LE CHEMIN DE CROIX DE L’ÉGLISE SAINT-NIZIER : SUR LES PAS DE JÉSUS

by Alexandre Meyer

Inauguré en l’église Saint-Nizier en septembre 2019, ce Chemin de Croix invite les spectateurs, fidèles paroissiens, pèlerins ou touristes, de Lyon ou d’ailleurs, croyants ou non, à entrer dans la scène et à accompagner Jésus sur son chemin de douleur, vers sa résurrection.

PAR ALEXANDRE MEYER – PHOTOS LUC PARIS / JEAN-BAPTISTE GUERLESQUIN / MATHIEU VO. INSTANT PRÉCIEUX

Inauguration chemin de croix Eglise Saint Nizier, par Bruno DESROCHE.

Le Chemin de Croix de Saint-Nizier interroge notre rapport au réel et à la souffrance dans un monde devenu virtuel. En nous projetant dans les scènes de la Passion du Christ, il interpelle notre conscience.

Quatrième station : Jésus rencontre sa Mère. Un échange de regard d’une tendresse infinie, le geste de répit d’une mère pour son enfant mourant.

Croquis, maquette à l’huile, peinture définitive, chaque toile a demandé un mois de travail à Bruno Desroche.

Bruno Desroche est viscéralement attaché à l’église Saint-Nizier depuis plus de quinze ans. Il s’y est marié. Son épouse y a reçu le baptême, comme leurs trois enfants. Guide pen- dant cinq ans, le professeur en école d’art la connaît par cœur, cette belle bâtisse néogothique.
Saint Pothin, premier évêque de Lyon et tout premier évêque – le primat – des Gaules, aurait érigé son oratoire sur les lieux mêmes de la fondation de l’édifice. Deux mille ans de prière ininterrompue, une tradition mariale immémoriale… Il ne tarit pas d’éloges sur ce lieu de culte singulier, cœur battant du quartier des Cordeliers, entre Rhône et Saône. Un désir secret l’anime depuis des années : remplacer le reliquat de Chemin de Croix qui orne la nef depuis le XIXe siècle. En novembre 2016, il se lance et présente deux prototypes au père Hugues Jeanson, le curé de la paroisse : une Pietà et un Christ outragé. Un groupe de paroissiens prend le relais et défend le projet.

«ET TOI, DE QUEL CÔTÉ ES-TU ? »

La peinture sera réaliste, à la figuration affirmée, invitant les visiteurs, proches ou éloignés de la foi, à accrocher immédiatement. Les images seront simples, lisibles, compréhensibles, jamais provocantes ni culpabilisantes. L’identification des spectateurs aux acteurs des tableaux sera favorisée par la représentation de figures contemporaines, en jean-basket et smartphone à la main : « Et toi, de quel côté es-tu ? Celui du bourreau, du compatissant, du pleurant ? » Les modèles joueront tous les rôles, comme chacun d’entre nous. « Je voulais toucher les âmes, comme la mienne s’est laissé toucher. L’image n’est qu’un canal, un moyen, une première approche au service de la mise en relation entre les visiteurs et le Bon Dieu », sourit le peintre.

LE SAViEZ- VOUS ? CETTE DÉVOTION EST NÉE AU XIIIe SIÈCLE : ON DOIT LA PREMIÈRE RECONSTITUTION DU CHEMIN DE CROIX, SOUS FORME DE MÉDITATIONS, À SAINT FRANÇOIS D’ASSISE

TROIS ANS DE TRAVAIL

Il faudra trois années de travail pour voir le projet aboutir : la mise en scène de chaque station, avec l’aide d’un ami photographe et de ses anciens élèves, des prises de vue, capter ces tableaux vivants qui seront tendus comme des miroirs aux visiteurs ou pèlerins de Saint-Nizier, effectuer ensuite un travail de distanciation par rapport aux clichés, et enfin, peindre. « Trois années de prière et une conversion personnelle », confie Bruno Desroche. Convaincre la Direction régionale des affaires culturelle ne fut qu’une formalité. Au niveau du diocèse, la Commission d’art sacré s’assura que les tableaux respecteraient l’intégrité des lieux. Le chemin de Croix de Saint-Nizier a été inauguré le 21 septembre

2019, le jour du quarantième anniversaire du peintre. Depuis peu, il a abandonné son métier pour se lan- cer dans son travail d’artiste. Bruno Desroche travaille sur un nouveau projet : un retable monumental et des vitraux. Où ? Dans sa chère ville de Lyon bien sûr, mais il n’en dira pas plus…

EN DÉTAIL

LES IMAGES AU SERVICE DE LA PAROLE DE DIEU

Avec quatre siècles d’avance sur l’ère du tout-numérique et l’omniprésence des images qu’elle a entraînée dans nos vies quotidiennes, l’Église soulignait déjà l’importance cruciale de l’image et l’enjeu pastoral majeur qu’elle représente dans la formation et l’édification des fidèles ! On doit cet éclair de lucidité au brillant Charles Borromée, cardinal à 22 ans, artisan zélé du concile de Trente, qui consacrait en 1566, dans le catéchisme du même nom, une véritable « théologie de l’image » en faveur de l’iconographie religieuse dans les églises.

LIBRE À NOUS DE NOUS IDENTIFIER OU NON

« Nous voulons toucher les touristes, les paroissiens, les gens du quartier, pour que toute personne qui entre ici trouve Dieu et son amour », explique Maëlle de Portzamparc, responsable de la communication de la paroisse Saint-Nizier. « Les tableaux nous projettent dans la scène, mais libre à nous de nous identifier ou pas. Le même personnage peut accompagner Jésus ou s’en moquer, être tour à tour bourreau et dévôt, souffrir avec le Christ ou le faire souffrir. Ce n’est pas tout blanc ou tout noir et jamais moralisateur. Surtout, Jésus apparaît doux et déterminé : il transcende l’épreuve avec une force admirable. Nous pouvons tous mettre notre confiance en lui. »

POUR MÉDITER

Chemin de Croix, Bruno Desroche, préfacé par Charles Villeneuve de Janti, conservateur en chef du Patrimoine, Éditions Peuple Libre, 15,90 €. Les tableaux des quatorze stations traditionnelles illustrent une courte méditation de l’artiste, témoignage de ses trois années passées à mettre en scène, contempler et peindre la Passion du Christ. S’y ajoute une représentation de la Résurrection (voir p. 15), qui donne au « chemin de la douleur » une finalité glorieuse.

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