Fouad : « le désir de me venger me hantait »

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Fouad a grandi en pleine guerre civile libanaise. Quand une bombe explose sous ses fenêtres, il perd définitivement la vue.

Propos recueillis par Laurence Meurville

Je suis né au Liban, dans un beau village de la montagne. À 9 ans, j’ai dû quitter ce village après avoir assisté à un massacre dans l’église. Ce jour-là, j’ai perdu mon grand-père et beaucoup de proches. Avec ma famille, nous nous sommes installés à Beyrouth. Là, j’ai grandi au milieu des fracas des bombes et au son des canons. Quand j’ai terminé l’école, j’ai intégré une université pour devenir chirurgien ophtalmologue.

« Pourquoi ? Pourquoi moi ? »

Un jour, alors que je me préparais pour aller à la fac, une voiture piégée a explosé devant chez moi. J’ai failli mourir. Je ne voyais plus. Mes parents m’ont envoyé en Suisse pour l’opération de la dernière chance. J’y croyais vraiment. J‘ai été opéré et le lendemain, le chirurgien m’a annoncé que cela n’avait rien changé: je ne verrai plus jamais. J’étais seul dans un pays étranger et cette nouvelle m’a fait l’effet d’une deuxième bombe. J’étais dans une extrême révolte, et une question m’obsédait : « Pourquoi ? Pourquoi moi ? Pourquoi cette injustice ? Pourquoi Dieu, le tout-puissant, permet-il cela ? » Au bout d’un temps, heureusement, ma révolte s’est un peu apaisée et j’ai fini par pouvoir accepter ma nouvelle vie de non-voyant. Je suis allé dans un centre de rééducation, et là, j’ai très vite appris à lire, à écrire le braille, à marcher tout seul dans la rue. Je voulais conquérir la plus grande autonomie possible dans cet état qui était désormais le mien.

Après cette période de rééducation, j’ai intégré l’université, à Lyon. À ce moment-là, extérieurement, tout allait bien pour moi : j’étais le major de ma promotion, j’avais beaucoup d’amis, et je domptais mon handicap. Mais au fond de moi, quelque chose me manquait. J’étais triste. Et je ne comprenais pas pourquoi je ne parvenais pas à être heureux. Je cherchais partout, jusqu’au jour où j’ai compris très clairement qu’il fallait que je pardonne à mon agresseur : c’était la clé de mon bonheur.

« Ton pardon est-il définitif ? »

Subrepticement, un vrai désir de vengeance m’habitait. Après cette prise de conscience, j’ai fait tout un chemin, et enfin, un jour j’ai pu dire : « Je pardonne à celui qui m’a fait du mal. » J’ai été invité à participer à une émission télévisée au Liban. Un animateur m’a posé cette question : « Fouad, est-ce que ton pardon est définitif ? » – « Oui, il est définitif. Si je rencontre ce type, je le prends dans mes bras, je l’embrasse et je lui dis que je l’aime. » Ma famille et mes proches l’ont mal vécu : « Comment peux-tu pardonner à un tel assassin ? » C’était pourtant la vérité et la clé de ma paix intérieure. Grâce à ce pardon, ma vie a complètement changé. J’ai pu apprendre à m’aimer moi-même, et aussi m’ouvrir à l’amour humain. Un jour où je témoignais de mon histoire devant des jeunes, j’ai rencontré Laetitia. Elle est devenue ma femme et nous avons eu quatre beaux enfants. J’ai aussi un travail qui a du sens : je développe des solutions pour les personnes en situation de handicap. Aujourd’hui je suis heureux. Dieu a transformé ma faiblesse en force.

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