Mike Massy : la venue du Massy

by Hélène Bordes

Rencontre. Dès le 17 octobre, Mike Massy – dont le nom de famille d’origine est « El Massih » qui signifie Le Messie ! – joue le rôle phare de la fresque musicale Jésus, de Nazareth à Jérusalem, composée par Pascal Obispo, écrite et mise en scène par Christophe Barratier. Un rôle sur mesure pour cet ami de Dieu.

Propos recueillis par Cyril Lepeigneux

Quand on s’appelle Massy, qu’on a le physique d’un jeune Libanais et qu’on sait chanter, peut-on échapper à ce rôle ? Avec sa voix délicieusement orientale, le jeune homme de 34 ans qui a notamment à son actif huit albums de chanson – dont un qui lui a valu de recevoir l’équivalent libanais d’une Victoire de la musique – se confie sans fards sur son enfance et sa vie spirituelle.

Comment avez-vous réagi quand on vous a proposé ce rôle de Jésus ?

Au début, je n’ai pas eu de réaction visible. J’étais plutôt en réflexion : pourquoi moi ? Je me pose d’ailleurs encore la question. Y avait-il une coïncidence avec mon nom de famille ? Pour l’instant, moi qui croyais connaître Jésus, j’ai déjà appris à mieux le découvrir comme homme. Je comprends mieux par exemple la scène où il chasse les marchands du Temple et je me pardonne plus facilement mes propres emportements et colères. La vie de Jésus demande du temps pour être comprise : c’est pour cela, je pense, qu’on la lit petit à petit et à plusieurs reprises !

Y a-t-il une différence entre jouer Jésus et jouer Superman ?

Les deux sont des héros, il est vrai, mais Jésus a existé, il est réel. Tandis que Superman n’est qu’une invention, le fruit de l’imagination d’un auteur. Beaucoup de comédiens peuvent jouer Superman mais peut-on être assez digne pour incarner Jésus ? Moi, je ferai tout pour l’être. Et heureusement que Dieu ne nous juge pas selon nos péchés mais selon nos intentions, selon ce que l’on essaye d’être. Pour moi, incarner Jésus est une vraie responsabilité.

Avez-vous lu les Évangiles ?

Oui, bien sûr. J’ai lu, et j’ai surtout entendu les Évangiles. En effet, j’ai passé une partie de mon enfance à l’église, chaque dimanche, au Liban. Avec mes deux sœurs aînées, nous sommes nés dans une famille mixte : mon père est Grec orthodoxe  ma mère est maronite. Les dimanches ordinaires, j’allais avec ma mère, puisque nous habitions dans un quartier maronite : je chantais alors à l’église, je jouais au piano, je dirigeais la chorale d’enfants, puis celle des adultes. Et comme dans notre famille, chaque grande fête chrétienne était fêtée selon les deux traditions, dès la fin de la messe avec ma mère, il me fallait courir rejoindre mon père pour vivre les offices avec la communauté grecque orthodoxe. Les deux traditions coulent encore dans mon sang. C’est une vraie chance : j’y ai gagné une certaine ouverture d’esprit, différentes façons de méditer, de penser, de me recueillir.

Qu’avez-vous gardé de cette pratique religieuse ?

Je ne sais pas vivre dans des structures institutionnalisées. Certaines personnes sont religieuses et pas spirituelles. Moi, je serais plutôt spirituel et pas très religieux même si l’idéal serait d’être les deux à la fois. Je pense aussi qu’il est important de faire partie d’une communauté de croyants et d’être accompagné spirituellement.

Vous êtes né et avez vécu au Liban, un pays meurtri à plusieurs reprises par la guerre…

En effet, et trois choses m’ont sauvé : la spiritualité, ma seule espérance au beau milieu du chaos ; la musique, une évasion, un réconfort, mon seul moyen d’échapper au son des bombes ; et les liens familiaux et amicaux. Vous savez, quand on se cache dans une cave avec les voisins, on a le temps de faire connaissance… Je ne veux pas m’étendre davantage sur cette guerre qui me paraît encore proche. Pour guérir, il m’a fallu pardonner à mon pays, aux belligérants, à mes connaissances qui avaient pris les armes, et à moi-même pour mon incapacité de sauver le monde.

Qui est Dieu pour vous aujourd’hui ?

Un réconfort. Un ami. Je le rencontre partout et tout le temps : au travail, sur scène… Il me donne la force, Il m’aide à accepter les difficultés, à cheminer. Il est mon confident, je le tutoie. Il est toujours là même quand j’ai l’impression qu’il est absent.

Comment vous préparez-vous avant de monter sur scène pour incarner… le Fils de Dieu ?

En pratique, je me chauffe la voix et le corps car il y a beaucoup d’émotions sur scène, et chaque mouvement ou regard de Jésus est plein d’intensité. Juste avant d’entrer en scène, je prends le temps d’être seul en silence et je me concentre. Comme ma mère et mon grand-père me l’ont appris, je fais une petite prière au Seigneur pour lui offrir mon travail et le remercier de me soutenir.

Quel est votre souhait avec ce spectacle ?

Je n’aime pas prêcher mais je veux bien essayer, avec ce rôle, de montrer l’exemple qu’est Jésus. Je pense que des personnes vont être touchées par ce spectacle, que certains vont avoir envie de lire les Évangiles. C’est une grande aventure et c’est magnifique d’avoir eu le courage de monter un tel spectacle. Tout le monde, des acteurs aux techniciens, en passant par les auteurs et producteurs, sont impliqués à fond dans ce spectacle qui touchera les spectateurs au cœur.

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