Créer une relation avec nos ados

by Hélène Bordes

Famille. Vous avez des adolescents à la maison et vous ne savez plus comment leur parler et comment vous faire entendre ? Cette approche, développée par Adele Faber et Elaine Mazlish peut vous aider.

Il n’existe aucune solution rapide avec des adolescents. On ne peut ni les protéger contre les dangers du monde d’aujourd’hui, ni leur épargner les bouleversements émotionnels de l’enfance, ni supprimer la culture pop qui les bombarde de messages malsains. Mais si vous pouvez créer, dans votre foyer, un climat où les enfants se sentent libres d’exprimer leurs sentiments, il y a de fortes chances pour qu’ils soient davantage disposés à vous écouter quand vous exprimez les vôtres. Plus désireux de considérer votre perspective adulte. Davantage capables d’accepter les limites que vous voulez établir. Plus susceptibles d’être protégés par vos valeurs. Nous devons passer de l’idée qu’il nous faut régler les choses à l’idée de rendre nos enfants capables de les régler eux-mêmes. L’expérience m’a appris qu’il n’est jamais trop tard pour améliorer la relation avec un enfant.

Accueillir leurs sentiments

Il ne s’agit pas d’amener les enfants à céder. Il s’agit d’essayer d’entendre comment ils se sentent réellement. Il est important de mettre en mots ce que l’on croit que l’enfant ressent, tout en se retenant, au début, d’exprimer nos propres sentiments. C’est comme apprendre une nouvelle langue. Il y aura toujours un moment où vous pourrez présenter votre point de vue. Mais vous augmenterez vos chances d’être entendus si vous faites d’abord savoir à vos enfants qu’ils ont été entendus. Et même là, il n’y a aucune garantie. Ils peuvent vous accuser de ne rien comprendre, d’être déraisonnable ou vieux jeu. Mais ne vous y trompez pas. En dépit de leurs critiques et de leurs protestations, vos ados veulent savoir exactement à quoi s’en tenir. Vos valeurs et vos croyances influencent leurs choix de façon cruciale. Commencez toujours par accueillir les sentiments de votre adolescent. L’ado : « Oh non ! Qu’est-ce que je vais faire ? J’avais promis aux Martin que je garderais leur enfant samedi, et maintenant Lisa m’appelle et m’invite à dormir chez elle ! » Le parent : « Voici ce que tu devrais faire… » Au lieu d’écarter ses sentiments et de lui donner un conseil, accordez dans l’imaginaire ce que vous ne pouvez donner en réalité: « Comme ce serait pratique de te cloner ! L’une des deux pourrait garder les enfants, l’autre pourrait aller coucher chez Lisa. » Décrivez les pensées et les sentiments. « Tu sembles partagée entre deux possibilités. Tu veux aller chez Lisa, mais tu ne veux pas décevoir les Martin. » Accueillez les sentiments par un mot ou un son : « Oh !…, Hum !… » Acceptez les sentiments tout en réorientant le comportement « J’entends que tu préfères aller chez Lisa. Le problème, c’est que tu as donné ta parole aux Martin. Ils comptent sur toi. »

Susciter la coopération 

C’est notre attitude respectueuse et notre langage respectueux qui permettent à nos adolescents de nous entendre et de coopérer. Un ordre crée souvent du ressentiment et de la résistance. Au lieu de donner des ordres : « Baisse cette musique tout de suite ! », vous pouvez décrire le problème : « Je suis incapable de penser ou de tenir une conversation quand la musique est à plein volume. » ; décrire comment vous vous sentez : « Ça me casse les oreilles. » ; donner des renseignements : « L’exposition fréquente à des sons très forts peut causer des problèmes de surdité. » ; lui donner le choix :« Que préfères-tu : baisser complètement le volume ou le baisser un peu et fermer ta porte ? » ; le dire en un mot : « Le volume ! » ; exprimer vos valeurs ou vos attentes : « Nous devons tous tenir compte de la capacité des autres à tolérer la musique forte. », etc. Face aux comportements de nos adolescents qui nous inquiètent terriblement (fumer, boire, avoir des relations sexuelles, prendre de la drogue…), c’est notre façon d’aborder les petites choses ordinaires de tous les jours qui prépare le terrain pour aborder les grandes choses. C’est notre manière d’aborder le sac à dos sale, la chemise déchirée, les mauvaises manières à table, qui peut améliorer une relation ou la détériorer. C’est notre façon de réagir aux hauts et aux bas de nos enfants qui peut les amener à s’éloigner ou à se rapprocher de nous.

Propos recueillis par Émilie Pourbaix

Adele Faber et Elaine Mazlish
Ces deux Américaines ont été membres de l’Institut de vie familiale de l’université de Long Island. Depuis les années soixante-dix, elles ont développé une méthode de communication entre adultes et enfants reconnue dans le monde entier.

2 clés pour aider nos adolescents

1. Se rappeler qu’ils ont besoin de nous.

Les adolescents ont besoin d’un adulte à qui exprimer leurs doutes et confier leurs peurs, avec qui ils peuvent explorer des possibilités ; un adulte qui les écoutera sans les juger et les aidera à prendre des décisions responsables. Qui, à part papa ou maman, sera là pour eux, jour après jour, au cours de ces années cruciales, pour les aider à résister aux messages séducteurs des médias ? Qui les aidera à résister à l’effet d’entraînement de leurs camarades ? Qui les aidera à se situer par rapport aux bandes et à la cruauté, au désir d’être accepté, à la peur d’être rejeté, aux terreurs, à l’excitation et à la confusion de l’adolescence ? Qui les aidera dans leur lutte déchirante entre le conformisme et le respect de soi ?

2. Éviter la punition.

Après une transgression de l’enfant, nous espérons qu’il va regarder ce qu’il a fait de mal et comprendre pourquoi c’était mal, regretter de l’avoir fait, réfléchir aux moyens à prendre pour éviter que ça se reproduise et réfléchir sérieusement aux façons possibles de le réparer. Or la punition vient entraver ce travail émotionnel et les empêche de devenir plus mûrs, plus responsables, en leur donnant une chance d’apprendre de leurs erreurs. Pour remplacer la punition, mieux vaut exprimer vos sentiments ; exprimer vos attentes ; lui donner le choix ; indiquer une façon de réparer.

Pour aller plus loin

Parler pour que les ados écoutent, les écouter pour qu´ils parlent (FABER Adele / MAZLISH Elaine)

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