La paix du cœur, fruit du pardon

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Relations. Qui n’a été blessé un jour : dans son enfance, sa famille, son couple, son travail, ses amis… Pourquoi et comment pardonner le mal qui nous a été fait ?

 Par Olivier Clerc

Le pardon est la cicatrisation, la guérison des blessures du cœur. Il est le baume qui permet de les soigner. Il est le remède de ce poison émotionnel que constituent la haine, la rancœur et le ressentiment. En l’absence de pardon, la guérison n’est pas achevée, la plaie a juste été maladroitement dissimulée – on la masque derrière des histoires qu’on se raconte – aussi est-elle susceptible de se rouvrir et de saigner à nouveau à tout moment. À elle seule, cette définition change déjà radicalement la manière de comprendre et d’envisager le pardon. Faire œuvre de pardon, dans cette nouvelle perspective, c’est par sucroît guérir mes blessures, c’est soigner mon cœur, c’est me libérer de l’étau de la haine et de l’envie de vengeance. C’est un cadeau que je me fais à moi-même avant tout. Car si je n’arrive pas à pardonner, je souffre, je conserve des plaies ouvertes et purulentes, je m’auto-intoxique avec mes propres sécrétions émotionnelles négatives : rancune, ressentiment, colères refoulées, rage silencieuse, etc. Seul le pardon peut m’apporter la guérison tant souhaitée. C’est lui seul qui peut mettre fin à mes souffrances et permettre à mon cœur d’aimer à nouveau.

La douche du coeur

Faute d’avoir été éduqués dans ce domaine, la plupart d’entre nous ont un cœur encombré de vieilles émotions malodorantes ou – autre image – ont accumulé une couche importante de « cholestérol émotionnel » qui leur tapisse les artères et fait obstacle à l’écoulement libre et fluide de tout leur amour. Bien sûr, nous avons appris à donner le change, à faire bonne figure, à cacher sous une attitude composée les émotions douloureuses qui nous habitent et dont nous ne savons pas trop comment nous défaire, mais elles transpirent malgré tout, comme nous le constatons clairement chez les autres. Le pardon est justement la douche du cœur. Si vous n’arrivez pas à ouvrir la porte « pardonner », si elle reste fermée malgré vos efforts et les coups que vous y frappez, parce que votre cœur s’y refuse, parce que quelque chose en vous résiste et vous en empêche, vous pouvez peut-être atteindre le même espace en passant par la porte située à l’extrémité inverse, la porte « demander pardon ». Comment cela ? Quand je n’arrive pas à « par-donner », quelque chose en moi « garde » rancune. Mon mental bloque mon cœur. Il l’assèche, le refroidit et le durcit. Mon cœur est un : il suffit d’une seule relation haineuse, pour que celle-ci contamine toutes les autres, y compris les personnes qui me sont les plus chères. La sortie inattendue de cette impasse apparente, c’est de demander pardon moi-même. Pourquoi ? Et à qui ? Je peux demander pardon à l’Amour avec un grand « A » de m’être coupé de lui, de cette source qui donne vie à tout être et toute chose, moi inclus. Si je m’en sens capable, je peux aussi demander pardon à celui qui m’a fait du mal, non pas pour ce qu’il a fait, dont il est seul responsable, mais pour la manière dont je l’ai longtemps identifié à ses actes négatifs, dont je l’ai réduit à l’ombre de lui-même, et dont je me suis servi de lui pour cultiver mes propres sentiments négatifs. Apprendre à demander pardon a pour effet surprenant d’ouvrir soudain une brèche en soi. Le don du pardon change l’orientation de notre regard et de nos efforts. Je ne regarde plus vers le bas, du haut de mes jugements, vers celui qui a fauté contre moi. Je me tourne vers le haut, vers Dieu pour ceux qui sont croyants, et je fais acte d’humilité : je lâche prise, je m’abandonne. Ce renversement paradoxal de posture libère quelque chose de coincé en nous, il court-circuite les obstacles mentaux au pardon.

Le pardon-humilité

Ajoutons enfin qu’il n’y a pas de vrai pardon sans humilité. Le pardon qu’on déverse sur autrui, qu’on lui octroie par magnanimité (sinon condescendance), n’est pas un vrai pardon. C’est de l’orgueil déguisé, il émane de l’intellect et non du cœur. La blessure émotionnelle est masquée, elle n’est pas guérie. Le remède à ce pardon-orgueil, faussement thérapeutique, c’est le pardon-humilité que permet justement de développer la capacité à demander soi-même pardon, du fond du cœur, dans une forme d’abandon total, de lâcher-prise. Apprendre à demander pardon soi-même tient donc en grande partie à l’humilité. Demander pardon revient à laisser tomber cette vieille armure rouillée dont chaque morceau correspond à la cristallisation de vieux jugements, de vieilles peurs et émotions négatives. a

Propos recueillis par Émilie Pourbaix

Six clés pour pardonner

1. Savoir exactement quels sentiments éveille en moi ce qui m’est arrivé. Et décrire précisément ce que je juge inacceptable pour moi. Puis partager cette expérience avec une personne de confiance.

2. Pardonner, ce n’est pas cautionner les actes de la personne qui m’a fait du mal, ni forcément me réconcilier avec elle. Ce n’est pas toujours possible, par exemple si mon pardon n’est pas accueilli, ou si je dois me protéger d’une relation nocive.

3. Renoncer à attendre ce que les autres ne peuvent pas ou refusent de m’offrir.

4. Consacrer d’autres moyens d’atteindre mes buts positifs que ceux qui m’ont conduit à vivre cette expérience douloureuse. Au lieu de ressasser sans fin cet incident dans ma tête, chercher d’autres moyens de parvenir à ce que je désire.

5. Ne pas rester fixé sur mes sentiments douloureux. C’est laisser trop de pouvoir à la personne qui m’a fait du mal. Apprendre plutôt à rechercher l’amour, la beauté et la gentillesse autour de moi.

6. Accepter de ne pas pouvoir changer l’autre. Mais je peux changer comment moi je vis les choses, le sens que je donne à cette épreuve. a

TÉMOIGNAGE : « Le pardon m’a libérée »

En 2005, Charlotte, la fille de Mary Foley âgée de 15 ans, est assassinée lors d’une soirée à Londres. En 2006, Beatriz Martins-Paes, âgée de
18 ans, est emprisonnée à vie pour ce meurtre.

Ce fut très tôt un dimanche matin que la police m’appela pour m’annoncer que Charlotte avait été poignardée. Deux semaines après le décès de Charlotte – alors que je priais et m’accrochais à ma foi, recevant aide et réconfort du Christ et de mon mari – Dieu m’a donné la force et la grâce de pardonner. Je savais que si je n’arrivais pas à pardonner, la colère et la rancœur m’auraient transformée en une personne que Charlotte n’aurait pas aimée. Quelqu’un que personne non plus dans ma famille ou parmi mes amis n’auraient apprécié. Au début, pardonner m’a libérée, parce que sans pardon, je sentais que j’allais m’enfermer intérieurement. Je ne pensais pas beaucoup à l’auteur du crime. C’est seulement au tribunal, quand j’ai appris les abus physiques que la mère de Béatriz subissait à la maison, et que Beatriz avait été exposée à la même violence, que j’ai commencé à éprouver de la compassion pour elle et à comprendre pourquoi elle en était arrivée là. Elle n’a pourtant aucune excuse : elle avait le choix et c’est elle seule qui a fait ce choix. Le pardon m’a soulagée d’un poids que je ne voulais pas porter. Le pardon est un acte de liberté. Il m’a permis d’utiliser ce qui était arrivé à Charlotte pour éduquer les jeunes aux conséquences possibles du port d’un couteau pour se protéger.

Pour aller plus loin :

Olivier Clerc est l’auteur d’une quinzaine de livres, traduits dans de nombreux pays.

Peut-on tout pardonner ? Olivier Clerc, Eyrolles, 2015

Même les bourreaux ont une âme, Maïti Girtanner, CLD, 2006

Rescapés de Kigali, Témoignage collectif, éditions de l’Emmanuel, 2014

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