Le pape est-il une invention de l’Église ?

by administrator

Depuis saint Pierre il y a 2000 ans, les papes se succèdent à la tête de L’Église sans interruption. Pour les catholiques, l’institution de la papauté remonte au Christ, mais pour d’autres elle est une invention de l’Église.

Le débat entre Lili Sans-Gêne et David Hockley

1. Si tous les chrétiens sont égaux, pourquoi y en aurait-il un qui serait comme le roi, au-dessus de tout le monde, avec un pouvoir absolu ?

 Le cœur de la question est là. On voit le pape avec la logique de pouvoir et de domination qui prévaut dans le monde politique ou de l’entreprise. Mais Jésus inverse les rôles, ou plutôt les met à leur juste place : « Les premiers seront les derniers », dit-il. Quand Jésus fait de Simon le premier pape, il lui dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » Où se retrouve Simon Pierre ? Tout en bas. Tout repose sur lui (et lui repose sur Jésus). Lors de son élection on a vu le pape François se mettre à genoux et demander la prière de la foule. Dans la Bible, dans la foi chrétienne, diriger ce n’est pas dominer, c’est servir. C’est la logique non du pouvoir mais de l’amour.

2. C’est le Christ qui est le chef de l’Église : pourquoi aurait-Il besoin d’un autre chef ?

Ce n’est pas le Christ qui en a besoin ! Jésus a donné une structure à l’Église parce que nous, nous en avons besoin ! L’Église a pour fonction de nous aider à devenir de plus grands amis de Dieu, parce qu’il n’y a que ça qui nous rende vraiment heureux. Mais pour ça elle a besoin parfois de dire « Touche pas à la prise, tu vas t’électrocuter ! » comme une mère le fait avec ses enfants. Et il faut qu’elle puisse le dire de manière audible, sinon c’est trop facile de ne pas entendre.

3. De quel droit le pape pourrait-il décider de ce qu’on doit croire, de promulguer des dogmes, de dire ce qui est bien ou mal ?

On s’imagine parfois que la foi catholique a, au cours des siècles, inventé des nouveaux dogmes… et c’est faux. Ca ressemble plus au travail des chercheurs en maths ou en physique : ce ne sont pas eux qui décident de ce qui est vrai ou faux, ils creusent la réalité et la logique pour trouver des pépites de vérité et les mettre en lumière. L’Église a reçu de la même façon une sorte de cadeau initial (le « dépôt de la foi ») : tout l’enseignement de Jésus à ses amis, qui s’exprime notamment dans la Bible. Au cours des siècles l’Église a dit : « Ah oui, ça, c’est compatible avec ce cadeau initial », ou au contraire : « Non, ce n’est pas compatible avec ce qu’on sait être vrai. » Du coup l’Église a affirmé certaines choses tardivement, parce qu’avant personne ne s’était mis en tête de les nier ou parce qu’elle n’avait pas fini de découvrir la beauté du cadeau initial. Le ministère du pape est une expression particulière de la mission de l’Église : non pas d’inventer des choses, mais de dire ce qui est vrai. Même quand ça dérange. Surtout quand ça dérange.

4. Avoir un monarque à la tête de l’Église, cela montre qu’elle n’est pas du tout démocratique. Il n’y a pas de liberté pour les fidèles. Or la liberté, c’est la base de la foi.

Mais imaginez-vous un corps qui ne soit que du muscle, sans squelette ? Ça avancerait comment ? Alors certes, quand on pense au squelette on a tout de suite un frisson de dégoût en se disant : c’est dur, c’est froid, c’est inerte. Et c’est vrai que sans les muscles, ça fait juste un truc glauque. Mais mettez ensemble les muscles et les os, et vous avez un truc merveilleux, qui avance. Et donc oui, parfois la liberté est contrainte par l’autorité, et c’est une bonne chose. Imaginez un pont au-dessus d’un précipice : si on marche et que d’un coup on se rend compte qu’on a le pied au-dessus du vide, vite on se jette à terre et on avance en tâtant le sol. Si au contraire on trouve une rambarde, on sait qu’on ne risque rien alors on avance d’un pas plus assuré. L’autorité ne bloque pas la liberté, elle lui permet de s’exprimer. C’est parce que la liberté est importante qu’il y a cette autorité.

5. Le pape a un vrai pouvoir politique. C’est donc bien une institution humaine, et non pas divine.

 L’Église – peuple de Dieu – est héritière du peuple juif, dans lequel déjà les prêtres avaient un pouvoir politique. Et de fait, Dieu s’intéresse à notre quotidien, non seulement à notre pratique religieuse mais à nos difficultés et nos joies, à l’être humain dans son ensemble. On ne peut pas isoler la dimension spirituelle de l’être humain sans le déchirer. Nous sommes des êtres à la fois spirituels et sociaux, le chemin de bonheur que Dieu nous propose a de fait forcément des implications sur notre façon de vivre en société. C’est ce qui permet au pape de dénoncer le nazisme en 1937 (avec l’encyclique Mit Brennender Sorge) ou d’œuvrer à la chute du rideau de fer, plus récemment. Les papes ont aussi parlé de justice sociale (et donc du droit des ouvriers par exemple). On croit, en tant que chrétiens, que Dieu est venu habiter parmi nous, que Jésus s’est fait homme. Il n’est pas resté distant, pur esprit. Il s’adresse à l’homme tout entier, dans toutes ses dimensions, et c’est donc normal que le message de l’Évangile ait un impact sur la façon de vivre en société.

6. Quand on voit la papolâtrie qui s’est développée dans le monde, avec les trois derniers papes, on voit bien que l’institution de la papauté est contraire à l’Évangile.

 J’ai le souvenir d’avoir vu aux JMJ à Rome une fillette se jeter dans les bras de Jean Paul II. « Pape » signifie « papa ». C’est en réponse à une façon d’exercer ce rôle paternel que, partout dans le monde, les chrétiens répondent avec une affection tout aussi filiale. L’Église est une famille, encore heureux qu’on s’aime ! Et ce n’est pas parce que j’aime le pape (ou mon père) que je le prends pour Dieu ni que j’aime moins Dieu. Au contraire, ce que j’aime en lui (le pape ou mon père) c’est justement sa façon de ressembler à Dieu, c’est ce qu’il exprime et qu’il montre de Dieu. Et du coup plus je l’aime, plus j’aime Dieu, les deux ne sont pas opposés.

7. Tout ce que Jésus dit à Pierre dans l’Évangile est à remettre dans le contexte : ils étaient très amis, et Jésus lui a fait une grande confiance.

Jésus dit à Pierre : « Sois le pasteur de mes brebis », juste après la trahison de ce dernier. Jésus ne passe pas la main à un homme de confiance, loin de la ! Il choisit le plus pauvre, le plus faible, le plus lâche ; il sait que ce n’est qu’en étant confronté à sa faiblesse que Simon va puiser en Dieu la force d’être Pierre. Et si Jésus choisit Pierre, c’est pour répondre à un besoin de l’Église : c’est une famille qu’il dote d’un père.

8. Quand même, le dogme de « l’infaillibilité pontificale » : comment prétendre qu’un homme puisse être infaillible ?

 Mais il y a plusieurs erreurs comprises là-dedans. Tout d’abord, l’infaillibilité ne concerne « que » les questions de foi et de morale (et pas, par exemple, les questions scientifiques ou historiques). Deuxièmement, le pape n’est infaillible que lorsqu’il parle au nom de l’Église (on dit « ex cathedra »), et non lorsqu’il s’exprime comme théologien privé. Et surtout, l’infaillibilité ne garantit pas qu’il soit capable d’énoncer la vérité. L’infaillibilité signifie que Dieu le préserve de l’erreur, que Dieu l’empêche de nous enseigner l’erreur. L’infaillibilité est une expression de la fidélité de Dieu envers nous. La Bible nous dit que Dieu nous envoie l’Esprit Saint pour nous guider vers la vérité, et c’est pour cela que nous croyons qu’Il préserve de l’erreur (sur les questions de foi et de morale !) ce qu’il a choisi d’utiliser pour nous parler : la Parole de Dieu, et l’Église.

 

David Hockley

Il a grandi dans une famille de protestants évangéliques convaincus, avec un père pasteur. Il raconte comment il a embrassé la foi catholique dans son livre La Parole s’est faite chair. David est cofondateur de Jump4Joy (www.jump4joy) qui propose aux adolescents d’évangéliser par l’art. Il travaille par ailleurs dans l’industrie des jeux vidéo. Il est marié et père de trois enfants.

Aller plus loin :

LA PAROLE S’EST FAITE CHAIR, UN PROTESTANT EMBRASSE LA FOI CATHOLIQUE, David Hockley, L’Œuvre Éditions, 2013

ROME SWEET HOME, DE LA FOI DE LUTHER A LA FOI DE PIERRE, Scott & Kimberly Hahn, Éditions de l’Emmanuel, 2010

 

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