Mémona Hintermann : Survivante

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Rencontre. Ces yeux couleur des mers du Sud ? Ils appartiennent à la télévision française. Cet été encore, à l’heure du repas, Mémona Hintermann présente le 20 heures sur France 3. La journaliste revient de loin.

Propos recueillis par Magali Germain

Grand reporter, née sur l’île de la Réunion, Mémona couvre depuis trente ans les événements qui secouent l’univers. De son enfance béante comme un bol vide, celle qui volait pour donner à manger à ses frères et sœurs tire une grande leçon d’espoir. Ce grand témoin de l’histoire contemporaine épice l’actualité et lève très haut le drapeau de l’info. De père musulman, de mère bretonne, métisse par le sang, catholique par choix, elle nous livre son credo : « Sois toi-même. »

L’origine de votre prénom ?

Celle qui mérite sa chance. La chance a toujours été mon alliée.

Vous la « batarde z’arabe », vous assumez vos origines tête haute…

Quelqu’un qui est né dans une île aussi tellurique que la Réunion, dont toute la famille parle créole, qui s’est nourri de samoussas et de haricots rouges, en est imbibé. Il n’a rien à gagner à vous copier, vous les métropolitains. Accepte les coutumes et les façons d’ici mais honore cette part de toi qui vient d’ailleurs.

Un trait de votre caractère.

Je suis impatiente et franche.

Des privations de votre enfance, laquelle fut la plus cuisante ?

Ne pas avoir une assiette de riz. Avoir faim. C’est un point qui m’a beaucoup rapproché de mon mari. Lutz a grandi dans l’Allemagne en guerre. Il mangeait des écorces d’arbre. C’est pour ça qu’en Irak, je suis allée filmer la pauvreté. Dans un pays plein de pétrole, les civils étaient en train de mourir de faim. Montrez-le nous ! Ils refusaient tellement ils avaient honte. Alors je leur ai raconté mon histoire et on a filmé.

Votre devise.

Avance ! Avance. Avance. En créole, on dirait avancaou.

Enfant, vous alliez à la madrassa, l’école coranique. Élevée entre l’islam de votre père et le catholicisme de votre mère, avez-vous choisi ?

Oui. Tout de suite. Je suis catholique. Mais il ne fallait pas non plus se faire tabasser par mon père, pour qui la religion représentait la dernière bouée de sauvetage. Dans les pays arabes où j’ai tourné, j’affirmais que j’étais croyante. Mais peu comprennent qu’une fille qui a été à la madrassa ait pu abjurer.

Vous qui avez rencontré les puissants de ce monde, avec qui aimeriez-vous dîner en tête-à-tête ?

Obama ! Mandela aussi m’a vraiment fait rêver. Ah! Le Pape aussi. C’est un homme qui a l’air d’être très à l’aise avec Dieu. Je comprends qu’il essaie de sauvegarder certains pans de l’Église. Si l’Église disparaissait, ça laisserait un tel vide…

Comment êtes-vous devenue grand reporter ?

En commençant par être un petit reporter !

Quand vous partez en reportage, qu’emportez-vous dans votre valise ?

Boîte de thon, petit flacon de piment, petit flacon d’eau de toilette. Absolument indispensable. J’ai une sœur très pieuse qui m’a offert une petite Bible pour mes voyages et j’aime beaucoup lire le sermon sur la montagne.

Votre baptême du feu.

Au Tchad en 1984. Puis je suis entrée en Éthiopie, au Liban et en Afghanistan, en plein conflit.

Avec une vie aussi mouvementée, vous arrive-t-il de prier ?

Bien sûr. Parfois même dans les ascenseurs ou sous la douche. Avant d’arriver ici, je me suis arrêtée à l’église Saint-Germain-des-Prés.

Vous êtes mariée avec un journaliste allemand.

Le point fort de votre couple ? Je pense que ça vient de nos enfances respectives. Quelle chance on a eu de s’en sortir… Un regard sur l’humanité aussi. Et l’idée que la vie est brève.

Pensez-vous à votre retraite ?

Je sais qu’un jour il faudra dételer, mais je voudrais le faire progressivement. Comme j’écris, ça se fera en douceur. Je ne peux pas imaginer : demain, terminé, je rends mon badge. Le reste du monde ne m’intéresse plus.

Un gratuit catholique. Quelle idée ! Que pensez-vous de L’1visible ?
C’est très bien fait. Très bien. C’est pas « screugneugneu », quoi ! Ça correspond à notre société. On est dans un pays où 60% des gens se disent catholiques mais où seulement 4% vont à la messe. Entre les 4 et les 60, il y a bien un peuple invisible, non ?

« Qui peut dire que l’Évangile est dépassé ? C’est le média le plus neuf ! »

Dieu, vous l’imaginez comment ?

Un jeune homme assez grand, longiligne avec un regard très droit. Jésus en somme.

L’Évangile est-il encore un scoop pour vous ?

Mais, qui peut dire que l’Évangile est dépassé ? Au contraire. On a beau l’ensevelir sous des tonnes de poussière et de siècles, je pense que c’est le média le plus neuf.

Un sujet qui vous tient à cœur.

Je suis très tolérante. Il y a une place pour chacun, mais j’attends des chrétiens qu’ils n’aient pas honte de leur drapeau.

Votre prière préférée ?

Le Notre Père. Ça c’est une prière ! « Pardonne-nous nos offenses ». D’accord. « Comme nous pardonnons aussi… » Ah, bon. À qui ? Alors, faisons le compte…

Vous ne pardonnez pas facilement ?

Si. En vieillissant, je me suis rendue compte qu’il ne faut pas traîner des vieilles valises. Honnêtement, j’en ai voulu très longtemps à mon père, de nous avoir mis dans une telle situation, d’avoir chargé ma mère de onze gosses, d’en avoir laissé mourir quatre, de nous avoir largués dans la nature. Dieu ait son âme ! Il a dû avoir une vie misérable : poker, alcool, femmes. Ruiné de chez ruiné. Un jour, il m’a demandé une pension alimentaire.
À vingt ans, j’ai dit : « Jamais ! » Maintenant, je lui porterais secours.

À part saint Expédit, le plus populaire des saints réunionnais, quel saint portez-vous dans votre cœur ?

Mon ami saint Antoine de Padoue ! Alors, lui, je ne le quitte pas d’une semelle.

Votre dernier mot ?

J’espère !

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