JEAN-CHRISTOPHE GRANGÉ : « LA PAROLE DU CHRIST EST D’UNE SAGESSE EXTRAORDINAIRE. C’EST LA PLUS BELLE ! »

by Marie Fawzy

UN MAL POUR UN BIEN

Avec Les Promises, le Français Jean-Christophe Grangé signe son seizième roman et son premier grand virage. L’auteur des Rivières pourpres a en effet délaissé le roman policier contemporain pourse lancer dans le polar historique. Il nous explique pourquoi ses œuvres contiennent toutes des questions métaphysiques et toujours un personnage de prêtre parmi les protagonistes….

PROPOS RECUEILLIS PAR CYRIL LEPEIGNEUX

Vous parlez beaucoup du mal dans vos livres :  est-ce un moyen de parler en creux du bon, du beau, du bien ? Oui, bien sûr ! Il y a souvent un malentendu avec mes livres : on croit que je suis complaisant avec la violence, que j’adore ça… Vous savez, l’auteur n’écrit pas sur ce qui va bien, il écrit toujours sur les sujets avec lesquels il a un problème, les choses qu’il n’arrive pas à accepter, à digérer. S’il n’y avait pas de problèmes, il n’y aurait pas de livres ! Si j’écris sur la violence, c’est justement parce que je la déteste : je ne peux la tolérer ni l’expliquer ! Alors oui, mes livres exposent la violence humaine car je fais partie des personnes qui pensent qu’il ne faut pas se voiler la face.

Pour autant, à la fin de mes livres, le méchant est arrêté ou tué. Et sa méchanceté est expliquée : il y a une raison. Je pense que le mal est un bien dégénéré, dégradé, tordu :  un dérapage de la bonne voie, de la vraie voie. Le mal est un non-bien, une absence de bien. Le mal est lié à un manque d’amour.  J’ai toujours conservé cette vision très optimiste de l’homme porté vers l’amour et le bien a priori. En cas de traumatisme, de frustration, d’insatisfaction, de défaut d’équilibre, il peut déraper dans le mal. Le mal, c’est l’homme qui ne fait pas son boulot, qui ne montre pas que Dieu existe, qui va à l’envers.

Un mal qui peut conduire à la mort des personnages de vos romans. Qu’y a-t-il après la mort, selon vous ? Étant catholique, j’ai une image de grande fusion – pas des certitudes, car on ne peut que se figurer les choses. Une image de grande réunion avec un élément qui nous dépasse : Dieu. Et ce, à un niveau supérieur de ce qu’a pu être notre vie concrète. Au catéchisme, encore enfant, j’ai été marqué par la métaphore de l’âme qui monte au Ciel. C’est une empreinte inscrite à jamais. Plus tard, je me suis intéressé aux autres religions et aussi aux sagesses asiatiques. D’une manière ou d’une autre, elles visent différemment mais disent le même espoir et la même logique profonde que nous avons chacun au fond de nous. La mort n’est pas une fin totale. Sinon, à quoi bon la conscience si elle s’arrête brutalement et qu’il n’y a rien derrière ? Ce moteur de l’esprit humain qui envisage le monde et se pose des questions prouve en soi que cette conscience se prolonge après la mort. C’est pour moi l’une des preuves de l’existence de Dieu.

Vous vous présentez comme catholique. Dans le monde actuel, ça change quoi ? Cela donne-t-il des devoirs particuliers ? Des droits ? J’ai un point de vue très arrêté sur le sujet. Je vais vous donner une réponse qui pourra vous paraître violente ou provoquante : je pense qu’être croyant vous donne déjà une profondeur d’esprit qui n’est pas une chose fréquente dans notre société ! Pour moi, il y a ceux qui croient et ceux qui ne croient pas. Et cela n’est pas une position équivalente. Les seconds ne se posent pas les mêmes questions que les croyants. Ils sont comme dans un état de conscience inférieure. Être croyant permet d’avoir un niveau d’appréhension du monde qui est plus profond. Cela peut paraître prétentieux, mais c’est ce que je pense. Paradoxalement, dans nos sociétés actuelles, si vous êtes catholique, vous avez l’air d’un idiot. Alors que c’est fondamentalement le contraire ! Un catholique s’interroge, se meut dans le cosmos avec une sensibilité, une conscience plus grande, plus élevée.

French writer Jean-Christophe Grangé poses for a picture in the Monkey bar on the background of the Tiergarten park in Berlin , Germany, on September 4, 2021.

« Pour moi, la clé, c’est l’amour. »

Vous parlez de la grandeur du message chrétien… La parole du Christ est d’une sagesse extraordinaire. C’est la plus belle ! Elle est toujours surprenante et vous prend toujours à revers. Elle dit : vous croyez être sur le bon chemin ? Eh bien non, le bon chemin est encore plus profond, plus généreux, encore plus grand. C’est génial ! Et ils sont beaucoup à passer à côté du message à cause de certains aspects de l’Église que je trouve un peu vieillots. Cela ne m’empêche pas d’avoir un grand sentiment d’infini, de supériorité, de création de l’univers. Et j’ai envie de dire aux athées qui croient que cela est né du hasard : mais de quel hasard pouvez-vous bien parler ? Enfant, j’avais demandé à mon grand-père : «   Dis Papy, c’est quoi Dieu ? » À la façon de Socrate, il m’avait posé des questions pour mieux me faire parvenir à la conclusion. Partant de l’animal, nous étions arrivés à la cellule, puis à l’atome et enfin, à Dieu.

Comment êtes-vous devenu catholique ? Je n’ai jamais cessé de l’être en fait. Devenu étudiant, notamment en philosophie, j’ai eu un petit coup de mou spirituel… On m’a présenté la religion comme l’opium du peuple et non pas Dieu qui aurait créé l’homme mais l’homme qui aurait créé Dieu… J’en suis revenu ! Une fois cette philosophie flamboyante et séduisante consommée, une fois ma période marxiste passée, je suis revenu des années plus tard et très tranquillement à la foi chrétienne. Je trouve que le catéchisme est une très bonne base car il donne des réponses. Et je pense qu’il est plus facile de quitter ces réponses un jour, si votre jugement ou vos convictions vous en éloignent, que de les trouver par vous-même si vous n’avez jamais été en contact avec elles ! Voilà pourquoi chacun de mes quatre enfants a été baptisé ! Chaque jour, je m’y retrouve :  ces réponses résonnent en moi !

« Le mal est un non-bien, un manque d’amour. C’est l’homme qui ne fait pas son boulot, qui ne montre pas que Dieu existe, qui va à l’envers. »

Qui est Dieu pour vous ? Une personne ou une puissance énergétique ? Ni l’un ni l’autre ! (Rires.) Dieu est plutôt un mystère dans lequel je crois, une réponse au-delà de moi et à peine perceptible. En revanche, je sais qu’en tant qu’être humain, par mon attitude, à une toute petite échelle, je suis la preuve vivante de son existence. Et en tant que père, en élevant mes enfants avec amour, je sais que je peux aussi contribuer à en faire des êtres positifs. Pour moi, la clé, c’est l’amour : beaucoup d’amour, de présence et de chaleur.

Que souhaitez-vous à notre société ? Que la spiritualité revienne au goût du jour. Non pas que l’Église se mette à la mode et à la superficialité, au diapason d’Instagram ou de TikTok, mais qu’elle trouve sa place et amène les personnes à la spiritualité. Qu’on quitte cet univers de la séduction facile ! Qu’on revienne à des préoccupations essentielles comme ce qu’il y a après la mort… Cela fait partie des seules questions qui vaillent et qui sont bien plus importantes que le dernier ordinateur, le dernier smartphone ou les applications à la mode… 

SON NOUVEAU ROMAN :

Les Promises
Albin Michel, 2021, 656 pages, 23,90 €.

Les promises, ce sont ces grandes dames du Reich, qui se réunissent chaque après-midi à l’hôtel Adlon de Berlin, pour bavarderet boire du champagne, alors que l’Europe est sur le point de sombrer dansle chaos. Ce sont aussiles victimes d’un tueur mystérieux… Trois enquêteurs que tout oppose partent sur les traces du monstre, maisle mal n’est pas toujourslà où on l’attend…

 

 

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