Les émotions : amies ou ennemies 

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Médecin psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne (Paris) où il dirige une unité spécialisée dans le traitement des troubles anxieux et phobiques.  Il enseigne à l’université Paris X.  Il a rédigé de nombreux articles  et ouvrages scientifiques. Il est aussi l’auteur de plusieurs livres  à destination du grand public.  Il est marié et père de trois filles.

Et Dieu s’est ému Toute la palette des émotions humaines, le Christ – vrai Dieu et vrai homme – les a vécues.
La tristesse : « Quand il vit qu’elle pleurait (…) Jésus fut bouleversé d’une émotion profonde. Il demanda : ‘Où l’avez-vous déposé ?’ Ils lui répondirent : ‘Viens-voir Seigneur.’ Alors Jésus pleura. » (Jean 11, 35).
« Il leur dit : ‘Mon âme est triste à en mourir’. » (Marc 14,32-34).
La joie : « À ce moment, Jésus exulta de joie sous l’action de l’Esprit Saint, et il dit : “Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange: ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits.” » (Luc 10,21).
La colère : « Jésus entra dans le Temple, et il expulsa tous ceux qui vendaient (…) » (Matthieu 21, 12).
L’angoisse : « Puis il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean et commence à ressentir frayeur et angoisse. » (Mt 26, 37).

Ruminer
Il y a deux grands risques avec nos émotions : l’explosion et la rumination. On se méfie souvent de l’explosion (les excès de colère, les bouffées de panique, les crises de désespoir) et pas assez de la rumination. Ruminer, c’est ressasser très -trop- longtemps, ce qui nous a déstabilisé et fait souffrir. C’est s’enliser dans la souffrance et la faire durer. Exemples : le ressentiment ou la rancune qui suivent un conflit, les inquiétudes à l’approche d’une situation délicate, l’auto-dévalorisation après un échec, etc. Nous croyons réfléchir alors que nous ressassons, de manière circulaire et stérile.

« Ce qui se cachait sous ma colère… »
Un jour, après une dispute avec sa femme, Pierre a réussi à changer sa colère contre elle… en tristesse. Une petite victoire sur ses émotions. « J’étais parti au bureau très en colère contre ma femme. Nous nous disputions beaucoup ces temps-ci, et je commençais à ruminer des idées de divorce. Après tout, je n’allais pas passer ma vie à supporter quelqu’un d’autoritaire et d’aussi mauvaise foi ! Alors je suis allé réfléchir et prier dans une église, sur le chemin de mon travail. J’ai essayé de réfléchir différemment. Et doucement, j’ai compris ce qui se cachait sous ma colère : de la tristesse. Ces disputes me rendaient triste au fond, même si je les recouvrais d’un manteau de colère, pour ne pas perdre la face (bizarrement, je trouvais que se sentir triste après une dispute, ce n’était pas viril) et pour moins souffrir. En acceptant de me sentir triste, je me tournais vers d’autres décisions que celles dictées par la colère : au lieu de vouloir une rupture, des excuses, au lieu de vouloir punir et gagner, je voulais me soulager et me réparer en empêchant que ça ne recommence. Et je pouvais comprendre le point de vue de ma femme, qui devait elle aussi être malheureuse dans son coin. La tristesse me rendait compréhensif, alors que la colère me rendait rigide et égoïste. Après avoir observé et démonté tous ces états d’âme, je ne les éprouvais plus. Je me sentais triste mais soulagé d’y voir plus clair. J’ai téléphoné à ma femme pour lui dire que j’étais désolé de notre dispute… »

Bien vivre avec ses émotions

1 Accepter d’être ému. Ce n’est pas un signe d’infériorité ni d’échec. Juste le rappel de notre humanité imparfaite, fragile et sensible. Tout le monde ressent les mêmes émotions que nous : lorsque les autres les voient, ils sont plutôt enclins à la compréhension et à l’empathie qu’au jugement et au rejet.

2 Chaque fois que possible, permettre à nos émotions de s’exprimer. Nous avons parfois à les dissimuler mais ces moments sont l’exception (certaines situations professionnelles notamment). La règle, c’est de laisser vivre nos émotions.

3 Laisser vivre ne veut pas dire laisser faire. Toute émotion doit être accompagnée, et son expression canalisée. En fonction des circonstances et des interlocuteurs.

4 Considérer nos émotions comme des alliées. Elles peuvent guider nos intuitions, servir de starter à nos actions (ce qu’on appelle des impulsions), et tout ceci sera très utile et nous amènera souvent dans la bonne direction. À condition que nous restions dans la position du pilote et non celle du passager. Nos émotions nous donnent de l’énergie pour agir, mais c’est à nous de tenir le volant et de choisir le chemin.

5 Comprendre et clarifier notre ressenti. L’émotion est un signal que quelque chose qui nous touche est en train de se passer.

6 Se connecter à ses valeurs. Et aux besoins fondamentaux qui leur sont reliés : être aimé, respecté, rassuré, etc. Les émotions nous parlent de nos besoins. Elles sont négatives si ceux-ci sont bafoués, positives si ils sont satisfaits. Apprenons à identifier ces besoins, pour ne pas seulement réagir lorsqu’ils ne sont pas satisfaits mais aussi apprendre à les cultiver et les protéger « calmement » (sans agitation émotionnelle excessive).

7 Ne pas seulement penser aux émotions négatives. Apprendre à cultiver et à savourer les bons moments et les émotions positives. Elles ne dureront pas (nous disent les pessimistes) ? C’est vrai ! Et alors ? Ce qui est éphémère et passager peut aussi nous rendre heureux. Ici-bas, nous n’avons pas à chercher la béatitude permanente, mais le bonheur, intermittent.

8 Accepter toutes les émotions, positives et négatives. Les impulsions à réagir et à changer viennent parfois des émotions négatives, mais celles à persévérer et à construire viennent plus souvent des émotions positives : nous avons besoin des deux.

9 Prendre soin de son corps et de ses liens sociaux. Faire de l’exercice physique régulièrement (pas forcément du sport, la marche peut suffire) et voir régulièrement des proches ou faire de nouvelles connaissances sont deux facteurs très puissants de notre bon équilibre émotionnel.

10 Accepter l’éternel retour des émotions négatives. Ce n’est pas le signe que nous sommes impuissants à nous changer, mais juste que le développement personnel est un chantier permanent. Et, heureusement pour nous, passionnant… 

Les états d’âme, un apprentissage de la sérénité, Christophe André, Ed. Odile Jacob, 2009.

La force des émotions, Christophe André, François Lelord, Ed. Odile Jacob, 2001.

Les compétences émotionnelles, Moira Mikolajczak, Ed. Dunod, 2009.

Le partage social des émotions, Bernard Rimé, PUF, 2005.

http://christopheandre.com

 

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