Faut-il inscrire mon enfant au catéchisme ?

by Hélène Bordes

Débat. C’est la rentrée des classes… et du catéchisme. De nombreux parents hésitent à inscrire leurs enfants à cette activité spirituelle. Le catéchisme, est-ce un endoctrinement de l’Église ou une occasion pour les enfants de découvrir la culture et la foi chrétienne, librement ?

Le débat entre Lili Sans-Gêne et le père Arnaud Gautier .

Le catéchisme, ce n’est pas pour nous : mon enfant n’est pas baptisé et je n’ai pas la foi.

Le catéchisme est fait pour tous les enfants qui s’intéressent à la question de Dieu ou qui sont en lien avec la communauté chrétienne. C’est très ouvert. Comme le dit saint Paul, la foi se transmet par la Parole de Dieu et la prédication. Si les enfants n’entendent pas la Parole de Dieu, ils n’auront jamais la liberté de croire. Mais bien sûr, quand ils l’entendent, ils restent totalement libres d’adhérer ou non à la foi. Au catéchisme, on ne forcera jamais un enfant à croire. « Heureux les coeurs qui cherchent Dieu », dit le psaume 104. Le catéchisme est fait pour les chercheurs de Dieu, de vérité. D’ailleurs les vrais croyants ne cessent jamais de chercher Dieu. Comme en témoigne cette prière de saint Augustin, au IVe siècle : « Ne permets pas que je me lasse de te chercher, mais mets-moi au cœur un désir plus ardent de te chercher. » Les croyants ont besoin de rencontrer ceux qui ne croient pas pour qu’ils les interpellent, les réveillent dans leur foi. Donc ceux qui cherchent n’ont pas à avoir peur ou honte de venir au catéchisme : Dieu est toujours nouveau, personne ne l’a jamais trouvé. Nous le cherchons tous ensemble, enfants ou adultes. C’est une alliance entre tous les chercheurs de Dieu.

Mon enfant est déjà au collège, à quoi bon l’envoyer à l’aumônerie alors qu’il n’a encore rien suivi du catéchisme ?

Je connais un homme qui a découvert la foi à 80 ans et qui s’est ensuite marié religieusement avec sa compagne. S’il y a vraiment un domaine dans lequel il n’est jamais trop tard pour commencer, c’est la foi ! Il n’y a pas d’âge pour chercher Dieu, pour découvrir la foi. La foi ne peut pas se donner : Dieu seul la donne, on la reçoit de lui. Mais il est bon de donner aux enfants les moyens de la foi, la possibilité de la foi, la liberté d’embrasser la foi. Et pour cela il n’est jamais trop tard. Donnez-leur cette chance que peut-être vous n’avez jamais eue. La foi donne du sens à ce qu’on vit. Cela donne beaucoup de force pour vivre sa vie. Dans notre société, on ne manque pas de richesse, mais on manque de sens à notre vie. C’est le cadeau le plus précieux que l’on puisse faire à son enfant…

De toute façon, c’est mon enfant qui décide, c’est à lui de choisir s’il veut y aller ou non, je ne veux pas le forcer, le conditionner.

Je fais tous les mercredis le catéchisme à des enfants de CM2, et je peux dire que je vois des enfants heureux d’être là. Ils prennent goût au catéchisme car les sujets religieux les intéressent : ils aiment apprendre des choses sur Dieu, sur Jésus… Les enfants sont spontanément très spirituels. En n’envoyant pas un enfant au catéchisme, on ne permet pas à cette part très profonde de lui de croître, à la foi de se déployer en lui. Car elle ne peut pas se déployer seule, sans être nourrie par l’intelligence. La foi c’est une adhésion à une vérité révélée. C’est un acte de l’intelligence. J’adhère à ce que je tiens pour vrai avec mon intelligence. L’enfant sera toujours libre d’adhérer ou pas. Mais je crois que c’est la responsabilité des parents de faire essayer des choses à leur enfant, pour lui permettre de choisir, d’être libre. C’est normal qu’au début un enfant vienne malgré lui. Quand il aura fait quelques séances, il pourra choisir s’il veut continuer ou non. Mais s’il n’essaie pas, si on ne lui donne pas une chance d’essayer, il ne sera pas libre de choisir de rester ! On le livre alors à ce que la société peut lui offrir, sans contrepoids : la télévision, les jeux vidéo, la loi du plus fort…

Je préfère que mes enfants s’ouvrent à toutes les formes de spiritualité possibles et reçoivent d’autres sons de cloche que celui de l’Église.

Pour cela, il faut tout de même que la voix de l’Église puisse arriver à ses oreilles. Même si vous êtes athée ou non baptisée, vous avez grandi dans une société chrétienne. Donc envoyer votre enfant au catéchisme, c’est un retour à ses racines, un retour à la source de sa culture. Cela lui permet d’avoir un socle solide pour construire sa vie, d’avoir une base cohérente, ancrée dans les valeurs profondes de notre pays. Liberté, égalité, fraternité : ce sont des valeurs chrétiennes, comme la solidarité, la charité, l’attention aux plus pauvres… Pour votre enfant, ce sont aussi les valeurs, la culture de ses grands-parents, de ses ancêtres. C’est une transmission cohérente. Et c’est en sachant qui on est, d’où l’on vient, qu’on peut s’ouvrir aux autres cultures, aux autres religions. Si on n’a pas d’ancrage, alors on aura peur de la rencontre, on se sentira menacé par l’autre. Avoir des racines profondes, c’est la garantie de la paix. Mais connaître ses racines ne veut pas dire avoir la foi. On peut connaître sa culture chrétienne sans être croyant. On peut envoyer son enfant au catéchisme juste pour qu’il ait une culture, des valeurs chrétiennes. C’est très légitime. Savoir s’il embrassera la foi, cela dépend de sa liberté. C’est son chemin personnel.

Le caté c’est moralisateur, c’était bon pour les grands-mères, le monde a changé, le discours doit s’adapter.

Les enfants ont besoin d’avoir des repères moraux, de comprendre ce qui est bien, ce qui est mal. L’inquiétude aujourd’hui, c’est plutôt de voir tous ces jeunes qui n’ont aucun repères… Les valeurs enseignées au catéchisme sont universelles. On ne va pas imposer à l’enfant une loi arbitraire, par la peur ou la violence. On va lui proposer des repères, pour lui permettre de faire les bons choix. Il sera libre d’y adhérer ou pas.

Si je mets mon enfant au caté je vais être obligée de m’impliquer avec lui, d’aller à la messe…

Cette question est vraie pour tout ce que fait mon enfant. On ne peut pas être un éducateur sans s’impliquer. Par amour pour mon enfant, je vais l’emmener à la piscine, je vais faire des maths… même si cela m’ennuie. Par amour pour mon enfant, je vais l’emmener à la messe pour qu’il retrouve ses copains du catéchisme. La vraie jeunesse c’est de savoir se remettre en cause. Parents, restez jeunes, laissez-vous déranger, bousculer par vos enfants, dans votre confort, vos certitudes… Ils vont vous faire grandir !

Moi, je n’ai rien appris au caté. Quel intérêt d’y envoyer mon enfant ?

On trouvera également des gens qui ont de mauvais souvenirs de l’école : est-ce une raison pour ne pas scolariser son enfant ? Donnez à votre enfant cette chance d’apprendre plein de choses passionnantes, d’avoir une vie spirituelle intense ! Le catéchisme a beaucoup évolué depuis une vingtaine d’années : il y a beaucoup plus de contenu, plus d’enracinement dans les Écritures. Les catéchistes sont mieux formés. On fait souvent ce procès au catéchisme. Mais vous souvenez-vous de ce que vous avez appris à l’école primaire ? Non ! Le catéchisme c’est pareil : les fruits de cet apprentissage, c’est vous, c’est ce que vous êtes devenu, cela a forgé votre identité, votre personnalité… C’est gravé en vous.

Les horaires sont toujours impossibles : le mercredi il y a déjà plein d’activités, le weekend nous ne sommes pas là…

Le catéchisme demeure un choix qui coûte, comme toutes les activités. C’est une question de priorité. Si je veux que mon enfant ait des valeurs humaines, spirituelles, il faut en prendre les moyens.

Avant d’être prêtre, le père Gautier était ingénieur en télécommunication. Aujourd’hui il est vicaire épiscopal Enfance Adolescence du diocèse de Paris. Il est en charge du catéchisme, des aumôneries de l’enseignement public et des pôles jeunes paroissiaux. Il s’occupe également de la formation pastorale pour l’enseignement catholique. Avant cela, pendant sept ans, il a été formateur au séminaire de Paris et, pendant dix ans directeur de la formation des responsables à l’École cathédrale. Il a été directeur de colonies de vacances.

Pour aller plus loin

Et qui donc est Dieu ? 150 réponses à des vraies questions d’enfants, Stanislas Lalanne, Mijo Beccaria, Jean-Noël Bezançon, Éditions Bayard Jeunesse, 2013

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