LE TRÉSOR DE L’ARDÈCHE

by Alexandre Meyer

De 1636 à 1640, saint Jean-François Régis a évangélisé sans relâche la région du Puy, vouant sa vie au salut des paysans. Il est mort dans le petit village de Lalouvesc. Les pèlerinages sur le tombeau du « Père des pauvres » n’ont jamais cessé depuis.

TEXTE ALEXANDRE MEYER – PHOTOS PIERRE GAUER

Perché à 1092 mètres d’altitude sur les contreforts du Massif central, le village de Lalouvesc doit son nom à la garnison romaine qui tenait la place dans l’Antiquité : l’Alouette (Alaveta en occitan). À moins qu’il ne s’agisse d’un ancien relais de chasse aux loups des comtes d’Annonay…

L’église paroissiale originelle, trop petite, a cédé la place à un plus vaste édifice au XVIIIe siècle, lui-même remplacé par l’église actuelle. Les plans sont tracés par le Lyonnais Pierre Bossan, l’architecte des basiliques d’Ars et de Fourvière. Bâtie en granite dans le style néobyzantin, mêlant l’art roman, byzantin et arabo-andalou, Saint-Régis de Lalouvesc est consacrée en 1877, érigée en basilique le 20 avril 1888 par le pape Léon XIII, et achevée en 1900.

Le 14 mai 1610, l’assassinat d’Henri IV à Paris met un terme à la paix civile et à la tolérance qui régnait entre catholiques et protestants dans le Royaume de France depuis 1598 et la fin des guerres de Religion. Louis XIII marche en 1620 sur le Béarn – acquis à la Réforme – pour écraser les soulèvements populaires protestants. Les rébellions huguenotes dureront neuf ans.

« MISSIONNAIRE DE L’INTÉRIEUR»

Les Cévennes, le Velay et le Vivarais, provinces de l’Auvergne méridionale ravagées par un siècle et demi de guerres de religion, de répressions et de massacres, ne connaissent la paix qu’à la toute fin des troubles, avec la victoire décisive du cardinal de Richelieu au siège de Privas en 1629. Le roi Louis XIII entend désormais ramener ses turbulants sujets dans le giron catholique. Après l’hiver des divisions, l’Église connait son printemps, qui voit la naissance des œuvres exemplaires de Vincent de Paul ou François de Sales.

En 1616, à l’âge de 19 ans, Jean-François Régis est entré dans la Compagnie de Jésus avec le secret espoir de devenir prêtre missionnaire au Canada. « Votre Canada à vous sera le Vivarais ! » tranche le Supérieur général. À peine ordonné, il est nommé catéchiste dans la ville du Puy. Il devient « missionnaire de l’intérieur ».

UN ZÈLE ARDENT

Dans ces régions où les dissensions politiques et religieuses avaient semé la haine, on remarque vite le talent du père Régis pour ramener la paix et la sérénité. Les foules devancent son arrivée ou l’accompagnent d’une paroisse à l’autre. Les confessions se font parfois sur le bord du chemin, les pieds dans la neige. Il ne se préoccupe jamais du gîte et de la nourriture. La très grande pauvreté matérielle et spirituelle des paysans renforce son ardeur et son zèle missionnaire. Le jeune prêtre met à profit la rude saison hivernale pour l’évangélisation des montagnards de la région : « Le temps le plus commode aux peuples lorsque les glaces et les neiges les empêchent de travailler et leur donne plus de loisir pour vaquer à leur salut ». Des pécheurs parmi les plus endurcis témoignent publiquement de leur repentir. Des ennemis invétérés, des familles entières se pardonnent mutuellement. Avec lui la paix et la joie rentrent dans les cœurs.

LE SAViEZ- VOUS ?

IGNACE DE LOYOLA ADOPTE LE MONOGRAMME « IHS », ABRÉVIATION DE « JÉSUS » EN GREC, COMME SCEAU OFFICIEL DE SA CONGRÉGATION.*

SAINT JEAN-FRANÇOIS RÉGIS, PATRON DES JÉSUITES DE
LA PROVINCE DE FRANCE

Contemporain de saint Vincent de Paul, avec qui il est canonisé le 16 juin 1737, le « saint père » du Velay et du Vivarais est un homme plein d’humour, « d’abord gai, riant, franc et familier ». Né en 1597 dans l’Aude, ordonné prêtre à l’âge de 33 ans, il meurt en 1640 à Lalouvesc, après dix années d’un sacerdoce éreintant. Le 23 décembre 1640, il parvient brûlant de fièvre à Lalouvesc. Le 31 décembre, il souffle : « Je vois Notre Seigneur et Notre Dame qui m’ouvrent le Paradis »avant de rendre l’âme. « Le saint est mort ! » crie la foule qui fait abattre aussitôt un énorme châtaignier et évider le tronc pour y glisser le corps du missionnaire. Il est canonisé en 1737 par le pape Clément XII. À la Révolution, ses reliques, jetées dans la Loire, sont providentiellement retrouvées et pieusement conservées.

L’INVENTEUR DE LA SOUPE POPULAIRE

Le prêtre prend bonne note de toutes les indigences qu’on lui signale, et tient, dans un autre registre, la liste de toutes les dames charitables susceptibles de l’aider. À chacune d’elles revenait, à tour de rôle,
« l’honneur d’apprêter à manger et fournir aux familles du pain, du potage, de la viande ». « L’œuvre du bouillon » était née.

LE PÈRE DES « FILLES PERDUES »

En 1639, le père Régis rassemble les prostituées qu’il tire de la rue dans le Refuge de Montferrand. En ville, c’est l’émoi, et chez ses supérieurs, la consternation ! Mais l’institution lui survivra, confiée aux soins de plusieurs congrégations religieuses, jusqu’à la Révolution de 1789. Soucieux de procurer de l’ouvrage à ces filles que « l’oisiveté expose à tomber dans le désordre », il s’active pour obtenir de personnes charitables qu’elles leur fournissent le fil nécessaire à la fabrication de la fameuse dentelle du Puy. Les dentelières le choisiront sans hésiter pour saint patron.

Né en 1491, Ignace de Loyola se destine à une belle carrière militaire quand il est grièvement blessé au combat à l’âge de 30 ans. Il rencontre Dieu pendant sa convalescence, se convertit, et adopte une existence de prière, de pauvreté et de chasteté. Durant 20 ans, il note ses expériences intérieures et met au point ses « Exercices spirituels ». Il fonde la Compagnie de Jésus – approuvée par le pape Paul III en 1540 –, dont les membres sont appelés « jésuites ».

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