LE SECRET DE LA LICORNE

by Alexandre Meyer

LA DAME À LA LICORNE, œuvre mystérieuse et fascinante, composée de six panneaux grands de 10 à 18 mètres carrés, a été brodée autour de l’an 1500. Elle est considérée comme l’un des grands chefs-d’œuvre de l’art occidental.

PAR ALEXANDRE MEYER – PHOTO RMN-GRAND-PALAIS (MUSÉE DE CLUNY – MUSÉE NATIONAL DU MOYEN ÂGE) / MICHEL URTADO

La fabuleuse tenture de La Dame à la licorne a retrouvé le musée de Cluny en 2013 après une importante opération de restauration et… une tournée au Japon ! La tapisserie a réintégré une salle du musée reconçue pour favoriser sa contemplation et conserver avec le plus grand soin cette merveille de notre patri- moine, la « Joconde » du musée national du Moyen Âge.

Chacune des tapisseries présente la même jeune femme, richement vêtue, seule ou accompagnée d’une suivante, encadrée d’animaux familiers, exotiques ou fabu- leux. Elle se tient sur un îlot de verdure, dont la couleur bleu sombre contraste avec le fond rouge des tentures.

L’ensemble forme une représentation allé- gorique des cinq sens, symbolisés par l’occupation à laquelle se livre la Dame. Cinq sens pour six tapisseries… Curieux, n’est-ce pas ?

LES CINQ SENS

Dans la première, la dame tient d’une main la hampe de la bannière aux armes du commanditaire, Antoine II Le Viste (mort en 1534) : « de gueules (le rouge en héraldique) à la bande d’azur (le bleu) chargée de trois croissants d’argent (le blanc) montants (en diagonale) ». De l’autre, elle effleure la corne de la licorne, qui porte elle-même – comme le lion – un écu armorié. C’est le toucher.

Dans la deuxième, la dame se saisit d’une dragée dans une coupe que lui tend sa servante, pendant qu’une perruche, posée sur sa main, croque une friandise. C’est le goût.

Dans le troisième tableau, la dame tisse une couronne de fleurs. Un petit singe, derrière elle en hume le parfum. C’est l’odorat.

La quatrième tenture présente la dame jouant d’un orgue, c’est l’ouïe.
Dans la cinquième, la dame, assise, présente un miroir à la licorne qui s’y contemple. C’est la vue.

LE SIXIÈME SENS

La sixième tapisserie figure la dame sous une tente – symbole de recueillement intérieur –, au fronton de laquelle est inscrit en lettres d’or : « À mon seul désir. » On y voit la femme faire glisser ses bijoux dans une cassette que lui présente sa suivante.

S’agit-il du libre-arbitre : le renoncement à la vanité et aux plaisirs temporels ? S’agit- il de l’amour, mû par des raisons que les sens ignorent, ou bien de la générosité, mère de toutes les vertus ? Mystère…

UNE HISTOIRE MOUVEMENTÉE

La tenture de La dame à la licorne a été redécouverte en 1841 par l’écrivain et inspecteur général des Monuments historiques Prosper Mérimée dans le château de Boussac, siège de la sous-préfecture de cet arrondissement de la Creuse.

En 1882, la municipalité de Boussac se sépare des six tapisseries moyennant la somme rondelette de 25 000 francs-or (soit 8 kg d’or fin, 400 000 euros au cours actuel) au profit du premier conservateur du musée du Moyen Âge et de la Renaissance, Edmond du Sommerard.

UN BESTIAIRE MÉDIÉVAL EXTRAORDINAIRE

La licorne et le lion sont présents dans tous les tableaux et portent les armoiries de la famille Le Viste. Créature fréquente en héraldique, la licorne symbolise la chasteté, la pureté et l’amour honnête. Elle est l’emblème de ceux qui renoncent aux plaisirs et se gardent du vice.
Le lion, pour sa part, plein de force, de bravoure et de noblesse, est conforme à l’idéal chevaleresque.
La panthère n’est représentée qu’une seule fois, au milieu des renards, singes, lévriers, chèvres, lièvres, lapins, civettes ou agneaux. Parmi les bêtes à plumes, on reconnaît aisément un perroquet, une pie, de nombreux rapaces (épervier, faucon…) et un échassier : le héron.

UNE TAPISSERIE MILLEFLEURS

On les appelle « verdures » ou tapisseries « millefleurs », car en toile de fond s’enchevêtrent des rinceaux, ces arabesques de touffes végétales, de rameaux et de bouquets de fleurs, répétés jusqu’à remplir tout l’espace laissé libre par les sujets principaux de la composition. Apparues au XVe siècle, très courantes en France et dans le vaste duché de Bourgogne qui s’étendait jusqu’aux Pays-Bas, les millefleurs passent de mode au début du XVIIe siècle.
La belle dame est encadrée d’arbres que l’on reconnaît aisément à leur feuillage et à leurs fruits : l’oranger, le pin, le chêne et le houx.

LE SAViEZ- VOUS ?

JULES CÉSAR RAPPORTE DANS SES COMMENTAIRES SUR LA GUERRE DES GAULES QU’IL AURAIT CROISÉ DES LICORNES DANS LA FORÊT HERCYNIENNE (ACTUELLE EUROPE CENTRALE).

Le musée de Cluny est fermé pour la dernière phase de ses travaux de modernisation jusqu’en 2022, mais vous présente, en attendant, une remarquable sélection de ses trésors sur son site internet.

Découvrez les tapisseries de La Dame à la licorne dans leurs moindres détails, grâce aux coloriages proposés par le musée de Cluny. Vous pouvez télécharger gratuitement et imprimer les dessins directement depuis le site du musée…

https://www.musee-moyenage.fr

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