LA BUSINESS ANGEL DES PAUVRES

by Marie Fawzy

Ancienne filleule d’Enfants du Mékong, Sreymao est aujourd’hui une jeune femme cambodgienne accomplie dans sa vie professionnelle comme dans sa vie personnelle. Femme de caractère à la réussite exemplaire, elle n’en a pas pour autant oublié ses origines modestes. Elle consacre toute son énergie à faire naitre des projets pour permettre à d’autres enfants de bénéficier des mêmes chances qu’elle.

TEXTE AGATHE DUCELLIER – PHOTOS DE MEAN SREYMAO / ANTOINE BESSON

Démarche assurée, regard franc, à peine a-t-elle franchi le portail du centre universitaire Docteur Christophe Mérieux d’Enfants du Mékong à Phnom Penh que Sreymao, 33 ans, attire l’attention. Avec sa petite robe noire et ses deux téléphones à la main, elle incarne la business woman à la perfection. Dix ans après avoir obtenu son diplôme, Sreymao revient chaque année ici pour partager son expérience professionnelle avec les étudiants. Celle qui, encore étudiante, s’était promis d’être actrice du développement de son pays est restée fidèle à ses convictions. Et des projets elle n’en manque pas !

Dès sa sortie de l’université, Sreymao a commencé à investir son argent personnel dans un projet auprès des communautés locales nommé « Community School for all » (école communautaire pour tous). L’initiative regroupe aujourd’hui 130 élèves des régions de Takéo et Banteay Meanchey auxquels une dizaine de lycéens volontaires dispensent des cours en échange de formations sur l’enseignement.

Sreymao croit également au pouvoir de la créativité. Son association propose des cours de danse et d’art qu’elle donne parfois elle-même pendant les weekends. Les jeunes y apprennent aussi les fondamentaux de l’hygiène tels que le brossage de dents, le lavage des mains et autres gestes basiques, qui sont malheureusement loin d’être la norme dans les campagnes, ce qui favorise la propagation des maladies.

La jeune femme a aussi à cœur d’aider les étudiants. Forte de l’exemple qu’elle a reçu chez Enfants du Mékong, elle a soutenu huit jeunes (logements, frais de scolarité…) qui souhaitaient étudier à Phnom Penh. Ils sont aujourd’hui tous diplômés. Elle souhaiterait développer ce modèle dans les années à venir. Pour mener tous ces projets solidaires, Sreymao ne reçoit pas d’aides de l’État, mais plutôt de fonds privés : la Corée, le Japon ou l’Australie sont des partenaires fiables.

EN DÉTAIL

UN PARCOURS EXEMPLAIRE

Difficile de croire que cette jeune femme si sûre d’elle a grandi dans un petit village de la frontière thaïlandaise où la plupart des jeunes désertaient l’école pour aider leur famille à ramasser du riz*. Poussée par ses parents agriculteurs, qui l’ont encouragée à étudier au même titre que ses deux petits frères, Sreymao part à Phnom Penh en 2006 afin de suivre un master en marketing. En parallèle, elle suit le cursus du centre universitaire Docteur Christophe Mérieux. Elle y apprend l’anglais, le français, l’informatique mais elle acquiert aussi des compétences moins académiques et pourtant tout aussi essentielles comme la confiance, la motivation, les encouragements ou l’interculturalité auprès des volontaires Bambous… « Ils passent un temps fou avec nous, ils nous conseillent, nous écoutent et nous aident à envisager un avenir différent, possible, meilleur. Ils croient en nous et en nos rêves ; ils nous aiment. Oui, tout simplement ils nous aiment, je crois. » Toutes ces expériences lui ont permis d’obtenir un poste dans l’une des premières banques en ligne du Cambodge, où elle a gravi les échelons jusqu’à devenir responsable e-commerce. Un poste prestigieux qui ne l’a pas empêchée de garder les pieds sur terre. Très marquée par son parcours de filleule Enfants du Mékong, Sreymao est convaincue qu’il est possible de conjuguer activité économique et bien commun.

LA SOLIDARITÉ DANS LE SANG

« La société cambodgienne a encore grand besoin de se développer, affirme Sreymao. Dans les zones rurales, beaucoup d’enfants n’ont toujours pas la chance de pouvoir étudier et les femmes ne peuvent pas acquérir les compétences professionnelles qui leur permettraient de se débrouiller seules. »

Avec d’anciens filleuls d’Enfants du Mékong, elle a développé plusieurs entreprises sociales, majoritairement tournées vers l’agriculture, une activité représentant près de 20% du PIB au Cambodge. Une caisse d’épargne permet aux agriculteurs d’emprunter de l’argent à faible taux d’intérêt et une « banque d’essence » leur propose du carburant à des prix inférieurs à ceux du marché. Ils incitent également les agriculteurs à faire pousser du cacao et de la citronnelle, en s’engageant à leur acheter leur production à un bon prix. Un projet ambitieux, mais prometteur !

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*Le pays a cruellement souffert des persécutions religieuses et politiques commises par le régime communiste khmer rouge. Ce génocide a ensanglanté le Cambodge de 1975 à 1979, entraînant la mort de plus d’1,5 million de personnes, soit le cinquième de sa population.

POUR EN SAVOIR +

http://enfantsdumekong.com/

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