JÉSUS, UN SUPER HOMME OU UN DIEU ?

by Alexandre Meyer

Croyants ou non, chrétiens ou non, Jésus demeure un personnage qui passionne,dérange, interroge les foules… A-t-il vraiment prétendu être Fils de Dieu ? Dieu a-t-il pu venir sur terre ? A-t-il réellement fait des miracles ? Est-il ressuscité comme l’Église le prétend ? Le sujet reste brûlant…

LE DÉBAT ENTRE LILI SANS-GÊNE ET LE PÈRE DESCOUVEMONT

Ce sont les chrétiens qui ont imaginé que Jésus était le Fils bien-aimé de Dieu. Lui ne l’a jamais prétendu.

Effectivement, Jésus n’a jamais dit littéralement : « Je suis Dieu ». Mais, pour nous dévoiler le mystère de sa préexistence éternelle auprès du Père, il a peu à peu laissé paraître son étonnante familiarité avec Celui qu’il appelait « son » Père. Il osait même demander à ses disciples de l’aimer plus qu’ils n’aimaient leurs parents ou leurs enfants. Ce sont ces prétentions inouïes qui ont provoqué sa condamnation : « Il s’est fait l’égal de Dieu ! »

S’il est vraiment Dieu, Jésus ne peut pas en même temps être vraiment un homme. Dans les autres religions, Dieu reste dans le ciel, il ne se promène pas sur la terre en sandales, en vivant une vie ordinaire, ce n’est pas crédible !

En effet, très vite, ses disciples se sont posé la question. Dieu ne pouvait pas avoir un corps comme le nôtre. Son corps ne devait être qu’une apparence. On comprend l’insistance de Jean sur le fait qu’il avait vu au Calvaire – « de ses yeux vu » – couler de l’eau et du sang du côté de Jésus. Mais Jésus avait aussi une âme de créature : il a été vraiment tenté par Satan de ne pas faire la volonté de son Père et il a été obligé de le supplier pour recevoir la grâce de lui obéir.

Si c’est le cas, il devait vivre sans cesse comme un dédoublement de personnalité et être un peu schizophrène !

Pourquoi pas encore plus déséquilibré qu’un schizophrène ? Car c’est à des moments différents qu’un schizophrène se prend tantôt pour ce qu’il est, tantôt pour un autre, tandis que c’est au même instant que Jésus se considérait à la fois comme le Fils bien-aimé du Père et comme le Fils bienaimé fait homme, s’agenouillant devant Lui. Mais le concile d’Ephèse (en 431) a bien montré qu’il n’y avait en Jésus qu’une seule Personne, le Fils unique. Il n’a donc jamais souffert d’un dédoublement de personnalité. C’était toujours le même Moi de Jésus qui s’émerveillait devant le Père, en lui disant « Abba ! » : tantôt l’émerveillement du Fils unique devant celui qui l’engendrait depuis toujours ; tantôt l’émerveillement de ce même Fils venu sur terre avec un corps et une âme de créature pour nous entraîner dans son adoration du Père.

Ce n’est pas sérieux de prendre au premier degré tous les miracles des évangiles : ils ont une valeur symbolique, pas réelle. Sinon Jésus serait Merlin l’Enchanteur!

Puisque Jésus est celui qui ne cesse de créer le monde avec le Père et l’Esprit Saint, il aurait pu faire des prodiges beaucoup plus étonnants. Des prodiges dont quelques saints ont reçu le charisme. Padre Pio et Mère Yvonne-Aimée de Malestroit ont par exemple beaucoup voyagé par bilocation. Ils ont également parlé par moments une autre langue que la leur, etc. Ce sont des prodiges de ce genre que Satan suggérait à Jésus d’accomplir, afin qu’il soit partout applaudi et qu’il ne soit pas crucifié. Mais tel n’était pas le plan de Dieu : il ne voulait pas qu’en venant sur terre, son Fils s’imposât à ses frères par une overdose de prodiges. D’ailleurs, les miracles ne suffiront jamais à convaincre les coeurs endurcis. Les adversaires de Jésus décidèrent de le tuer après avoir été témoins de son miracle le plus éclatant : la réanimation du cadavre de Lazare qui dégageait déjà une odeur épouvantable !

C’est quand même un peu sordide, votre foi : un fils innocent qui s’offre en sacrifice à son père pour sauver des pécheurs coupables…

Cette présentation de la mort de Jésus en croix comme un sacrifice agréable à Dieu risque effectivement de faire apparaître notre Dieu comme un dieu païen, assoiffé de vengeance et de sang. Mais, nous le savons, ce qui plaît à Dieu dans le sacrifice de Jésus sur le Calvaire, ce n’est pas la souffrance de son Fils, mais l’amour avec lequel Jésus accepte le plan divin : il résiste à la tentation d’accomplir une kyrielle de prodiges éclatants pour convertir les foules, il accepte l’échec apparent de sa mission. Une obéissance difficile puisqu’un quart d’heure avant d’être arrêté, Jésus demande encore à son Père s’il ne pourrait pas mettre en place un « plan bis » de rédemption qui ne l’obligerait pas à monter au Calvaire : « Père, tout t’est possible : éloigne de moi ce calice [de souffrances] ! » Mais, loin de se révolter contre ce qui lui arrive et qu’il ne comprend pas bien, puisqu’il lance des « Pourquoi ? » à son Père, Jésus lui dit un « Oui » sans réserve. Il répare ainsi toutes nos révoltes, tous nos blasphèmes, toutes nos désobéissances. C’est ce que Paul affirme dans sa lettre aux Romains : c’est par l’obéissance du nouvel Adam que la multitude des hommes a été sauvée (5, 19).

Pourquoi accordez-vous tellement d’importance au fait de croire que Jésus est mort sur la croix ? Finalement, ça ne change pas grand chose à nos vies.

Au contraire, le sacrifice de la Croix est la preuve que Dieu nous aime d’un véritable amour, d’un amour dans lequel les enfants ont la merveilleuse possibilité de faire plaisir à leur Père en lui offrant un cadeau magnifique, en reconnaissance du cadeau merveilleux de son pardon.

Nos péchés, en effet, Dieu nous les pardonne gratuitement. Mais il accepte que nous lui présentions la réparation que Jésus lui a offerte sur la croix par son obéissance totale. Cette offrande, « il est juste et bon » que nous la lui offrions, lui disons-nous en chaque eucharistie. Et le Père prend vraiment plaisir à recevoir notre merci, cette réparation que Jésus lui a offerte une fois pour toutes en notre nom. 

Mais ce qui est également prodigieux, c’est que, désormais, tous les sourires intérieurs que nous offrons à Dieu au coeur de nos propres souffrances deviennent féconds. Jésus les offfre à son Père avec le sien et ils contribuent au salut de nos frères (cf. Col 2, 24). La valeur salvatrice de nos croix offertes avec amour est vraiment un élément essentiel de la bonne nouvelle que nous avons charge d’annoncer.

Comment croire que Jésus soit vraiment apparu à ses disciples, trois jours après sa mise au tombeau ? C’est uniquement la foi qui vous fait croire cela, mais il n’y a pas d’éléments historiques ni scientifiques pour le prouver.

On a souvent repéré dans le récit qu’ils ont fait de cet événement des signes flagrants de leur sincérité. Le silence total des évangélistes sur la façon dont Jésus est sorti du tombeau : « On n’était pas là, on n’a rien à dire ! » Alors que la résurrection de Jésus est la nouvelle essentielle à proclamer, les évangiles sont très discrets sur les apparitions du Resuscité : elles sont fort peu nombreuses. Et les apôtres n’y tombent jamais en extase. Pas une seule fois on ne les voit agenouillés devant la gloire du Ressuscité ! On s’attendrait au moins à une rencontre où Jésus apparaisse avec un visage aussi resplendissant que celui qu’avaient contemplé trois apôtres la nuit de la transfiguration. Quelle sobriété !

Après avoir été professeur de lycée, aumônier de jeunes, conseiller national des Équipes Notre-Dame, le père Descouvemont anime aujourd’hui retraites et émissions de radio. Il est l’auteur d’une vingtaine de livres expliquant la foi catholique dont le Guide des difficultés de la foi catholique (12 éditions).

ALLER PLUS LOIN

Les 20 questions que vous vous posez sur Jésus Pierre Descouvemont, Art.ge, 2019

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