Le foot est-il devenu une nouvelle religion ?

by administrator

Débat. Avec son immense popularité, le football suscite parfois une ferveur quasi-religieuse. En cette période de Coupe du monde au Brésil, peut-on dire qu’il est devenu une nouvelle religion universelle?

Le débat est lancé entre  Lili Sans-Gêne et Arnaud Bouthéon.


1. 
Ca y est, on va nous parler sans arrêt de football pendant plusieurs semaines: le monde entier va respirer au rythme des matchs de la Coupe du monde au Brésil. Pourquoi cette ferveur religieuse planétaire? Le foot est devenu une idole!

Comme le Brésil est le pays de la ferveur religieuse et footballistique, l’engouement sera inédit, avec des excès et vous avez raison de parler d’idolâtrie, mais aussi de bons moments de joie partagée et de communion populaire. La réalité est que le football est devenu actuellement un sport mondial et universel qui parle à tout le monde. La Fédération internationale de football compte plus de membres que l’ONU ! Les grands leaders politiques (et même le pape !) sont passionnés de football, parce qu’ils conservent sûrement un esprit d’enfant, mais aussi parce que le football, par la simplicité de ses règles, unit les peuples par-delà leurs différences. On dit même qu’il coud les blocs de civilisation. Le football est une forme de religion au sens où il relie les hommes entre eux et cherche à apporter du rite et du sacré à leurs vies. En revanche, le sport ne pourra jamais répondre à la question centrale de tout homme : celle de la vie après la mort. L’architecture des stades le montre, c’est un espace clos autour de l’homme, tandis que les nefs des églises nous tournent vers l’orient de la Résurrection, célébration de la vie après la mort.

2. De nombreux joueurs affichent des signes religieux sur le terrain. On dirait de la superstition, ils font un petit signe vers le ciel, dans l’espoir de gagner! Pourquoi mêler sport et religion sur le terrain?

Nul ne peut juger de l’authenticité des manifestations de ferveur des uns et des autres. Pour avoir rencontré de grands champions chrétiens, je sais que la foi agit en eux comme un carburant puissant qui les libère de la pression et leur donne ainsi une force supérieure pour donner le meilleur d’eux-mêmes. Le sport, en agissant sur l’intégralité de ce que nous sommes, corps, âme, esprit, creuse très profond et peut rapprocher de l’essentiel… Il y aura toujours des débats autour de ces gestes religieux que certains veulent interdire. Le sport est alors célébré comme une nouvelle religion qui n’autorise pas en son temple d’autres manifestations religieuses « parasites ». Pour d’autres, dont je fais partie, le sport reste un moyen merveilleux et gratuit de valoriser et célébrer l’humanité dans son intégralité. Alors pourquoi ne pas autoriser l’expression de la religiosité qui vitalise le joueur ? Le sport est passionnant parce qu’il est un révélateur indépassable de la personne humaine ; il nous offre un miroir grossissant sur l’humanité dans ce qu’elle a de pire (racisme, triche, luxure, et bientôt tentation transhumaniste…) mais aussi et heureusement de meilleur (le talent, l’esprit d’équipe, le patriotisme, le respect, le travail, le pardon, la rédemption….)

3. Mais n’avez-vous pas mieux à faire que de jouer ou perdre du temps à regarder ce spectacle parfois abrutissant?

Chère Lili, je vous inviterai à assister à une séance de décryptage du football, et à regarder en ma compagnie un grand match tel que la Coupe du monde va nous en offrir. Il y a une très belle phrase de Don Bosco qui dit : « Aimez ce qu’ils aiment, ils aimeront ce que vous aimez. » Je pense que Dieu se réjouit des bonnes choses de sa création, et donc aussi sûrement des gestes techniques de Messi et Ronaldo… Lorsque les enfants sont heureux avec un ballon, pensez-vous à leur confisquer l’objet de leur joie ? Puisque l’Église s’intéresse à l’homme, il est normal qu’elle le rejoigne sur ce terrain sportif, et qu’elle y continue de l’enseigner, comme un entraîneur et un arbitre enseignent les joueurs pour permettre selon le jargon footeux, « la fluidité du jeu et une bonne circulation de balle. »

4. En France, l’Église ne perd-elle pas son temps à se réjouir béatement devant ce simple divertissement, alors qu’il y a de vrais enjeux de déchristianisation et une souffrance sociale?

Saviez-vous, ma chère Lili, que la France, fille aînée de l’Église, est aussi un peu la fille aînée du football puisque ce fut un français, catholique fervent, Jules Rimet, qui créa la Coupe du monde de football, et présida le premier la Fédération internationale de football ? La France du sport a été irriguée par les patronages qui ont longtemps rayonné autour des paroisses, inspirant la création de nombreux clubs célèbres. Ne soyons pas ronchons, et acceptons que la Coupe du monde, pour l’Église qui est en France, soit une parenthèse joyeuse et opportune pour nous associer à une ferveur populaire ! Soyons inventifs, cela peut être l’occasion d’organiser des rencontres sportives à notre tour, de réunir des pères et des fils, de partager les soirs de matchs des émotions avec notre entourage…

5. Il paraît que le pape François aime le football. Vous avez de la chance, c’est un allié pour vous. Mais je ne vois pas comment le sport peut aider à vivre une vie de chrétien.

Le pape François est un authentique passionné de football qui, lors d’une rencontre avec les vedettes des équipes d’Argentine et d’Italie, les a appelées à vivre du football avec un vrai esprit « d’amateur», c’est-à-dire de celui qui aime gratuitement et qui prend plaisir à son ouvrage. Paradoxalement, alors que nous pouvons nous endormir un peu dans nos vies bien installées, le sport peut venir nous réveiller comme il réveille nos corps. Religion de l’incarnation, le christianisme est LA religion du corps, qui pour nous est le temple de Dieu, infiniment respectable dans tous les cas. C’est donc aussi un peu la religion du sport, non ? Prenons des exemples d’habitudes de champions et d’athlètes qui peuvent nous inspirer pour faire de nos vies de belles compétitions.
Dans le couloir des vestiaires, ils restent concentrés sans regarder ou toiser l’adversaire. Pourquoi ne pas rester unifiés sur le match de nos vies, sans jalouser, critiquer ou mépriser notre prochain ?
Ils acceptent la décision de l’arbitre, le règlement et sa signification. Essayons d’accueillir l’enseignement multiséculaire de l’Église !
Ils se mettent « au vert » avant les compétitions ? Nous pourrions prendre un temps de prière personnel avant d’attaquer la journée, et nous offrir parfois des retraites dans un monastère.
Ils suivent les conseils d’entraîneurs et de coachs, eh bien ! suivons les conseils de nos prêtres et allons vers eux pour recevoir le sacrement du pardon, de l’eucharistie…
Les sportifs décortiquent leurs matches dans des séquences vidéo ? À nous de revisiter nos journées à travers une relecture de nos actions et pensées du jour, pour nous améliorer le lendemain.
Ils se congratulent et saluent leurs supporters après un but ? Apprenons à nous remercier, à ne pas décevoir ceux qui comptent sur nous, et à célébrer les bons moments !
Et enfin, quand eux cherchent à faire sur le terrain le fameux « geste juste » : à notre tour, nous pouvons essayer de poser des petites gestes de bonté autour de nous.
Ces exemples concrets pourraient ainsi contribuer à « sportiviser » nos vies, pour devenir, selon le souhait émis par le Pape François aux dernières JMJ de Rio, « de vrais athlètes du Christ».

Arnaud Bouthéon est consultant au profit de diverses institutions. Diplômé en marketing sportif après avoir travaillé longtemps dans le milieu du sport et de l’entertainement, il est engagé dans le dialogue entre les chrétiens et le monde du sport.
Ils l’ont dit :
« Si Dieu existe, et je le crois, il n’a pas pu faire autrement que de regarder le match. »
Aymé Jacquet, après la Coupe du monde de foot de 1998.

« Ma foi (en Dieu) vient de nombreux signes.» Yoann Cabaye, La Voix du nord, avril 2013.

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