Faut-il avoir peur de Dieu ?

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Débat. Quelle image avons-nous de Dieu ? Certains croient en un Dieu d’amour, quand d’autres voient le Dieu de la Bible comme un juge impitoyable. Alors, faut-il craindre Dieu ?

Débat entre Gilles et le père Joël Guibert

« Dans l’Ancien Testament, on voit que Dieu est violent, vengeur… » Gilles

1 On voit bien, quand on lit l’Ancien Testament, que Dieu est violent, colérique, vengeur… On est très loin de l’idée d’un Dieu d’amour !

Une maman me racontait ce petit fait. De loin, elle aperçoit son petit garçon sur le point d’avaler une bouteille de Destop. Elle se met à hurler avec violence : « Non, Jérémy, pas ça ! » Tétanisé de peur, le petit enfant laisse tomber la bouteille par terre et s’enfuit, en pleurant et en criant à sa maman : « Pourquoi tu t’es mise en colère après moi ? » Sa maman vient vite le serrer dans ses bras et lui dit : « Je ne suis pas en colère contre toi, mais je t’aime tellement ! Je ne veux surtout pas que tu te fasses du mal. » La colère peut donc aussi jaillir d’un grand amour ! Les colères de Dieu, c’est pareil : ce sont des souffrances d’amour. Il aime tellement l’homme qu’il crie « stop », lorsqu’il le voit faire le mal et donc se faire du mal. Peut-on lui en vouloir de nous aimer à ce point ?

2 La preuve qu’il faut avoir peur de Dieu, c’est que même un des dons du Saint-Esprit s’appelle la « crainte de Dieu » ! C’est imbuvable un truc pareil…

Le problème, c’est que nous ne mettons pas les mêmes choses sous le même « truc » dont vous parlez. En réalité, il s’agit ici d’une tout autre crainte : celle de faire de la peine, de blesser une personne qui nous aime. Je vois à votre alliance au doigt que vous êtes marié. Je suis sûr que, plus votre amour grandit pour votre épouse, plus vous avez la crainte de lui faire de la peine, même pour des peccadilles. Et vous voudriez qu’avec l’amour infini de Dieu ce soit différent ?

3 Quand on regarde la vie des saints, ils vivent tous de sacrées tuiles et meurent dans de grandes souffrances. Cela montre bien que, même avec ses amis, Dieu n’est pas tendre et ne leur épargne pas les grandes épreuves. Pas très encourageant…

Vous avez raison. Il suffit d’entendre Thérèse d’Avila dire au Christ « Si c’est ainsi que vous traitez vos amis, il n’est pas étonnant que vous en ayez si peu ! » Mais lorsqu’on regarde la vie des saints, on ne voit que leurs souffrances extérieures mais on est incapable de deviner le bonheur immense qui les habite : joie d’être aimé et d’aimer. Dieu les inonde de son amour au point que leur croix est en quelque sorte « dépassée par l’amour ». Pas de peur de Dieu chez les saints, même dans leur souffrance. C’est ce que dit la petite Thérèse : « Ma voie est toute de confiance et d’amour, je ne comprends pas les âmes qui ont peur d’un si tendre Ami. »

« Dieu aime tellement l’homme qu’il crie ‘stop’ lorsqu’il le voit faire le mal. »

4 En tout cas, pour les chrétiens, mieux vaut quand même avoir peur de Dieu si on veut être sauvé : ceux qui ne font pas sa volonté subiront son jugement et iront en enfer !

Vu le scénario que vous avez dans la tête, je comprends que vous soyez peu pressé de passer de l’autre côté ! Pour vous, « jugement », ça veut dire automatiquement « condamnation ». Or, Dieu ne se présentera pas à vous comme un sombre « justicier », mais comme un Coeur qui veut vous « justifier », c’est-à-dire vous sauver. Un psaume de la Bible dit : « J’aime tes préceptes ; par ta justice, fais-moi vivre. » Une Justice qui fait vivre, ça ne vous donne toujours pas envie de la connaître ?

5 Je dois avouer que je suis assez tourmenté par l’idée du jugement de Dieu : j’ai peur qu’il ne me pardonne pas mes fautes et d’aller en enfer. Cette idée me terrifie.

Ce jugement en Dieu ne vous tombera pas dessus, malgré vous : « C’est d’après ta conscience que tu seras jugé », disait un grand évêque. C’est donc chacun qui, dans la vérité et l’infinie miséricorde de Dieu, choisira et désirera de toutes ses forces entre le oui et le non à l’amour (ciel ou enfer) ; entre le plus et le moins dans l’ordre de l’amour (ciel ou passage par le purgatoire). Osons le dire : le jugement là-haut, quelle que soit l’issue choisie par chacun, ce sera ce que l’on aura désiré de tout notre coeur !

6 D’accord mais, si je me convertis, je vais devoir tout changer dans ma vie : mes habitudes, mes relations affectives, mon rapport à l’argent, etc. Et moi, je ne veux pas du tout changer ma manière de vivre !

Ah, vous êtes comme beaucoup, vous voudriez avoir le beurre et l’argent du beurre, posséder l’harmonie intérieure de la foi mais sans avoir à vous « compromettre » avec Dieu ! Désolé, mais la vie chrétienne, c’est comme le mariage : pour expérimenter la joie d’être aimé de l’autre, il faut se donner à lui. Commencez donc par faire juste un petit pas vers Dieu, et vous verrez qu’il ne va pas étouffer votre envie de vivre mais au contraire la booster. Vous connaissez le pape Benoît XVI ? Il a une belle parole pour vous : « Si le petit enfant Jésus de la crèche vous tend les bras, ce n’est pas pour vous prendre ce que vous avez mais pour vous donner tout ce qu’il a ! »

7 En vous écoutant, on se dit que cette peur de Dieu, c’est l’Église qui l’invente pour mieux possé­der les consciences. Ou alors on naît avec…

Effectivement, nous naissons avec cette peur profonde de Dieu, peur de l’amour et c’est souvent inconscient : cela vient du péché. Si le coeur vous en dit, lisez les premières pages du livre de la Genèse, dans la Bible. L’auteur n’a pas suivi les cours de monsieur Freud, mais quelle leçon de haute psychologie ! On voit tout d’abord qu’Adam et Ève, en se coupant de l’amour de Dieu, tombent aussitôt dans la peur de ne plus être aimés inconditionnellement de Dieu. Il est dit aussi qu’un mystérieux serpent, le diable, cherche à augmenter cette peur en faisant croire à Adam et Ève que Dieu ne les aime pas et qu’il a des intentions tordues à leur endroit. Et le pire, c’est qu’ils ont fini par le croire ! Ainsi, chacun, croyant ou non, naît avec cette blessure, cette peur de l’amour, cette peur de Dieu.

8 Comment peut-on guérir de cette peur de Dieu tapie au fond de notre coeur ?

On guérit de la méfiance par la confiance ! Regardez les saints, ils sont experts en guérison du coeur par l’amour. Les épreuves de la vie vous font douter de l’amour de Dieu ? Écoutez Thérèse de Lisieux : « Naviguez sur la mer orageuse du monde avec l’abandon et l’amour d’un enfant qui sait que son Père le chérit et ne saurait le laisser seul à l’heure du danger. » Vos ratés vous font douter de l’amour de Dieu ? Écoutez sainte Faustine : « Même si j’avais eu sur la conscience les péchés du monde entier, ainsi que ceux de toutes les âmes condamnées, je n’aurais cependant pas douté de la bonté divine, mais sans réfléchir, je me jetterais dans l’abîme de la miséricorde divine. » En vivant à fond ces paroles, que d’angoisses nous nous épargnerions. Et quelle découverte du vrai visage de Dieu !

Père Joël Guibert

Ce prêtre du diocèse de Nantes, est détaché par son évêque pour la prédication de retraites. Il est en train d’écrire son deuxième ouvrage, sur la miséricorde de Dieu.

UNE HISTOIRE DE COEUR

« J’ai connu un chrétien qui se plaisait à dire qu’il était titulaire d’un ‘bac moins quatre’. Il me confiait : « Vous savez, monsieur le curé, nous avons été élevés dans une religion de codes : Grand A, Premièrement chiffre romain, alpha, petit a. Il m’a fallu passer d’un Dieu de crainte à un Dieu d’amour. C’est autrement plus exigeant. » Il répétait souvent qu’il est plus difficile de suivre un Dieu d’amour qu’un Dieu de crainte. « On préfère avoir à obéir à un règlement plutôt qu’aimer un Père. » Avec un code, vous essaie­rez toujours de vous en tirer, de trouver des raisons de passer outre. Mais face à un Dieu d’amour, face au Dieu de l’Évangile, ce n’est plus sur l’in­terdit ou le possible que vous avancez. C’est une histoire de coeur. C’est la peur de blesser un ami. On ne peut pas faire le malin. » Paraboles d’un curé de campagne, Pierre Trevet, t. 3, à paraître aux Éd. de l’Emmanuel.

Pour aller plus loin :

RENAÎTRE D’EN HAUT Joël Guibert Éd. de l’Emmanuel, 2008.
RECHERCHE LA PAIX ET POURSUIS-LA Jacques Philippe, Éd. des Béatitudes, 2000.
LE CHEMIN DE L’IMPERFECTION André Daigneault, Éd. Anne Sigier, 2001.

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