Faut-il légaliser l’homoparentalité ?

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Débat. Dans la perspective d’une loi sur le « mariage » gay, certaines personnes homosexuelles réclament le droit d’avoir des enfants. De leur côté, beaucoup font valoir le droit des enfants : grandir avec un papa et une maman.

Débat entre Lili Sans-Gêne et Béatrice Bourges

1 Si vous vous opposez au désir des personnes homosexuelles à se marier et à fonder une famille, c’est que vous êtes homophobe. Vous les privez de la possibilité de vivre comme tout le monde…

Je comprends très bien que certaines personnes puissent penser cela.
En fait, la question ne se pose pas en termes d’homosexualité ou d’hétérosexualité. Ce n’est pas parce qu’ils sont hétérosexuels que les gens ont le droit de se marier, c’est parce qu’ils sont un couple homme/femme. Le mariage, ce n’est pas seulement la reconnaissance sociale d’un amour (même, si bien sûr, c’est parce qu’ils s’aiment que les gens se marient, en France en tout cas !). Le mariage, c’est aussi une institution qui fonde une famille. C’est d’ailleurs en cela que le mariage est très différent du Pacs. C’est l’altérité sexuelle qui fonde la famille et la filiation. Et c’est ainsi qu’on ne peut pas isoler le mariage de la filiation.
Pour ce qui est de fonder une famille, je me place du côté de l’enfant et je me dis que c’est vraiment dur pour l’enfant que les adultes décident délibérément, sans leur demander leur avis, de les priver soit d’un père, soit d’une mère, car leur donner deux pères, c’est les priver de mère, et leur donner deux mères, c’est les priver de père. Un papa et une maman, ce n’est pas la même chose, tout de même ! C’est vraiment une discrimination à l’égard des enfants. Je trouve qu’on se place toujours du côté des adultes dans ces discussions et bien trop peu du côté des enfants.

2 Pourtant, d’après les sondages, les enfants qui ont des parents homos sont aussi heureux que les autres et ne se plaignent pas du tout !

Certes des études ont été réalisées, mais leurs conclusions sont très contradictoires. Les études qui disent qu’il n’y a pas de différence entre les enfants élevés par des couples homosexuels et des couples hétérosexuels ont été effectuées sur de tout petits échantillons, ce sont les parents qui ont répondu et non les enfants, et en plus il s’agissait de parents volontaires. Ces études sont certes réelles, mais elles ne peuvent être considérées comme scientifiques. D’autres études, très nombreuses, disent que les enfants sont beaucoup plus stressés et inquiets quant à leur avenir. D’ailleurs il y en a 40 % de plus parmi eux qui suivent une psychothérapie. Alors non, on ne peut pas dire que ce soit pareil. C’est d’ailleurs bien logique, puisque ce ne peut pas être neutre pour un enfant d’être élevé sans papa ou sans maman.

3 Et que faites-vous de tous ces enfants qui attendent désespérément des familles dans les orphelinats ? Quelle chance pour eux de pouvoir être adoptés : par des couples hétéro ou homo, peu importe !

C’est vrai, c’est bien triste pour un enfant d’être dans un orphelinat. Cela veut dire qu’il a été abandonné ou qu’il est orphelin, et c’est un fardeau bien lourd pour lui. Alors, pour le consoler et essayer de guérir ses blessures, ne mérite-t-il pas d’avoir un papa et une maman ? Va-t-on lui donner une famille hémiplégique dans laquelle il manque un membre essentiel, lui qui a déjà connu le pire ? Et puis, il y a déjà en France 30 000 couples hétérosexuels qui sont en mesure d’adopter et qui attendent avec beaucoup d’impatience de pouvoir le faire, et il n’y a que 5 000 enfants à adopter. Alors, permettons à tous ces enfants d’avoir une famille qui ressemble le plus possible à celle qu’ils ont douloureusement perdue : une famille composée d’un papa et d’une maman.

4 Ce qui compte pour un enfant, c’est l’amour de ses parents. Il vaut mieux de bons parents homos que de mauvais parents hétéros ! Vous ne pouvez douter de la capacité des homosexuels à aimer leurs enfants et à les éduquer comme tout le monde.

Être parent, c’est plus qu’éduquer un enfant ou l’aimer, c’est être à l’origine même de son existence ! C’est l’inscrire dans une généalogie, l’inscrire dans une filiation. C’est lui permettre de savoir d’où il vient. Or, deux personnes de même sexe ne peuvent engendrer, ensemble, un enfant. Il faut toujours, à la base, une cellule mâle et une cellule femelle. L’enfant ne peut ainsi avoir deux parents de même sexe. Même s’il est élevé par deux personnes de même sexe qui vivent ensemble, un seul d’entre eux, au plus, est son père ou sa mère. Les mots ont un sens, et il est toujours dangereux de manipuler le sens des mots. Car c’est important pour un enfant de pouvoir avoir des repères clairs. Les enfants aiment que les choses soient claires. On ne peut jamais mentir à un enfant pendant très longtemps. Il sait intuitivement qu’il ne peut pas être né de l’union des corps de deux personnes de même sexe. Éduquer un enfant, c’est aussi lui procurer ces repères qui lui permettront de se construire en s’identifiant comme homme ou comme femme et l’aideront à pouvoir devenir un jour à son tour père ou mère.

5 Vous vous inquiétez mais les enfants ne sont pas fragiles : ils s’adaptent très bien aux choix de leurs parents !

Certes, je m’inquiète beaucoup pour les enfants ! Et je le revendique… Pour moi, une souffrance d’enfant, surtout lorsqu’elle est créée par une injustice d’adulte est terrible. Un enfant fait tout pour vivre, mais parfois il est obligé de surmonter bien des obstacles pour arriver à s’en sortir et ce n’est pas la peine de les multiplier.

6 Ouvrez les yeux, regardez autour de vous : il existe déjà de nombreuses familles homoparentales ! Il est donc grand temps de leur donner une existence légale. On ne peut plus nier leur existence.

C’est vrai, il existe des enfants qui sont élevés par des couples de même sexe, 25 000 selon l’INED (l’Institut national des études démographique) et non pas 200 000 ou 300 000 comme se plaisent à le dire les associations de parents homosexuels, qui ne se fondent sur aucune statistique sérieuse. Ces enfants, pour l’immense majorité, sont nés de l’union d’un homme et d’une femme. Ils ont donc, tout à fait officiellement, un père et une mère. Ceux-ci se sont séparés et vivent avec une personne de même sexe. Juridiquement, leur situation est identique à celle de tous les enfants de parents séparés. Les autres, très peu nombreux, sont nés d’une insémination artificielle effectuée à l’étranger puisque l’insémination artificielle pour des personnes célibataires est interdite en France. Ces enfants-là ont le même statut que les enfants qui sont élevés par une mère célibataire. Il existe en France une loi qui permet de partager ou de donner la délégation d’autorité parentale à l’adulte qui partage la vie de l’enfant avec son parent. Cette loi est tout à fait suffisante et permet de ne mélanger ni les rôles ni les statuts.

7  Et que faites-vous de la souffrance de tous ces homosexuels qui ne peuvent avoir d’enfant ?

 La souffrance d’un adulte qui ne peut avoir d’enfant est terrible, qu’il soit hétérosexuel ou homosexuel. Mais doit-on prendre le risque de créer une souffrance d’enfant pour réparer une souffrance d’adulte ? Je ne le crois pas. Car il n’y a aucun droit à l’enfant. Il n’y a que le droit de l’enfant, et ce droit de l’enfant c’est d’avoir un père et une mère. Il faut donc tout faire pour que ce droit soit respecté.

Béatrice Bourges

Cette femme très engagée dans la société était candidate à l’élection législative. Elle est l’auteur de L’homoparentalité en question, et l’enfant dans tout ça ? publié aux Éditions du Rocher.

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