LA BASILIQUE SAINTE-SOPHIE

by Alexandre Meyer

« Ma pensée va à Istanbul, je pense à Sainte-Sophie. Je suis très affligé.» Sortant de son discours le 12 juillet dernier pour faire cette confidence, le pape François a exprimé en quelques mots la consternation dans laquelle l’annonce de la réaffectation de la basilique en mosquée a plongé le monde.

PAR ALEXANDRE MEYER

Sainte-Sophie (du grec Hagía Sophía, « Sainte Sagesse », expression désignant la Sagesse divine) fut élevée au IVe siècle (330), puis reconstruite dans sa forme actuelle au VIe siècle (537), sous l’empereur romain d’Orient Justinien. Monument insurpassé et admiré durant des siècles, ce joyau de l’architecture byzantine est le plus grand du monde jusqu’à l’édification de la cathédrale de Séville en 1402. Sa coupole mesure 30 mètres de diamètre et culmine à 55 mètres au-dessus du sol.

Le charme de sa somptueuse décoration intérieure, de ses murs et de son dallage de marbre, de ses mosaïques à fond d’or, de ses colonnes monumentales en roches précieuses opère toujours. Mais pour tenter d’entrevoir la splendeur passée de Sainte-Sophie, il faut se plonger dans la Chronique du moine Nestor, composée au XIIe siècle. Elle raconte qu’en 987, Vladimir le Grand (958-1015), prince de Novgorod, appela ses barons, les boyards, et leur dit : « Voici que les Bulgares musulmans sont venus à moi pour me convertir. Ensuite sont venus les catholiques allemands. Après eux, les Khazars juifs, et enfin, les Grecs. Qu’en dites-vous ? » Ils répondirent : « Prince, si tu veux t’éclairer avec soin, envoie tes hommes étudier les différents cultes et voir comment chacun honore Dieu. » Dix hommes, sages et éclairés, furent choisis et partirent. Ils trouvèrent les Bulgares tristes et ne virent rien de beau chez les Allemands. À Constantinople, les empereurs Basile et Constantin leur firent grand honneur. Le patriarche appela son clergé et célébra les solennités suivant l’usage. On brûla de l’encens et on chanta des chœurs. On leur montra les beautés de la basilique Sainte- Sophie en leur expliquant l’office divin. De retour devant Vladimir, ils s’exclamèrent : « Nous ne savions plus si nous étions dans le ciel ou sur la terre ; car il n’y a pas de tel spectacle sur la terre, ni de telle beauté. C’est là que Dieu habite au milieu des hommes. » Vladimir, conquis, fut baptisé l’année suivante et épousa la sœur de l’empereur Basile. Il est le fondateur de la « Sainte Russie ».

En 1453, à la chute de Constantinople, le sultan ottoman Mehmet II restaure Sainte-Sophie, la transforme en mosquée et la dote d’un premier minaret. Les trois autres seront dressés au siècle suivant.

En 1934, Mustafa Kemal Atatürk désaffecte le lieu de culte pour « l’offrir à l’humanité » et Sainte-Sophie devient un musée. Ce que le père de la Turquie moderne a donné, le président Recep Tayyip Erdogan l’a repris : le Conseil d’État turc invalidant le décret de 1934 le 10 juillet dernier, il a signé le décret réaffectant l’édifice au culte musulman dans l’heure qui suivit.

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