JEU CONCOURS : LE SECRET DE L’APOCALYPSE

by Alexandre Meyer

Le retable de l’Apocalypse est venu orner la chapelle de la Vierge, dans le transept sud de la cathédrale de Saint-Malo, le 15 août 2020. Le peintre Augustin Frison-Roche a dissimulé une énigme dans cette représentation par excellence de la victoire du bien sur le mal. Il s’est engagé à offrir l’une de ses œuvres à celui qui réussirait à la déchiffrer… Parviendrez-vous à percer le mystère de l’Apocalypse ?

PAR ALEXANDRE MEYER – PHOTOS AUGUSTIN FRISON-ROCHE

« Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle est enceinte, elle crie, dans les douleurs et la torture d’un enfantement.
Un autre signe apparut dans le ciel : un grand dragon, rouge feu. Le Dragon vint se poster devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l’enfant dès sa naissance. » (Ap 12, 1-4.)

« En esprit, il m’emporta sur une grande et haute montagne ; il me montra la Ville sainte, Jérusalem : son éclat était celui d’une pierre très précieuse. Il y avait trois portes à l’orient. Puis l’ange me montra l’eau de la vie : un fleuve resplendissant comme du cristal. Au milieu de la place de la ville, entre les deux bras du fleuve, il y a un arbre de vie qui donne des fruits douze fois. » (Ap 21 et 22.)

« J’ai vu un être qui semblait un Fils d’homme ; de sa bouche sortait un glaive acéré à deux tranchants. » (Ap 1, 12-16.)

Écrit obscur et méconnu, on a longtemps cru que le dernier livre du Nouveau Testament était destiné à des communautés chrétiennes victimes de persécutions, les encourageant à tenir bon jusqu’à l’écrasement final des forces du mal incarnées par l’Empire romain. D’une incroyable modernité, le texte est d’une part un plaidoyer contre l’aliénation des masses, une dénonciation de la société du profit et du carriérisme ; d’autre part une grande épopée de l’espérance chrétienne et le chant de triomphe de l’Église persécutée.

UN LIVRE, TROIS AUTEURS ?

Son auteur lui-même fait débat : s’agit-il de saint Jean, frère de Jacques, fils de Zébédée, l’un des Douze ? De l’évangéliste qui se désigne lui-même comme « le Disciple que Jésus aimait » ? D’un troisième Jean, chrétien d’origine juive, exilé à Patmos où l’Apocalypse fut composée ? Premier mystère. Distincte de l’évangile johannique par sa langue et son style, elle est toutefois fidèle à son enseignement.

LE SAVIEZ- VOUS ? DU GREC APOKALUPSIS, APOCALYPSE SIGNIFIE RÉVÉLATION, DÉVOILEMENT. NOUS SOMMES LOIN D’UNE CATASTROPHIQUE FIN DU MONDE !

TOUT EST SYMBOLE

La date de son écriture est plus précise : les sources concordent pour la situer autour de l’an 95, à la fin du règne de Domitien, dixième empereur de Rome.
Tout est symbole dans l’Apocalypse : le chiffre 7, cité 54 fois, qui représente la perfection, le nombre144 000 – carré de douze (les tribus d’Is- raël et les Apôtres) fois 1 000 (la multi- tude) –, les couleurs, les personnages. Le genre apocalyptique n’est pas nou- veau dans la Bible : les visions des prophètes Daniel, Ézéchiel ou Zacharie connaissaient déjà un grand succès dans les communautés juives deux siècles avant notre ère.

DES IMAGES POPULAIRES

L’Apocalypse est très peu présente au lectionnaire (les textes des Saintes Écritures lus au cours de la messe) et pourtant, elle a laissé son empreinte dans la liturgie. Ainsi, le Sanctus s’en inspire directement : « Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur Dieu de l’uni- vers » (Ap 4, 8). Nombre de ses scènes ou symboles ont eu une influence considérable sur la culture populaire : « l’Alpha et l’Oméga », les « Cavaliers de l’Apocalypse », Marie couronnée de douze étoiles (le drapeau européen), Le Septième Sceau (Ingmar Bergman), saint Michel terrassant le dragon, le « tétramorphe », emblème des quatre évangélistes : « Le premier Vivant ressemble à un lion (Marc), le deuxième à un jeune taureau (Luc), le troisième a comme un visage d’homme (Matthieu), le quatrième ressemble à un aigle en plein vol (Jean). »

UN LIVRE, TROIS RÉCITS

Dans le premier récit, Jésus Christ dicte à Jean sept lettres adressées aux anges des communautés chrétiennes de sept cités : Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée. Admonestations, encouragements, menaces, appels au repentir ou à la fidélité, le ton de chaque lettre est ferme et impitoyable !
Dans le deuxième récit, Jean voit une porte ouverte dans le ciel : « Monte jusqu’ici, et je te ferai voir ce qui doit ensuite advenir. Un trône était là dans le ciel, et sur le Trône siégeait quelqu’un. » Il voit l’Agneau qu’annonçait le prophète Isaïe, Jésus au sujet duquel Jean le Baptiste disait : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. »
Dans le troisième récit, Marie, la nouvelle Ève, engendre un fils. Un combat s’engage entre l’archange Michel, sa milice céleste et « l’antique serpent, le Diable ou Satan », jeté sur la terre avec ses anges déchus. S’ensuivront la bataille finale contre le Mal et le Jugement dernier, avant que la Jérusalem nouvelle ne descende du ciel.

LE SENS DE LECTURE

Commandée par l’abbé Étienne Lorta, curé de la cathédrale, l’œuvre, longue de plus de six mètres, se lit de droite à gauche, pour correspondre au sens de l’édifice : la bataille finale côté nef et la Jérusalem céleste côté chœur. Le ciel étoilé du retable est celui de la nuit du 15 août 2020 au-dessus de Saint-Malo et le tableau a été réalisé en un temps record : trois mois et demi de gestation et autant pour la réalisation. Sept mois… Les symboles, toujours !

LE SECRET

Augustin Frison-Roche vit et travaille dans le Lot-et-Garonne. « Pour un peintre d’art sacré, l’Apocalypse est un sujet difficile : les images s’entremêlent, il faut représenter le visage de la Sainte Vierge avec une beauté intérieure et incarnée, mais pas trop sensuelle… je lui ai donné la silhouette de la Vierge de Guadalupe. Pour le Christ, c’est plus simple : le visage du Saint Suaire nous donne des indications. En dissimulant une énigme dans le retable, j’ai voulu créer une émulation, que le visiteur se plonge dans cette œuvre, ajouter du mystère au mystère… »

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