Le Saint Suaire : faux ou authentique ?

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Débat. À l’occasion de la fête de Pâques, le 16 avril, le débat sur le Saint Suaire – ou Linceul de Turin – est plus que jamais d’actualité. Pourrait-il être le drap ayant enveloppé le corps du Christ après sa mort ?

Le débat entre Lili Sans-Gêne  et Mgr Suaudeau

D’après des études très sérieuses, les traces de flagellation et de crucifixion qu’on voit sur le suaire ne sont qu’une caricature de flagellation, elles ne sont pas du tout réalistes.

Eh bien ! au contraire, les marques de flagellation présentes sur le corps de « l’homme du suaire » sont impressionnantes. Elles couvrent tout le corps, ne laissant pratiquement aucune partie indemne, des épaules au bas des jambes en passant par la partie antérieure du thorax et la région dorsolombaire. La prédominance de ces marques sur la face postérieure du corps prouve que l’homme a été fouetté la face antérieure tournée vers une colonne ou un pilier qui gênait l’arrivée des coups sur ce côté du corps mais ne les empêchait pas. Il n’y a pas de marques de flagellation sur les avant-bras, ce qui fait supposer que l’homme était suspendu par les mains durant la flagellation. Barbara Faccini (2008) pense que deux sinon trois types de fouets ont été utilisés durant la flagellation de l’homme du suaire, laissant trois types de marques : le type 1 (35 %)(115 marques) avec ses marques en haltères qui correspondrait au « flagrum » avec balles de plomb, qui a laissé les marques les plus évidentes, avec caillots de sang, le type 2 (65 %)(environ 170 marques), le plus fréquent, avec des lignes parallèles, sans hémorragies, et qui correspondrait à un fouet avec lanières simples, sans objets additionnés, du type des « fasces lictoriae », et un troisième type (moins de 1 %) plus rare et moins profond, sur les jambes et les cuisses. Elle estime que le processus de flagellation avait pour but de conduire le condamné à la limite de la mort, dans le cadre d’une punition exemplaire.

Pourtant, l’image présente sur le linceul a déjà été reproduite en laboratoire. C’est bien la preuve qu’elle est de main d’homme : c’est une peinture, rien de plus.

L’absence de tout pigment sur les fibres du suaire, et la résistance de l’image à toutes les tentatives de dissolution montrent qu’il ne peut s’agir d’une peinture. L’image est due en fait à une oxydation très superficielle des fibres de lin du suaire. On pourrait imaginer qu’elle a pu être produite par un agent physique ou chimique oxydant ou « roussissant ». Mais, si l’image avait été formée par le contact du lin avec un corps brûlant ou avec une composition chimique roussissante du lin on ne pourrait y voir les parties profondes du corps, yeux, base du nez, parties postérieures des membres, ainsi que le modelé général du corps, tels qu’ils apparaissent avec détail et finesse sur le suaire. Le caractère tridimensionnel de l’image et son exceptionnelle qualité orientent vers un mécanisme de formation par diffusion d’une substance à partir du corps enveloppé, ou par radiation, ou par effet électrostatique. Cependant toutes les tentatives pour reproduire l’image dans de telles conditions (diffusion de gaz, vapeurs, contact d’huiles ou de liquides, auto-oxydation provoquée du lin, procédé de la chambre noire, pigmentation acidique, transfert de dessin au carbone) ont été des échecs. Les images les plus approchantes, sur de très petites surfaces, ont été produites soit par un rayonnement ultra-violet puissant unidirectionnel soit par « décharge corona » (décharge électrostatique), mais au prix d’une longue exposition et d’importantes distorsions de l’image.

La datation du linceul au carbone 14 a été effectuée par trois laboratoires scientifiques indépendants. En analysant des échantillons à divers endroits du Saint Suaire, tous les trois sont arrivés à un résultat sans appel : il a été créé entre 1260 et 1390.

Le résultat de la datation du suaire au carbone 14 effectuée en 1988, parut surprenant à ceux qui avaient travaillé sur le tissu. De multiples anomalies furent relevées dans la mise en œuvre de la datation, mais ces anomalies ne pouvaient à elles seules expliquer l’erreur de plus de mille ans attribuée à la datation. Cette erreur peut s’expliquer par un accroissement du contenu de l’échantillon en carbone 14 donnant un « rajeunissement » du tissu. Pour F. Alconchel-Pecino (2012) l’incendie de 1532, à lui seul, pourrait expliquer le contenu anormalement élevé du suaire en carbone 14, par un phénomène d’échange isotopique lié à la température de 200 °C alors atteinte dans le reliquaire qui contenait le suaire. La combinaison d’une irradiation préalable par neutrons (donnant un rajeunissement de 360 ans) suivie d’une élévation thermique a permis de fait d’obtenir sur des échantillons de lin de date connue, un rajeunissement de 1 120 années (Barbesino et Moroni, 2008).

Une autre explication fait appel à l’hypothèse selon laquelle la formation de l’image corporelle sur le suaire serait liée à une irradiation du tissu du suaire par des protons/neutrons qui seraient venus du corps de l’homme du suaire ((J.-B. Rinaudo, 1998). Le flux de neutrons aurait entraîné un enrichissement du taux de carbone 14 dans le tissu du suaire par génération à partir du carbone 13.

Si, à tout hasard, ce linge datait d’avant 1260, et pourquoi pas, supposons, du premier siècle, de toute façon, cela ne prouve pas davantage qu’il s’agisse du linceul ayant servi à envelopper le corps du Christ. Et même si c’était le cas, cela ne prouverait en rien sa résurrection…

On ne peut nier que le suaire nous restitue une image fidèle de tous les sévices portés à Jésus durant sa passion, selon le récit des évangiles. Pour rendre compte de l’identité de l’homme du suaire en excluant Jésus, on invoque l’hypothèse d’un malheureux qui, ayant vécu à l’époque du Christ, aurait subi exactement les mêmes sévices que lui. Mais cela cadre mal avec les conditions de sépulture étonnamment luxueuses dont a bénéficié le corps de l’homme du suaire (suaire de lin très coûteux, venant des Indes, tombeau individuel, fermé), qui correspondent, elles, à ce que disent les Évangiles de la sépulture de Jésus.

En ce qui concerne l’hypothèse de résurrection, la netteté des images sanguines sur le suaire ne peut s’expliquer que si le corps porteur des caillots qui avaient produit ces marques avait littéralement disparu sans déplacement de ces caillots, et si un processus venu du corps avait fixé sur le lin l’image du contour de ces caillots, avant que le corps ne disparaisse. De même, la précision de la double image de corps qui s’est projetée orthogonalement sur le suaire, à partir de tous les points de la face antérieure du corps, sans distorsion au niveau des coudes et des genoux, et sans image de contour du corps évoque une formation par rayonnement à partir d’un corps en train de disparaître, (cloth collapse theory de J. Jackson).

Ce qui est le plus incompréhensible pour moi, c’est que des millions de gens se déplacent pour le voir à chaque fois qu’il est montré au public, alors qu’on n’a pas la preuve qu’il est authentique…

Les gens qui se déplacent, souvent de très loin, pour passer un instant devant le saint Suaire, en silence, font une démarche profondément spirituelle. Il s’agit pour eux de rencontrer le Christ, vivant, mort et ressuscité, au travers de l’image imprimée sur le suaire, qui nous parle de Lui. « Car ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et qui s’est livré pour moi » (Galates 2,20). a À suivre.

Monseigneur Jacques Suaudeau

Jacques Suaudeau, prêtre du diocèse de Grenoble, médecin, ancien research associate aux National Institutes of Health, USA) et au Massachusetts General Hospital (Boston, USA), ancien official au Conseil pontifical pour la famille, ancien directeur de la section scientifique de l’Académie pontificale pour la vie. Son prochain livre à paraître : Le Suaire de Turin. Un témoin pour notre temps. De l’analyse historique à l’investigation médicale, Éd. Peuple Libre, Valence

Aller plus loin :

Contre-enquête sur le Saint Suaire Maria Grazia Siliato, Plon,1998

Que penser du Suaire de Turin aujourd’hui ? Philippe Quentin, Éditions Emmanuel, 2001

101 questions sur le Saint Suaire, Pierluigi Baima Bollone, Éd. Saint-Augustin, 2001

Le Saint Suaire revisité, Jean Léveque, René Pugeaut, Sarment, Éditions du Jublié, 2003.

La passion de Jésus Christ selon le chirurgien, Pierre Barbet, Médiaspaul, 2000

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