Mireille Mathieu : Un parfum de France

by Hélène Bordes

Rencontre. Sa voix puissante, son look intemporel et son énergie débordante ont fait d’elle une icône. Aujourd’hui, Mireille Mathieu se fait plus rare en France mais donne des concerts à l’étranger. Rencontre avec une très grande dame de la chanson française.

Propos recueillis par Emmanuel Querry

À 70 ans, et avec plus de 130 millions d’albums vendus à travers le monde, Mireille Mathieu poursuit sa carrière internationale. Notamment en Russie et dans les pays de l’Est, où elle cartonne ! Artiste croyante, elle n’hésite pas à nous parler de cette foi qui la porte et c’est avec une grande émotion qu’elle évoque la difficile épreuve qu’elle vit depuis le décès de Marcelle, sa maman, le 20 mars dernier. L’accent de la Provence et sa voix si particulière résonnent.

Mireille, comment vous sentez-vous depuis la mort de votre mère ?

Je n’arrive toujours pas à faire le deuil. C’est difficile. Elle est morte le jour des Rameaux. Ma maman, c’était tout pour moi, nous avions une relation très fusionnelle. Avec mon métier, je l’ai emmenée dans mes voyages. Tout le monde avait un profond respect pour elle. Elle connaissait tous mes textes et les chantait en coulisses. Son trésor, c’était ses quatorze enfants. À son enterrement, le prêtre a dit que c’était son « enciellement ». J’ai trouvé cela très beau. J’ai d’ailleurs chanté le Panis Angelicus et l’Ave Maria avec les Petits Chanteurs à la croix de bois. J’étais très émue.

Vous êtes l’aînée d’une grande fratrie, et vous avez commencé à travailler à 14 ans dans une usine…

Oui. Avant de travailler, j’ai obtenu mon certificat d’études. D’ailleurs, c’est grâce à la directrice de l’école que j’ai réussi à l’avoir. Car elle savait que nous étions pauvres. Mes parents nous ont éduqués dans des valeurs de partage. Il y avait de l’amour au sein de notre famille. Mais, cette directrice savait par exemple que nous n’avions pas de douche. Elle nous a permis d’en prendre dans l’établissement. Puis, comme elle savait que j’étais dyslexique, elle a dit à mes parents qu’il fallait que je me mette devant en classe. J’étais un peu réticente, mais j’ai réussi mon certificat d’études pour elle, pour la directrice. C’était vraiment quelqu’un d’exceptionnel. Puis à 14 ans, avec ma sœur nous avons travaillé dans une manufacture d’enveloppes pour aider nos parents.

Parallèlement, comment avez-vous développé vos talents de chanteuse ?

Mon papa, qui était tailleur de pierre, avait une belle voix de chanteur d’opéra. Peut-être que comme j’étais l’aînée, il m’a un peu plus transmis cette passion pour le chant. À 3 ans, je me souviens avoir chanté à l’école, j’avais une belle robe. Je chantais aussi à l’église. Mais le début de ma carrière a commencé à 19 ans à l’issue d’une émission de radiocrochet qui s’appelait « Le jeu de la chance ».

Quels sont vos meilleurs souvenirs dans votre grande carrière ?

Je ne peux pas oublier lorsque je chantais pour ma famille. C’était un cadeau et un grand bonheur. Il y a aussi eu le téléthon, lorsque je chantais dans chaque ville traversée en train. Et puis d’avoir chanté devant Jean-Paul II. Le Saint-Père nous a ensuite reçues en audience, ma mère et moi, et nous a offert un chapelet. Je me souviendrai toujours de son regard. Il avait dans les yeux une puissance, et aussi une malice… Lorsqu’on le regardait et on était captivé par lui.

Vous êtes connue pour être très croyante, est-ce que vous avez toujours eu la foi ?

Oui, tout le temps. Grâce à l’éducation de mes parents. Nous allions au catéchisme deux à quatre fois par semaine, et à la messe. Aujourd’hui je ne pratique pas tous les dimanches du fait des voyages qui s’enchaînent, mais si je ne m’y rends pas, je suis les offices à la télévision. Je vais aussi à Lourdes chaque année. On y allait, avec maman.

L’année passée a été douloureuse en France et dans le monde, avec ces guerres et ces attentats. Vous qui avez toujours chanté la paix, comment gardez-vous l’espérance ?

Lors du premier attentat, je suis allée à l’église pour prier. J’ai ensuite parlé à un prêtre. On a prié ensemble. C’est horrible, toutes ces personnes innocentes qui sont mortes et ces familles endeuillées. Mais l’espérance est un si beau mot. C’est important d’espérer. Que la paix soit sur le monde ! Mon Dieu, qu’il n’y ait plus de guerres !

Que ressentez-vous en voyant que vos chansons se transmettent à travers les générations, notamment Mille colombes ?

C’est touchant. Je suis fière. Et Mille Colombes, c’est un magnifique texte d’Eddy Marnay que j’ai eu la joie de chanter avec Les Petits Chanteurs à la croix de bois.

Où en êtes-vous de votre tournée et quels sont vos prochains concerts ?

J’ai donné des concerts à Bratislava, à Prague, et dans plusieurs villes de Pologne. Cette tournée a été bénéfique pour moi. À la fin je chantais, Maman tu es la plus belle du monde, et le public me portait vraiment, malgré l’émotion. Je remercie Dieu de chanter devant un tel public. Et maintenant, je vais chanter au mois de mars à Saint-Pétersbourg, Tallinn, Moscou, et Budapest. Je suis heureuse de chanter dans ces villes magnifiques !

Vous avez un attachement particulier à la Russie et aux pays de l’Est, où vous êtes adulée, pourquoi ce lien est-il si fort ?

Je suis connue là-bas depuis 1967. C’était lors d’une tournée de l’Olympia en URSS. Ça a été extraordinaire. Je me suis produite ensuite à plusieurs reprises. Je recevais tellement de fleurs ! Avec ma sœur Monique, on a d’ailleurs fait sécher des pétales de roses et on les a amenés en France. Je vais souvent en Russie. J’y ai vu beaucoup de choses. Ce qui me marque, c’est la ferveur dans les églises, à Moscou notamment à Saint-Nicolas- des-Tisserands avec les « babouchkas », ces femmes avec un foulard sur la tête. Car quand je suis dans une ville pour un concert, à chaque fois, je vais dans une église et je fais une prière.

Vous avez également chanté pour la consécration de la toute nouvelle cathédrale russe orthodoxe Saint-Alexandre-Nevski, à Paris…

La cathédrale est magnifique. Il faisait un soleil radieux. Cette consécration avec sa Sainteté le Patriarche Kirill, c’était somptueux. C’est historique, cette église derrière la Tour Eiffel et proche du pont Alexandre III ! Après la cérémonie, je me suis trouvée à table avec de jeunes prêtres attachés au patriarcat de Moscou. Je leur ai chanté Panis Angelicus, puis l’Ave Maria de Schubert.

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