La puissance de la gratitude

by Hélène Bordes

Vivre heureux. Plus qu’une nouvelle mode, apprendre à vivre dans la gratitude change la vie et permet de vivre dans l’amour. Par Pascal Ide.

Pour beaucoup, « gratitude », c’est un mot un peu savant pour dire « merci ». C’est aussi parfois le mot qui termine une lettre un peu formelle : « Recevez toute ma gratitude » ou un discours convenu : « Cher collaborateur qui partez à la retraite, je vous assure de toute ma gratitude. »
En fait, ce mot désigne l’un des secrets les plus simples et pourtant les plus décisifs du bonheur. Et l’un des plus étudiés aujourd’hui en psychologie. La gratitude, que nous réduisons souvent au remerciement ou, parfois, à un sentiment, est un mouvement en trois temps : la reconnaissance d’un don gratuit ; le sentiment suscité par cette reconnaissance ; le retour, qui est un acte lui-même gratuit.

Rentrons dans le détail.

La gratitude suppose d’abord une prise de conscience : certains événements (le sourire d’une personne croisée dans la rue, ma bonne vue, mon enfant qui débarrasse aussi mon bol, etc.) sont des dons, c’est-à-dire des cadeaux gratuits. Notre société d’hyperconsommation tend à transformer les choses en objets à prendre, voire en des dus à exiger. Les expériences le montrent : plus nous considérons une chose comme gratuite, et plus elle éveille de la reconnaissance. On a proposé à une centaine d’étudiants de mesurer leur degré de gratitude après s’être représenté la situation suivante. Tous s’imaginent demander de l’aide à un ami pour déménager, aide qui, de plus, s’avère être efficace et leur économiser beaucoup de temps. Puis, les étudiants sont répartis en trois groupes qui reçoivent une phrase.

 1. Le premier tiers reçoit : « En repensant à l’aide apportée par votre ami, vous le connaissez suffisamment bien pour savoir qu’il n’attend rien en retour. »
2. Le deuxième tiers reçoit : « En repensant à l’aide apportée par votre ami, vous vous souvenez que d’autres ont précisé que lorsqu’il aide quelqu’un, il s’attend à ce qu’on le remercie explicitement, en général verbalement et à l’écrit, sous la forme d’un acte ou d’un petit mot. »
3. Le dernier tiers reçoit le même mot que le deuxième, et en plus : « Et il s’attend aussi à ce qu’on lui rende la pareille. Vous savez d’ailleurs que votre ami déménage samedi prochain. »
Les résultats ont clairement montré que le sentiment de reconnaissance est inversement proportionnel à l’attente de retour… Normalement, la prise de conscience d’un don suscite de la gratitude, c’est-à-dire de la joie, voire de l’émerveillement. Pourtant, il arrive que nous ne la ressentions pas. Souvent, en effet, nous n’avons pas pris le temps de détailler le don. Dans une expérience, deux sous-groupes devaient noter cinq phrases. Le premier passait en revue cinq événements différents (par exemple : « mon ami m’a offert son sac à dos » ; « mon voisin est venu m’aider à réparer le robinet » ; etc.) et le second parlait d’un même et unique événement (par exemple : « mon ami m’a offert son sac à dos » ; « ce sac lui était très cher, je l’ai toujours connu avec » ; etc.). Cette pratique fut réalisée une fois par semaine durant dix semaines. Au terme, les participants du second sous-groupe se sentaient plus heureux et moins fatigués que ceux du premier. Mieux vaut se laisser imprégner par un seul don, que d’en décrire cinq en général. Enfin, la reconnaissance favorise le comportement altruiste. Par exemple, le sourire gratuitement offert stimule la générosité. Juste avant de prendre l’ascenseur dans un grand magasin, une personne (qui est un compère) sourit avec chaleur à quelqu’un (qui fait l’objet de l’expérience). Quelques instants plus tard, un autre compère regarde la liste des rayons et lance devant la personne qui a bénéficié du sourire : « Zut, j’ai oublié mes lunettes ! Quelqu’un peut-il me dire à quel étage se trouvent les parapluies ? » Résultat : la personne à qui on a souri répond dans 70 % des cas et une autre, dans seulement 35 %, soit deux fois moins. Pourquoi tenons-nous plus volontiers la porte au suivant, lorsque quelqu’un, devant nous, l’a fait pour nous ? Dans l’Évangile, le Christ avait résumé tout ce mouvement de la gratitude en une phrase : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10,8).

Pascal Ide

Pascal Ide est prêtre du diocèse de Paris et membre de la communauté de l’Emmanuel. Il est docteur en médecine, en  philosophie et en théologie. Il est formateur au séminaire de Bordeaux. Parmi ses derniers ouvrages : Le burnout. Une maladie du don,  Paris, Quasar, 2015 ; Manipulateurs. Les personnalités narcissiques : décrire, comprendre, agir, Paris, Éd. Emmanuel, 2016.

6 clés pour mettre la gratitude au cœur de sa vie

1 Reconnaissez un bienfait que vous avez reçu aujourd’hui. Ce peut être la parole ou le geste d’une personne, la beauté d’un paysage, etc.
2 Prenez conscience de sa gratuité. C’est-à-dire de ce que vous avez reçu ce bienfait sans nulle obligation de retour.
3 Détaillez ce don gratuit. Décrivez-en au moins cinq caractéristiques concrètes en vous y attardant.
4 Goûtez la paix et la joie. Voire l’amour, que cette description du don éveille en vous.
5 Sentez monter en vous le désir de faire de même. Ce peut être une parole ou un geste. En retour à la personne qui vous a fait don de ce bienfait ou en cascade à une autre personne.
6 Décidez alors de poser cet acte comme une libre réponse d’amour. Par pure gratitude, sans recherche d’un don en retour, mais par surabondance du bienfait premier que vous avez reçu.

Cette fiche, apprenez-la par (le) cœur ou prenez-la sur votre cœur.

Pour aller plus loin :

Puissance de la gratitude Vers la vraie joie. Paris, Pascal Ide, Éditions Emmanuel, 2017
Merci ! Quand la gratitude change nos vies Robert Emmons, Pocket, 2008

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