Pères cherchent repères

by administrator

Éducation. Du père autoritaire et absent au papa poule, les jeunes pères se cherchent encore. Ils peinent à trouver le juste équilibre et à prendre leur place dans la famille et dans le couple. Et si une paternité épanouie restait à inventer ?

La tradition juive rapporte cette parabole.

« Il en est comme d’un roi qui pos­sédait des coupes délicates. “Si j’y verse du brûlant, dit le roi, elles se fendront, et s’y j’y verse du glacé, elles se contracteront.” Que fit le roi ? Il mêla le brûlant au glacé et versa le tout dans les coupes, et elles résistèrent. C’est ce que dit le Saint Béni Soit-Il : “si je crée le monde sous le signe de la mansuétude, les crimes seront sans nombre, mais d’un autre côté, comment pourra-t-il subsister sous le signe de la rigueur ? Je vais donc le créer sous l’égide de la mansuétude et sous celle de la rigueur, et puisse-t-il ainsi subsister ! » Midrach Rabba, Section Berechit, ch. 12, p. 157.

Éducation ?

L’éducation est le quotidien des parents, même s’ils n’y réfléchissent pas constamment. L’étymologie le montre bien, éduquer c’est « conduire hors de » : hors de l’enfance pour mener vers l’âge adulte. Faire d’un enfant un adulte, c’est l’aider à acquérir des compétences pour entrer dans le monde adulte. C’est aussi former le jugement de l’enfant, l’accompagner dans l’acquisition d’une vraie liberté et l’aider à mettre en place des relations affectives ou amicales durables et nourrissantes. Cet aspect est, au premier chef, du ressort de la famille.

« Les bons et les mauvais pères »

Jacques Arènes est père de famille. Il raconte sa propre découverte de la paternité.

Il existe des temps dans la paternité. Quand j’étais plus jeune – il y a 20 ans quand mes filles étaient des nourris­sons – je pensais qu’être père supposait de beaucoup s’ap­pliquer et de faire les choses « bien ». Je croyais aussi, même si je ne le disais pas comme ça, qu’il existait des « bons » pères et des « mau­vais » pères, et qu’il suffisait d’être du bon côté. En vieillis­sant, j’ai eu, comme tout père, des difficultés de positionne­ment, de compréhension avec mes enfants – notamment à l’adolescence. Cela m’a rendu plus modeste. Je conseille toujours les parents, quand c’est nécessaire, mais je me rends compte qu’entre parents et enfants, il faut le temps du cheminement d’un côté comme de l’autre. Le temps est un élément essentiel. Quand on est parent, il ne faut pas attendre immédiatement le « retour sur investisse­ment ». Il faut bien réfléchir quand on prend une décision importante, le faire évidem­ment dans une vraie concerta­tion de couple quand c’est possible. Mais, il faut aussi savoir être patient. On peut avoir la bonne attitude, confor­tée par les conseils de nos proches, et laisser à l’enfant le temps de cheminer, mûrir, grandir. Les fruits de notre éducation s’épanouissent sur des années… Nous n’en voyons pas tout de suite le résultat.

Être un bon père

Hommes

1 Soigner son couple. La première étape pour être un bon père, c’est d’être un bon mari ! Voir leurs parents heureux et amoureux est ce qui aide le mieux les enfants à se construire.

2 Accepter ses limites. Être un bon père ne signifie pas être un père parfait. Messieurs, sortez de vos illusions d’une paternité idéale et acceptez que vous pouvez faire des erreurs. Et même parfois de demander pardon à vos enfants.

3 Être cohérent. Les enfants ont un grand besoin de pouvoir faire confiance à leurs parents. Les pères doivent vivre en cohérence avec ce qu’ils disent et exigent : tenir sa parole, être cohérent au sein de leur couple, ne pas exercer l’autorité par crises, faire preuve de stabilité en s’intéressant à tout ce qui concerne l’enfant (et pas seulement les carnets de notes), ne pas exiger d’un enfant ce qu’on ne peut faire soi-même.

4 Montrer ses faiblesses. Ne pas jouer les héros, pour initier l’enfant et lui rappeler qu’elles font partie de la réalité.

5 Exprimer ses sentiments. Ne pas avoir peur de ses émotions, de dire à l’enfant des paroles encourageantes, des mots tendres – sans pour autant vouloir faire comme la mère.

6 Donner un cadre. S’affirmer et ne pas avoir peur de mettre des limites à l’enfant : c’est lui rendre un grand service et lui donner un cadre qui lui permettra de se construire solidement.

7 Passer du temps avec l’enfant. Prendre du temps avec l’enfant pour l’éveiller, le cultiver, jouer, explorer le monde avec lui. Ces moments de plaisir partagés construisent la complicité et permettent d’exercer l’autorité.

Femmes

8 Donner à l’homme sa place de père. Sans la légitimation par la mère, l’homme ne peut prendre pleinement sa place de père et donner à l’enfant ce dont il a besoin pour se construire.

9 Donner à l’homme sa place d’époux et d’amant. Permettre à un homme de jouer son rôle d’époux et d’amant, c’est l’aider à trouver facilement sa place de père. Si le couple est déséquilibré et que la femme n’existe qu’en tant que mère, l’homme est frustré et le père étouffé. Séduisez votre conjoint, passez de bons moments à deux, en amoureux : n’oubliez pas qu’avant d’être des parents, vous êtes un couple !

10 Ne pas s’arroger toute la compétence. Certaines femmes vivent leur statut de mère comme une consécration, compensant ainsi une faible estime d’elles-mêmes (sur le plan professionnel notamment) ou contrebalançant des difficultés dans la relation amoureuse. Elles font donc tout pour tenir sous leur pouvoir l’éducation des enfants. Et empêchent le père d’entrer en relation avec ses enfants. Laissez vos maris participer et s’occuper des enfants !

Jacques Arènes

Psychologue clinicien et psychanalyste. Chroniqueur à La Vie. Maître de Conférences à l’Institut Catholique de Lille. Codirecteur du département sociétés humaines et responsabilité éducative au collège des Bernardins. Marié et père de deux filles. Conseiller scientifique de Devenir adulte, Hachette, 2 009.

Pour aller plus loin :

Y A-T-IL ENCORE UN PÈRE À LA MAISON ? Jacques Arènes Éd. Fleurus, 2001.

LETTRE OUVERTE AUX FEMMES DE CES HOMMES (PAS ENCORE) PARFAITS…  Jacques Arènes Fleurus Essais, 2005.

PÈRE MANQUANT FILS MANQUÉ  Guy Corneau, J’ai lu, 2010.

WWW.BLOGFAMILLES2011.FR

MÉMOIRES DE NOS PÈRES, film de Clint Eastwood, 2006, en dvd.

Vous aimerez aussi

Leave a Comment

Vous aimez lire

Renseignez votre adresse email ci-dessous
Vous recevrez ainsi chaque mois L’1visible gratuitement dans votre boîte mail

NON MERCI