Papa Wemba : Le roi de la Rumba

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Rencontre. Le «roi de la rumba congolaise» est aussi connu comme le «prince de la sape». Avec ses quarante-cinq ans de carrière, Papa Wemba est le pilier de la scène africaine, connu dans le monde entier.

Propos recueillis par Emmanuel Querry.

Allô Papa…?» La liaison met un peu de temps à se faire et pour cause, Papa Wemba est au Congo lorsque nous essayons de le joindre. Le Congo Kinshasa plus exactement. Un pays auquel il croit, à cause de ses habitants et de ses richesses, qui un jour en feront un grand du «Sud». C’est la terre où il est né et où il a grandi et façonné son empreinte artistique en contribuant à moderniser la rumba. Son dernier album, intitulé Maître d’école, en est d’ailleurs une petite pépite ensoleillée.

D’où vient votre nom «Papa Wemba»?

Chez nous en Afrique centrale, on a l’habitude, lorsqu’un premier garçon naît dans une famille, de l’appeler «Papa», ce qui signifie l’héritier. Moi, je suis l’aîné des garçons. Mais c’est après dix ans de carrière, qu’une des groupies qui me suivaient partout n’arrêtait pas de m’appeler «Papa! Papa! Papa!…». Plus tard elle a ajouté «Wemba» qui est le diminutif de mon prénom Wembadio. C’est à partir de là que j’ai adopté ce nom composé.

Comment êtes-vous venu à la chanson?

 Maman était une «pleureuse», c’est-à-dire que lorsqu’il y avait des veillées mortuaires, elle allait avec les autres mamans pour chanter toute la nuit. Ma maman chérie, elle m’aimait tellement qu’elle m’emmenait un peu partout. J’ai grandi avec ces chants. Ma maman était pour moi mon premier prof et mon premier public. Après, il y avait un prix à mon école pour intégrer la chorale de l’église et je suis devenu chantre. J’y ai chanté pendant quatre à cinq ans. J’ai été acolyte aussi.

On dit que votre père ne voulait pas que vous deveniez chanteur. Pourquoi?

À cette époque-là, avant que l’Afrique ne devienne indépendante, les parents ne souhaitaient pas que leur enfant fasse de la chanson. C’était très mal vu. Pour lui qui avait participé à la Seconde Guerre mondiale, il souhaitait que son fils devienne vraiment quelqu’un.

Vous êtes malgré tout devenu «le roi de la rumba», reconnu dans le monde entier pour vos talents de chanteur avec cette voix si haut perchée… Comment l’avez-vous trouvée?

Je ne suis pas allé ailleurs pour la chercher, c’est naturel (Rire). Et puis bon, l’étiquette de «roi de la rumba», c’est la presse française qui me l’a collée! Je suis avant tout de ceux qui défendent ce style musical, car pour moi la musique congolaise restera toujours la mère de la musique africaine moderne.

Dans votre dernier album, Maître d’école, il y a la chanson Africain comme toi. Vous y livrez un message aux habitants de votre continent: quel est-il?

J’interpelle l’homme africain pour lui dire qu’il doit se prendre en charge, qu’il arrête de quémander. Pour moi il faut que l’Africain se lève comme un seul homme pour dire: «Voilà, nous pouvons prendre notre destinée en main.»

Vous avez connu une période plus sombre dans votre vie il y a quinze ans lorsque vous avez fait de la prison pour avoir fait venir des migrants en Europe. Mais cette expérience vous a transformé, car vous avez été visité par Dieu. Pouvez-vous nous raconter?

Ce n’était pas pour moi un grand changement, parce que je connaissais Dieu depuis ma naissance. Ma maman, qui était protestante, m’envoyait à l’église catholique. Bref, pendant les trois mois et demi où j’ai été incarcéré, j’avais cette soif de pouvoir parler à mon Dieu. Et quand je dis que j’ai été visité, «réellement» j’ai été visité par un être surnaturel dans ma cellule. Je ne peux pas vraiment expliquer tout ça. Mais c’est ce qui m’a donné la force, parce que jamais de ma vie je ne m’étais dit que j’irais en prison. J’y suis allé et je suis sorti la tête haute. J’étais bien dans ma peau.

Cette expérience, vous l’avez mise en parole dans votre chanson Numéro d’écrou.

Ma première pensée pour cette chanson, c’était Nelson Mandela, avec son numéro d’écrou. Il a fait le tour du monde avec, et celui-ci est devenu comme un porte-bonheur. En allant en prison, j’avais aussi un numéro d’écrou. C’est une chanson écrite pour moi-même et pour mon Dieu.

Dans cette chanson vous priez: quelle place a la prière dans votre vie?

 J’ai reçu une éducation chrétienne, surtout par ma maman. La prière a donc une grande place. Et lorsque nous naissons, nous naissons avec un ange gardien. Dieu les a mis à notre service. Pour faire vraiment ta prière, il faut passer par ton ange gardien, parce qu’il va ramener cette prière vers Dieu. Mais on prie Dieu tout d’abord.

Le Congo est un pays chrétien, comment y vivez-vous votre foi?

Ici, j’ai plein d’amis qui sont des pères curés, des pères jésuites. De temps en temps on se rencontre et on essaie de parler entre nous de la religion catholique. Je ne me suis pas séparé de cette communauté-là. Je suis vraiment en permanence avec elle. Mes enfants, je les ai amenés dans la religion catholique. Aujourd’hui au Congo, des «Églises de réveil» pullulent un peu partout. Ils viennent avec un discours qui ne correspond pas du tout à ce que Dieu nous dit. Il ne faut pas perdre le visage de Jésus pour se faire de l’argent. Ça, je le défends!

Y a-t-il un saint, une figure de l’Église qui vous sert de modèle et dont vous vous sentez proches?

 Pour moi c’est l’Église catholique qui est mon modèle. Quand je grandissais, avant que le Congo ne devienne indépendant, quand on voyait un abbé nous rendre visite chez nous, cela voulait dire: «Votre maison est bénie.» Moi j’étais un enfant qui contemplait. Quand je voyais un abbé avec la soutane, pour moi c’était Dieu le Père. (Rire.)

Et aujourd’hui?

Je reste encore un grand garçon. Quand je suis devant un père curé, je suis comme un enfant, je n’aime pas mentir. La preuve: quand nous avons célébré notre mariage avec ma femme dans la paroisse Saint-Joseph qui m’a vu grandir, j’avais auparavant tout avoué, tous les péchés que j’avais commis, pour ne pas me marier avec une peau sale, des habits sales.

Vous êtes en effet un jeune marié, puisque c’était l’été dernier. Quel a été l’élément déclencheur?

Oui, c’était l’été dernier, le 9août. C’était le mariage du siècle! Comme on dit… chaque chose en son temps. L’essentiel est que nous sommes allés dans l’Église et que nous avons scellé notre amour dans le Christ. Nous sommes aujourd’hui dans notre quarante-
cinquième année de vie commune. C’est incroyable, et c’est Dieu seul qui sait
!

Nous sommes dans le temps pascal. Que signifie Pâques pour vous? Et la Résurrection?

C’est la façon qu’a eue Dieu de nous reconnaître, car il a envoyé son Fils ici-bas sur la terre. Il est venu, il était avec nous, il est parti. Et pour nous, Pâques, c’est reconnaître ce Dieu qui est venu, est mort et a été crucifié, et qui est resté trois jours dans sa tombe, puis est remonté au ciel rejoindre son Père.

Un conseil à donner aux personnes qui cherchent Dieu?

Le salut est individuel. Mon conseil est de chercher ton Dieu. Cela t’appartient d’aller vers lui. 

«Pâques, c’est une reconnaissance de ce Dieu qui est venu, est mort, puis est remonté au ciel»

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