DANIEL PITTET : LE « COPAIN » DU PAPE

by Marie Fawzy

La fabrication des croix commandées par Daniel Pittet permet à une quinzaine de familles chrétiennes des villes de Bethléem, Beit Sahour et Beit Jala, d’obtenir un revenu décent.

PAR ALEXANDRE MEYER

Daniel Pittet est l’auteur de Mon Père, je vous pardonne. Survivre à une enfance brisée, Philippe Rey, 280 pages, 8,40 €. Le témoignage « nécessaire, précieux et courageux » (pape François) d’un homme violé pendant quatre ans par un prêtre prédophile et qui a trouvé la force de lui pardonner son crime.

Comment avez-vous connu le pape François ?  En 2014, je me suis dit qu’il fallait proposer au pape d’éditer un livre de témoignages pour célébrer l’année de la vie consacrée prévue l’année suivante. Son secrétaire argentin lui en touche un mot, il accepte de me recevoir, m’offre un café et me dit : « Daniel, tu es furbo ! » (« malin, rusé comme un renard » en italien). On était mal partis ! Le cardinal Parolin m’a rassuré : « S’il a dit ça, c’est qu’il vous aime beaucoup ! » Nous validons le titre du livre ensemble : Aimer, c’est tout donner. Il préface l’ouvrage et on le tire en 18 langues à deux millions d’exemplaires.

Et vous le revoyez ensuite ? Quelque temps plus tard, de passage au Vatican, je me planque derrière le micro-onde du réfectoire de la maison Sainte-Marthe (où réside le pape) à l’heure du petit déjeuner. Quand il passe, je lui raconte mon histoire en quelques mots. Il est effondré, mais se reprend aussitôt et me dit : « Si tu fais le livre, j’écris la préface !  » Je l’écris aussitôt1, le fais parvenir à son secrétaire et je reçois la préface. Par la suite, je vais recevoir des dizaines de milliers de lettres et rencontrer plus de mille victimes de la pédophilie.

Comment l’idée des croix vous est-elle venue ? C’est très profond à mes yeux : sans la croix, il n’y a pas de résurrection. J’ai connu 16 familles d’accueil, j’ai été violé pendant 4 ans, j’ai fait 18 ans de thérapie… La croix, c’est l’histoire de ma vie. J’avais commandé des croix à des artisans de Bethléem pour les distribuer aux personnes qui me rendaient visite, mais mon stock s’est épuisé très vite. En appelant mon artisan pendant le confinement, celui-ci a décroché en pleurs : «   On n’a plus rien, c’est la famine ici… » J’en parle à un ami aumônier, qui pense aussitôt aux Pestkreuz [les « croix de peste » pour conjurer les épidémies, une tradition médiévale allemande, N.D.L.R.] et me donne de quoi en commander 10 000.

J’envoie une croix à chaque paroisse de Suisse, les catholiques comme les protestantes, et la sauce commence à prendre.  On a écoulé 150 000 croix en quatre mois rien qu’en Suisse. C’est George Handal de la Caritas jérusalem qui pilote la fabrication. Je lui ai dit : « Il faut que ça profite aux artisans, pas à l’industrie, rien qu’aux pauvres ! » Chaque croix est accompagnée d’une petite carte avec une courte prière. L’ancien maire de Bethléem, Vera Baboun, m’a assuré qu’avec les milliers d’arbres coupés pour faire une colonie israélienne et rendus à la ville, on peut encore en faire des millions !

EN CHIFFRES

Plus de 150 000 croix déjà distribuées.

Son livre, Aimer, c’est tout donner, édité pour l’année de la vie consacrée en 2015, a été tiré à plus de 2 millions d’exemplaires et traduit en 24 langues. Le pape François a préfacé ses deux derniers livres !

PLUS D’INFOS

www.croix-bethlehem.ch

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