Jean-Marie Bigard : Scène de coeur

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 Rencontre. Oubliez son style cru et ses sketchs parfois osés. Découvrez un homme au coeur généreux et à la spiritualité incarnée. Le clown triste a su construire sa vie sur un passé tragique pour devenir un humoriste à succès, doublé d’un papa attentif.

Propos recueillis par Emmanuelle Dancourt.

9 de Bigard, son dernier spectacle est odorant et élégant comme un parfum ! Le temps (présent, passé, futur) sert de trame à une heure trente de réflexions et de rire sur un thème universel. Surprenant, le thème de votre dernier spectacle!

Vous devenez philosophe ?

Philosophe et scientifique. J’ai rencontré plusieurs experts et compris que nous vivons une fin de cycle. Nous sommes dans une période d’ouverture temporelle où tout est possible : fin de dictatures, révolutions arabes, mais aussi tsunamis et tornades

Vous devenez très sérieux !
Mais le spectacle est drôle ! Nous pouvons influencer notre futur avec des pensées positives. Tous les soirs, je m’en remets à Dieu : « Les tâches de ce jour sont accomplies, accueille-moi, je reviens vers toi. » Quand trente moines prient dans un monastère pour la planète, c’est super-important. On va vers moins de chaos grâce à eux.

Vous parlez de prière dans votre spectacle ?
Non, je parle de pensées positives. Je dis à mon public d’oublier les connards qui les emmerdent, d’essayer de n’avoir aucune malveillance pour qui que ce soit.

Vous priez avant de monter sur scène ?
Je dis : « Seigneur remplis mon coeur d’amour et envoie le dans le coeur de tous les gens qui sont là ce soir. » J’imagine cette montagne d’amour et j’en donne autant que je veux.

Pour donner de l’amour, faut-il en être rempli ?
Oui. Remplis d’abord ton tonneau et quand il débordera, il y en aura pour tout le monde et ce sera gratuit. Ne donne pas ce que tu n’as pas d’abord intégré.

Racontez-moi la « Parabole du chameau ».
Le Touareg sait qu’il y a des puits dans le désert. Le chameau aussi. Il tente le puits le plus près. Le Touareg dit non. Le chameau tente un puits plus loin. Le Touareg lui dit d’aller au puits le plus loin. Le chameau a compris et peut tenir trois semaines sans boire dans le désert, car il sait où il va. L’acteur est le chameau, le metteur en scène est le Touareg.

Votre mentor, Robert Lamoureux, serait fier de vous ?
Il veille sur moi, j’en suis sûr. Je lui dois tout. Dans un de mes spectacles, sans le dire, j’avais fait sept minutes de Lamoureux, très drôles.
Il m’a dit : « Tu es mon plus bel hommage. » Je lui avais tout pris ! Il m’a dit : « Avec joie ! » Vous a-t-il donné des clefs sur la vie ? Il a écrit
Éloge de la fatigue, un texte qui m’a fait beaucoup réfléchir. Je lui ai dit : « C’est beau comme du Cyrano de Bergerac ! » sans savoir qu’il l’avait justement écrit d’une traite après avoir vu cette pièce au théâtre.

La transcendance liée à l’acte théâtral est-elle un but en soi ?
C’est une quête d’absolu qui me parle, mais ceux qui se limitent à la hauteur des cintres voient petit ! La quête suprême de tout individu c’est l’union à Dieu.

Rire, c’est communiquer avec l’humanité ?
C’est une fusion, une communion. Quand le public rit, je ne touche plus terre ! Tout devient gratuit. C’est un sentiment de liberté incroyable.

Votre biographie Rire pour ne pas mourir en a surpris plus d’un
Ma mère décède d’un cancer quand j’ai 20 ans, mon père est assassiné. Un an après, mon meilleur ami meurt, mon appartement
brûle. Côté professionnel, je végète entre la mécanique et mon métier de barman. Il a fallu fonder sur ce passé. Ma foi est passée là. J’ai pensé que j’étais digne des épreuves proposées.

À 20 ans, vous aviez la maturité pour comprendre cela ?
Intuitivement. J’ai pardonné à l’assassin de mon père car il me l’a demandé. Très tôt j’ai compris la différence entre le remords et le
repentir. Rien de pire que les remords. Re-mordre ne sert à rien. Quand l’étage des parents s’est consumé, ce pardon donné a permis que cet étage se détache, pour que la fusée puisse aller plus haut.C’est très puissant de pardonner. Quelqu’un m’a dit un jour : « Ne ramasse pas les cailloux qui t’ont fait tomber. Ils t’ont déjà fait tomber, tu ne vas pas, en plus, les mettre dans un sac et les traîner avec toi, tu ne pourrais plus avancer. » J’espère avoir mis tous mes cailloux dans ce livre. Un livre écrit avec le coeur. Et lu avec le coeur. Tout le monde pleure en le lisant mais il reste très optimiste.

En avril 2007, vous avez accompagné Nicolas Sarkozy au Vatican. Un moment important ?

J’ai eu la chance de visiter les fouilles du véritable tombeau de saint Pierre. C’était très émouvant. J’ai pu aussi toucher la Pietà, alors que c’est interdit. Et j’ai rencontré le pape. Nicolas Sarkozy m’a présenté à lui comme un artiste chrétien et un gros donateur.
Un gros donateur ? Je finance un orphelinat à Madagascar, une maternité au Burkina-Faso qui dessert treize villages et que j’ai payée en vendant les photos de mon fils aîné Sacha à la presse. À une époque, j’ai financé un cinquième de la recherche contre le cancer. Et bien d’autres choses, mais vous en savez assez.

Toujours engagé dans « Bouchons d’amour » ?
Oui ! Nous récoltons 250 tonnes de bouchons par mois. Il faut 10 millions de bouchons pour acheter un fauteuil. Ce n’est pas
l’argent qui manque, c’est l’amour. Il suffit de ne pas jeter une infime partie de nos poubelles pour aider son prochain. On frise les 2 millions d’euros de fauteuils achetés pour les personnes handicapées.

Des projets ?

Je vais écrire un livre : Dieu est mon meilleur ami.

Quel rôle tragique aimeriez-vous jouer ?

Jean Valjean (dans Les Misérables, ndlr).

Quelle parole aurait voulu entendre Jean- Marie enfant ?

Ne t’inquiète pas, je suis Dieu, je suis dans ton coeur, pourquoi t’inquiéter ?

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