Jean-Charles Bosansky : Le premier jour du reste de ma vie

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Petit voyou à l’adolescence, Jean-Charles devient soldat. Sa religion ? Le plaisir. Pourtant il n’est pas heureux.Jusqu’à un choc qui remet tout en question.

Propos recueillis par Laurence Meurville

J’ai grandi sans repères. Membre d’une bande, j’étais un petit voyou. Puis je suis parti faire mes « trois jours ». À l’entretien, l’officier a su me motiver pour que je m’engage. Dans l’armée, j’ai découvert la fraternité d’armes, le goût de l’effort en commun, etc.
Dans le même temps, ma vie privée restait inchangée. Je courais après le plaisir. J’étais souvent repu mais jamais heureux. Puis j’ai rencontré une femme avec laquelle j’ai tenté l’aventure de la vie commune. Au bout de deux ans, nous avons eu un enfant. Au bout de cinq ans, alors que j’étais parti en mission en Yougoslavie, cette femme a quitté la maison avec notre fille. Ce choc profond m’a replongé dans ma recherche effrénée de plaisir.

Le drame
En 2007, ma jeune sœur est morte d’une rupture d’anévrisme. En sortant de l’hôpital, j’ai crié contre le ciel. Les premiers mots que j’ai adressés à Dieu ont été des insultes ! Entre-temps, j’étais devenu copain avec Christian, l’aumônier militaire. C’était une amitié comme seuls les soldats peuvent en connaître. À ce moment-là, je ressentais un mal-être. J’avais atteint mon objectif professionnel et pourtant, quand je regardais ma vie passée, je me disais : « Tout ça pour ça ! »

Brûlure du cœur
Un jour, le Padre Christian me propose de suivre un parcours Alpha. Il m’explique qu’il s’agit d’un temps d’enseignement, d’un repas, suivi d’un moment de partage. Devant ma réticence, il insiste : « Au moins, cela te fera un repas équilibré par semaine ! » Je décide d’y aller une fois, par amitié pour lui. Je suis très touché par la qualité de l’accueil. L’animateur a un grand respect de l’autre : il ne juge pas, ne prend pas position. Quand il me dit : « À la semaine prochaine ? » je réponds spontanément : « Oui. » À la deuxième soirée, je découvre Jésus, un homme bien. Mais quand on me parle de « Jésus, Fils de Dieu », je n’adhère pas du tout. Pourtant, bluffé par la qualité de l’écoute, je m’engage à revenir la semaine suivante. La troisième fois, je les préviens d’emblée que c’est la dernière fois qu’ils me voient. Le titre du topo est « Pourquoi Jésus est-il mort ? » J’en sors avec un profond malaise : comment quelqu’un aurait-il pu dire qu’il mourrait pour moi, pour les fautes que j’avais commises et que j’allais continuer à commettre ? Je ne lui avais rien demandé, moi, à cet homme-là ! Je suis allé voir le Padre pour lui en parler. Il a ri de bon cœur et m’a dit : « La réponse n’est pas dans ta tête ; elle est dans ton cœur. » Il m’a proposé de participer à une retraite selon les Exercices de saint Ignace. Je ne savais pas ce que c’était qu’une retraite ! Il me l’a expliqué. Pas emballé, j’ai fini par y aller. Sur place, je me suis laissé prendre par le rythme. « Essayez de penser au regard de Jésus sur Pierre au moment du troisième reniement », m’a conseillé un prêtre là-bas. J’y ai pensé. Tellement, que j’ai vu le regard de Jésus sur Pierre et qu’en voyant ce regard, j’ai compris que Jésus aimait Pierre. Et j’ai su aussi que ce Dieu que je ne connaissais pas m’aimait moi, tel que j’étais. Cela m’a brûlé le cœur et je suis tombé à genoux. J’ai pleuré. J’ai dit à Dieu : « Pardon ! », et « Merci ! » Ce jour-là, je me suis confessé pour la première fois et j’ai fait ma première communion. C’était le premier jour du reste de ma vie. Au retour, mes camarades m’ont demandé ce que j’avais fait de mes vacances. Je leur ai dit que j’avais suivi une retraite. L’un d’entre eux a rigolé : « Et tu as rencontré la Vierge ? » – « Non, mais Jésus… » Éclat de rire général. Un seul a compris : « Déc… pas, les gars, il est sérieux ! » Un silence énorme s’en est suivi. Sans le savoir, je venais de témoigner pour la première fois. Depuis ma conversion, je me suis marié avec Josette, j’ai quitté l’armée et j’ai commencé des études de théologie. En décembre dernier, j’ai été envoyé en mission auprès des gendarmes de mon département : je suis désormais leur aumônier.

 

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