« Maman, ne me quitte pas ! »

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Éducation. Beaucoup d’enfants souffrent de troubles : mauvais sommeil, problèmes de comportement, énurésie, etc. Ils ne sont souvent que les signes d’un mal plus profond : l’angoisse de séparation. Celle-ci provient d’une séparation mal vécue.

Psychologue, elle anime de nombreuses conférences en France et en Belgique pour mieux faire connaître l’angoisse de séparation. Elle a créé une association : Mieux connaître l’angoisse de séparation (MCAdS), qui forme des thérapeutes chrétiens prenant en compte l’angoisse de séparation dans  la pratique de leur thérapie  et organise à Paris et en province des formations pour les parents désireux d’apprendre à mieux aimer  leurs enfants.

Prendre de la distance
Dès les origines,  la création a été réalisée par des séparations successives  : la lumière des ténèbres, la terre ferme de la mer, le luminaire du jour des luminaires de la nuit, etc. Du tohu-bohu initial sont sortis vie, ordre et différentiation. Ainsi dans chacune de nos histoires personnelles, si nous commençons à grandir à partir de nos attachements, il nous faut prendre ensuite de la distance, nous séparer pour devenir adulte, savoir qui nous sommes et suivre notre chemin propre. La Bible nous le dit : « L’homme quittera son père et sa mère » (Gen 2, 24) et « Yahvé dit à Abram : ‘quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père pour le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai. » (Gen 12, 1). Prendre possession de « son pays » permet la fécondité.

La conscience d’amour
En même temps que nous recevons la vie, nous faisons l’expérience d’un Amour parfait qui s’imprime profondément et définitivement en nous, quelles que soient les circonstances de notre conception. Grâce à cette expérience primordiale, nous devenons sensibles à tout ce qui est dans l’ordre de l’amour et conscients de l’amour que nous recevons de nos proches. Nous nous sentons bien quand nous nous sentons aimés. Nous souffrons lorsque nous ne sommes pas ou mal aimés. Nous gardons la nostalgie d’un « toujours plus » d’amour.

La nuit, tout le monde peut disparaître… Les parents de Bénédicte sont partis en vacances sans la prévenir  pendant qu’elle dormait. Elle en a gardé un lourd traumatisme. Bénédicte, âgée de deux ans, est la petite dernière d’une famille nombreuse. Ses parents sont partis presque une semaine, avec le reste de la famille, quittant la maison à l’aube, et la laissant à la garde d’une jeune fille arrivée la veille, mais après le coucher de la petite. Quand Bénédicte s’est réveillée le matin, toute sa famille avait disparu. Elle n’avait pas été prévenue de cette absence et personne ne lui avait dit au revoir. Elle a souffert d’une terrible angoisse de séparation. À partir de ce moment-là, son sommeil a été  très perturbé. Impossible de la coucher le soir. Chaque nuit, elle se réveillait cinq à six fois, se promenait dans toute la maison, se relevait après avoir été recouchée. Son entourage était épuisé. Il n’est pas difficile de comprendre la réaction de Bénédicte : c’est dangereux de dormir, puisque la nuit tout le monde peut disparaître, mieux vaut rester éveillée pour éviter tout abandon. Bien entendu, je lui ai expliqué les événements angoissants qu’elle avait vécus, en la rassurant sur la qualité de l’amour de ses parents, même s’ils avaient fait l’erreur de ne pas la prévenir. Elle pouvait désormais leur faire de nouveau confiance et dormir en toute sécurité. De leur côté, ses parents lui ont demandé pardon de l’avoir blessée. Son sommeil est très vite redevenu normal et Bénédicte a retrouvé la joie de vivre et de grandir.

Éviter l’angoisse de séparation

1 Tout est dans la préparation. Les séparations seront le plus souvent bien vécues si elles ont été préparées avec soin. Il faut absolument et toujours annoncer que l’on va s’absenter, même si c’est très brièvement, et que l’on reviendra. Et expliquer à l’enfant qu’il a le droit d’être triste de notre absence. Les paroles dites avec amour, en vérité, vont rejoindre la conscience d’amour de l’enfant, même tout petit bébé. Cette séparation, éventuellement douloureuse, ne sera pas ressentie comme un danger pour sa relation d’amour avec sa mère. Si l’enfant est plus grand, on pourra le mettre face à son désir de grandir pour lui permettre d’accepter la séparation.

2 Offrir à son enfant une éducation à la séparation. Il n’y a pas de vie sans séparation, temporaires ou définitives, longues ou brèves, parfois douloureuses. Il serait donc dramatique de s’abstenir de toute séparation d’avec l’enfant pour lui éviter d’être blessé. Apprendre à se détacher est vital : l’enfant devra prendre progressivement de la distance par rapport à ses parents pour devenir autonome et acquérir une maturité affective d’adulte. Quand la mère ne travaille pas à l’extérieur, il est bon, à partir de neuf mois, que l’enfant soit confié progressivement, de temps en temps, une journée ou une demi-journée.

3 L’art de la séparation. L’éducation à la séparation doit être progressive et expliquée. Comment ? En prévenant le petit de ce qui va se passer, quel que soit son âge, même un bébé : « Je t’emmène à la garderie. Je vais partir et tu vas être confié à untel. Tu as le droit d’être triste ou en colère, mais je continue de t’aimer en étant loin et je reviendrai. » Avant de confier un enfant, mieux vaut lui donner le temps de s’adapter et le préparer progressivement, comme cela est très souvent et très bien fait, dans les crèches, par exemple.

4 La bonne durée. Même bien préparé, il est vraiment préférable de ne pas quitter un enfant de moins de trois mois plus d’une demi-journée. Avant six mois, en moyenne et par précaution, on évite les séparations de plusieurs jours. De six mois à un an, on peut se séparer de l’enfant un ou deux jours. Vers dix-huit mois, l’absence peut durer plus de trois ou quatre jours. Ces indications ne sont pas absolues : cela dépend de chaque enfant.

5 Un contexte rassurant. Il est indispensable de toujours laisser un enfant à une personne qu’il connaît bien, maternante, et dans un lieu bien connu (si possible chez lui), pour créer un climat favorable à la confiance. Changer à la fois de personne et de lieu est beaucoup d’un seul coup et peut être difficile pour l’enfant. Pour se sentir en sécurité, il a également besoin d’avoir avec lui un « objet transitionnel » qui va le rassurer en faisant un lien avec son univers : doudou, vêtement empreint de l’odeur de sa maman, etc.

Pour aller plus loin :

Le site « Mieux Connaître l’Angoisse De Séparation » : www.mcads.org

« Maman, ne me quitte pas ! » Bernadette Lemoine, Ed. Saint-Paul, 2000.
Détache-moi ! Se séparer pour grandir Marcel Rufo, Livre de poche, 2007.
La guérison des blessures reçues dans le sein maternel Nell. Astelli Hidalgo, Ed. Saint-Paul, 1993.
Au cœur des émotions de l’enfant Isabelle Filliozat, Marabout, 2001.

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