator, 2014

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