L’Église est-elle contre le plaisir sexuel ?

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Débat. Beaucoup de personnes pensent que les catholiques ont un sérieux problème avec la sexualité et que l’enseignement de l’Église en la matière est ringard. Les cathos sont-ils vraiment mal à l’aise avec le plaisir sexuel?

Débat entre Lili Sans-gêne et Christopher West.

1. Pourquoi l’Église est-elle à ce point obsédée par la sexualité?

La sexualité n’est pas quelque chose de purement biologique ; elle concerne la « personne humaine dans ce qu’elle a de plus intime ». L’instinct sexuel puise dans les pulsions et les désirs les plus puissants du cœur humain. En fonction de la manière dont ils sont orientés, ces pulsions et ces désirs ont le pouvoir de faire beaucoup de bien ou beaucoup de mal. En tant qu’il a été créé par Dieu, l’instinct sexuel nous a été donné comme un « instinct d’amour » qui conduit à la vie. Mais lorsqu’il est coupé de la source de l’amour et de la vie (Dieu), il tend à devenir un « instinct de luxure » qui mène à la mort.

2. L’Église devrait s’en tenir à la religion et ne pas mettre son nez dans mes affaires.

Lorsque l’Église parle de sexe, elle « s’en tient à la religion », justement. La sexualité est un événement religieux ! Elle est sacrée. Elle est sainte. Si nous pensons que la sexualité est « meilleure » quand nous ne mettons pas Dieu dans le coup, nous nous fourvoyons complètement ! La joie de la sexualité – dans toute son intensité orgasmique – est censée être la joie d’aimer comme Dieu aime. La joie de la sexualité est censée être, d’une certaine manière, un avant-goût des joies du paradis : l’éternelle consommation du mariage du Christ et de l’Église. À travers l’Église, le Christ nous révèle son plan sur la sexualité non pas comme un « rabat-joie », mais au contraire comme un « donne-la-joie ».

3. La plupart des psychologues considèrent la masturbation comme une chose normale et saine.

La masturbation, même si elle est une habitude dans laquelle il est facile de tomber, ne fait que nous renvoyer à nous-mêmes. Elle symbolise l’apitoiement sur soi-même, la peur de s’abandonner à un autre et l’isolement stérile. C’est l’antithèse de notre appel à être image de Dieu dans une communion interpersonnelle donatrice de vie. La masturbation est le parfait exemple de l’inversion du désir sexuel causé par le péché originel. Qu’est-elle en effet, sinon un assouvissement sexuel égoïste et égocentrique ? Un homme qui a pris l’habitude de se masturber, par exemple, risquera de ne faire que transférer cette impulsion égoïste sur sa femme.

4. Je ne vois pas où est le problème avec la pornographie?

 Le problème, c’est qu’elle nous prive de la signification même de la vie. Elle cherche à nourrir ces désirs sexuels déformés contre lesquels nous devons lutter pour découvrir le véritable amour. Si les hommes veulent être des hommes, ils doivent apprendre à aimer les femmes. Ils doivent apprendre à les voir non pas comme des choses destinées à leur satisfaction sexuelle, mais comme des personnes créées à l’image de Dieu. Tant qu’un homme reste pris dans les griffes de la pornographie, il se rend incapable d’aimer une femme comme il convient. Tant qu’il reste dans ses griffes, il ne peut espérer avoir une relation saine et pure avec une femme.

5. Qu’y a-t-il de mal à essayer de mettre du piquant dans sa vie sexuelle en y introduisant un peu de variété?

Allumer des bougies, créer une ambiance agréable, porter une nuisette affriolante, changer de lieu et de position, tout cela peut apporter quelque chose. Peu de couples le nieront. Mais une union sexuelle réellement « bonne » n’a rien d’essentiel à voir avec tout cela. La relation sexuelle qui comble le plus est celle où un mari et sa femme se livrent inconditionnellement l’un à l’autre – et se reçoivent l’un l’autre –, dans une révélation complètement nue et sincère de leurs personnes. Si la relation charnelle n’approfondit pas le mystère inépuisable de l’autre, les « partenaires » vont à coup sûr s’ennuyer au lit. Si un homme a besoin que sa femme soit habillée comme une star du porno pour être « excité » ; si un couple a besoin de trouver sans cesse de nouvelles positions, impliquant toujours plus de contorsions, pour éviter l’ennui ; si les époux doivent devenir de simples acteurs jouant un script fantasmé par l’un ou de l’autre dans le but d’être « performants » ; si un couple est toujours occupé à chercher de nouvelles « techniques » pour augmenter son plaisir physique, au lieu de mettre toujours plus de tendresse à consolider l’union conjugale, cela veut dire que quelque chose ne tourne pas rond. Si vous voulez vraiment « prendre votre pied », commencez par inviter Dieu, qui est amour, dans votre chambre. (Ne vous inquiétez pas, il ne sera pas gêné : c’est lui qui a créé la sexualité !) Laissez la lumière allumée. Renouvelez de manière consciente vos consentements avec le langage de vos corps. Prenez le risque de livrer tout votre être de manière inconditionnelle à votre conjoint. Recevez-le de manière inconditionnelle. Ce faisant, regardez-vous dans les yeux, profondément et continûment.

6. Quelqu’un m’a dit que, selon l’Église, il n’est pas bien d’avoir des rapports bucco-génitaux, même pour les couples mariés.

Dans la vision de l’Église sur le corps et la sexualité conjugale, il n’est dit nulle part que les parties génitales sont des membres sur lesquels on ne pourrait pas déposer de baisers, dans le cadre de préliminaires intimes entre le mari et la femme avant l’union charnelle. Mais le terme de « rapports bucco-génitaux », en général, n’indique pas que cela : très souvent, il fait référence à des actes dans lesquels l’orgasme est recherché et atteint en dehors d’une union sexuelle complète. De fait, nombreux sont les couples qui considèrent ce type de rapport comme une alternative souhaitable à l’union sexuelle normale. Dans ce cas, non, ce n’est pas bien, même pour les couples mariés. Le rapport bucco-génital (allant jusqu’à l’éjaculation) n’est tout simplement pas conjugal. Il ne produit aucune communion de personnes entre les époux. Il n’est la consommation de rien. Il implique une rupture entre le plaisir de l’orgasme et la responsabilité de la fertilité. Il encourage une tendance du mari à chosifier sa femme. Pour ces raisons, il ne symbolise et n’exprime pas l’amour libre, total, fidèle et fécond de Dieu.

7. L’Église a toujours eu un discours culpabilisateur sur la sexualité et le plaisir.

Dieu nous a donné la sexualité pour nous montrer que la relation de l’homme et de la femme est à l’image du don d’amour de Dieu lui-même à l’humanité: c’est un don total. Ainsi, les époux qui participent à la vie de Dieu par leur baptême, quand ils s’unissent sexuellement, s’aiment comme Dieu aime l’humanité, dans un don d’amour parfait. Ils accomplissent ainsi le vrai sens de leur existence. C’est cela le sens du mariage chrétien.

L’enseignement de l’Église sur la sexualité et le mariage est donc une bonne nouvelle, parce qu’il s’agit de la vérité sur l’amour, et que l’amour vrai est l’accomplissement de la personne. En même temps, c’est un enseignement exigeant, car la vérité sur l’amour est toujours exigeante.

Christopher West

Christopher West est un célèbre conférencier catholique américain. Spécialiste de l’enseignement de l’Église sur le corps, l’amour et la sexualité, il met tout son talent à le rendre accessible à tous. Ses programmes de formation et ses multiples apparitions dans les médias connaissent un succès international.

Aller plus loin :

BONNES NOUVELLES SUR LE SEXE ET LE MARIAGE, Christopher West, Éditions de l’Emmanuel, 2014

 

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