LA CONFESSION : EMPRISE OU LIBERTÉ ?

by Alexandre Meyer

Tandis que les confessionnaux prennent la poussière dans les recoins des églises, beaucoup de chrétiens racontent que leur vie a basculé lors d’une confession, autrement appelée « sacrement de réconciliation ». Alors, quel est le sens de la confession ? Est-ce une pratique moyenâgeuse dont il faut revoir l’utilité ou le lieu même de la rencontre avec Dieu ?

LE DÉBAT ENTRE LILI SANS-GÊNE ET LE PÈRE MAX HUOT DE LONGCHAMP

Le père Max Huot de Longchamp est prêtre du diocèse de Bourges et responsable du Centre de formation spirituelle Saint-Jean-de-la-Croix. Docteur en théologie de l’Université grégorienne, il a été ordonné en 1975.

Pas besoin d’intermédiaire pour se confier à Dieu, encore moins pour demander pardon !

Quand on célèbre un sacrement, le célébrant n’est pas un intermédiaire, mais quelqu’un qui rend Dieu réellement présent, humainement présent : parce que Jésus est insé- parablement Dieu et homme, le prêtre n’est pas un simple délégué de Dieu, mais de par son ordi- nation, Jésus lui-même agit en lui. Exactement comme c’est Jésus qui donne son corps quand le prêtre prononce « ceci est mon corps » à la messe, c’est Jésus qui pardonne quand le prêtre dit : « Je te pardonne » à la fin de la confession, et non pas le père untel ou untel.

Confier ses petits secrets à un inconnu, quelle impudeur ! C’est du voyeurisme.

On ne confie pas ses secrets à un inconnu, mais à Jésus. J’aime bien quand un pénitent, au lieu de débiter une liste de mauvaises actions, formule sa confession en s’adressant directement à Jésus : « Jésus, je te demande pardon parce qu’avant-hier j’ai renvoyé avec colère un client ou un collabora- teur… » Croyez bien que le prêtre, loin de se sen- tir un voyeur, est dans l’admiration de celui qui accepte ainsi d’être vu en vérité ! L’impudique, c’est celui qui se cache parce qu’il a honte, ou celui qui se montre parce qu’il ne regrette rien ; la vérité n’a pas peur d’être ce qu’elle est.

Au lieu de nous libérer, la confession nous culpabilise, non ?

« La vérité vous rendra libres », nous dit Jésus. Parce qu’elle est un acte de foi, de confiance en Dieu Père, la confession nous remet dans la vérité, condition de toute santé mentale. Elle est nécessaire pour nous reconstruire quand nous avons triché avec ce qui est. Se mentir à soi-même provoque un abcès dans notre psychisme : les maladies de l’âme se greffent toutes sur le refus du réel. « Fermer une église oblige à ouvrir un établissement psychiatrique », me disait un psychiatre ! C’est sans doute un peu rapide, mais il est sûr qu’en crevant les abcès de l’âme, la confession évite bien des complications.

Est-ce que la confession ne risque pas de rendre scrupuleuse une personne angoissée comme moi ?

Il ne s’agit pas d’avouer en confession des péchés que l’on a peut-être commis, mais de déclarer ceux que l’on a certainement commis ! Certes, il y a là toute une éducation spirituelle à faire, et elle est essentielle pour un épanouissement chrétien. On ne dira jamais trop que la vie chrétienne n’est pas affaire de morale, même si elle a des implications morales, mais affaire de relation à quelqu’un, à Jésus, et donc affaire d’amour. Et si vous avez peur du Bon Dieu, vous pouvez être sûr que ce n’est plus lui, mais le démon qui vous angoisse ! Raison de plus pour vous précipiter dans les bras du Bon Dieu !

« Faute avouée à moitié pardonnée », dit-on. Qu’est-ce qui me garantit que l’ardoise est vraiment effacée après une confession ?

L’ardoise n’est pas effacée après la confession, mais avant ! On ne se confesse pas pour être pardonné, mais parce que l’on est pardonné ! On n’est pas chrétien pour être sauvé par le Christ, mais parce que le Christ nous a sauvés : voilà la Bonne Nouvelle ! Et il s’agit désormais de profiter de la vie éternelle ! Se confesser, c’est accepter cette vie qui n’attend que notre consentement pour entrer en nous ; mais pour l’accepter, il faut lui ouvrir notre cœur, comme un blessé montre sa plaie pour pouvoir être soigné.

Il paraît qu’un prêtre peut vous refuser l’absolution, pourtant je croyais que Jésus prônait le pardon plein et entier…

« Refuser l’absolution » est une expression fâcheuse. Pas plus que le Bon Dieu, le prêtre ne met de condition au pardon, mais il peut constater que la demande de pardon n’est pas authentique. On confond souvent regret et repentir ; si vous regrettez d’être gourmand parce que ça vous rend malade, mais sans réelle intention de manger moins, ne parlons pas de conversion ! Si un pénitent n’a pas l’intention de changer son comportement, son repentir n’en est pas un, et lui dire « je te pardonne » serait jouer la comédie.

Vous n’avez pas peur qu’en confiant ses fautes y compris les plus intimes, il y ait un risque de tomber sous l’emprise du prêtre pour la personne qui se confesse ?

Bien sûr, le risque de tomber sur un confesseur abusif existe, tout comme celui de tomber sur un médecin incompétent ou même sur un charlatan. À vrai dire, le risque n’est sérieux que dans le domaine de la direction spirituelle proprement dite, qui mérite une formation « professionnelle » spécifique, et qui d’ailleurs ne suppose pas le sacerdoce. Pour des raisons historiques, la confession a souvent été associée à la direction spirituelle, mais il s’agit de deux démarches distinctes ; en pratique, n’hésitez pas à couper court s’il arrive que vous vous sentiez « déstabilisé » par les propos d’un confesseur qui sortirait de son rôle.

Quitte à se confesser, une fois par an devrait suffire, je ne suis pas une criminelle non plus, d’ailleurs l’Église n’en demande pas plus…

Ce n’est pas la gravité de nos péchés qui doit mesurer la fréquence de nos confessions, mais la ferveur de notre amour de Dieu. Un pénitent me disait : « Pourquoi me confesser si souvent, si c’est pour toujours m’accuser des mêmes choses ? » Réponse : « Pour que le Bon Dieu puisse vous répéter toujours les mêmes choses : je te pardonne, je t’aime, ne t’inquiète pas, courage, je suis là ! » Le rythme juste pour se confesser est celui qui permettra à Dieu, non pas de nous surveiller, mais de continuellement veiller sur nous.

Pourquoi nous demande-t-on d’accomplir une pénitence après la confession ? Encore un mot bien culpabilisant !

Une pénitence n’est pas une punition, mais le début d’un chemin pour que notre conversion passe de la bonne volonté à la volonté bonne. Pour que nous n’en restions pas à une vague et pieuse intention de mieux faire, le confesseur nous indique le premier pas sur ce chemin, normalement adapté à nos forces et à nos faiblesses. Ne parlons pas de culpabilité ici : elle est derrière nous ; comme au jour du baptême, nous sortons d’un tombeau parce que nous sommes ressuscités avec le Christ.

ALLER PLUS LOIN

Carême 2021 pour les cancres à l’école des saints : vivre les sacrements
Max Huot de Longchamp, Paroisse et famille, janvier 2021, 104 pages, 4,50 €.

Le site de l’association Saint-Jean-de-la-Croix : www.paroisseetfamille.com

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