Corneille : Gentleman for ever

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Rencontre. Corneille, n’a pas quarante ans et déjà une carrière internationale complétée par une autobiographie brûlante, écrite à main nue. Survivant du génocide rwandais, le chanteur revient de loin. Mais toujours prêt pour aimer.

Propos recueillis par Magali Michel

En démarrant son récit, Cornélius Nyungura, dit Corneille, sait que les pages du génocide et du massacre de sa famille au Rwanda en 1994 l’attendent. Il faut presque cinq ans au chanteur pour boucler son autobiographie, des pages qu’il dédie à sa petite planète, son épouse Sofia, leurs deux enfants Merik et Mila ainsi qu’à sa famille aux cieux. Exceptionnel.

Corneille, vous pourriez passer pour un catho !

Depuis le temps que j’attends ça, ça ne me dérangera pas. Rires. Je suis né en Allemagne, et quand je suis arrivé au Rwanda, un pays catholique où j’ai grandi de 7 à 17 ans, comme si je n’étais déjà pas assez paumé, je n’étais pas baptisé. Je me suis senti en marge. J’allais de temps en temps à l’église sans communier. J’ai souffert de cet isolement.

Quand on vous lit, on sent que Dieu, vous est familier. Êtes vous croyant ?

Oui, je suis croyant. Je ne pratique aucune religion. Je pense qu’il y a une intelligence au-dessus de nous.

Vous arrive-t-il de prier avec Sofia ?

Non, pas encore. Sofia prie seule. Moi je prie seul. Pour les enfants, on verra plus tard…

S’il vous parlait, qu’aimeriez-vous que Dieu vous dise ?

Ça va bien aller à partir de maintenant. Le pire est derrière toi.

Votre famille est massacrée sous vos yeux en 1994. Vous avez 17 ans.

Dieu m’a tout pris. Les miens sont absents pour toujours. Mais Dieu m’a tout rendu. Le problème c’est qu’on ne sait jamais les plans qu’il a pour nous… Il y a une certaine cohérence dans nos lignes de vie. Mon passé fait beaucoup de sens. Il n’y a rien d’absurde dans les malheurs que j’ai vécus. Je dois le meilleur de ma vie au pire de mon existence.

Pensez-vous comme Einstein que le hasard soit Dieu qui se promène incognito ?

Tout à fait. C’est sa manière d’intervenir dans les affaires de l’être humain sans ce sobriquet dont on l’a affublé. Dieu, le mot tétanise. Le hasard est peut-être une façon ingénieuse que Dieu a trouvée pour s’immiscer dans nos quotidiens et voir qui nous sommes vraiment. La manière dont on se comporte quand le hasard frappe à la porte dit beaucoup de nous. C’est comme ça qu’on se révèle le mieux. C’est plutôt brillant de la part du Bon Dieu !

Votre ambition dans la vie.

Pour l’instant je vise à aimer exceptionnellement. On vit une époque où l’amour est le défi de l’être humain. On a l’impression que tout tend vers la haine. La haine est facile, l’amour exige un peu plus d’efforts.

Vous insistez sur l’amour en temps de haine.

Les grands résistants de notre époque seront les femmes et les hommes qui trouveront dans toutes les circonstances le moyen d’aimer.

Votre plus grande qualité en amour.

Je suis tenace.

Une preuve d’amour.

Aimer juste pour aimer, non pour être aimé en retour.

La qualité que vous appréciez le plus chez Sofia.

Sa capacité à voir l’âme derrière les apparences.

Dix ans plus tard, la redemanderiez-vous en mariage ?

Oui, bien sûr. Je voulais célébrer en grande pompe nos dix ans. Elle, beaucoup plus raisonnable, m’a suggéré d’attendre nos 25 ans. Rires. Là, on pourra se vanter !

Croyez vous à la fidélité ?

Oui, j’y crois. Je suis fidèle à un être, pas à un corps ou à une parcelle de Sofia. Quand on n’aime que la chair d’une personne, c’est compliqué de lui rester fidèle…il y a beaucoup de corps en ce monde… Mais des personnes, il n’y en a pas deux identiques. Je n’arrive pas à imaginer qu’une autre ait tout ce qui constitue Sofia. Elle est unique. Il y a tellement de petites choses qui font qu’elle est qui elle est que je suis tombé amoureux d’elle et pas d’une autre.

Comment vous y prenez-vous pour n’avoir jamais fini de la séduire ?

C’est un travail en cours. Je continue toujours à me dire qu’il y a un meilleur moi-même à atteindre pour la mériter. C’est un cadeau, c’est un trésor, cet amour. J’ai trouvé cette personne et je ne m’en lasse pas. Au contraire ! Je dois continuer à la mériter, à être à l’écoute de ses besoins.

Depuis votre mariage, vous avez connu des revers financiers, comment les avez-vous surmontés ?

Grâce à la certitude que ce que nous percevions comme un problème était minime par rapport au problème qu’on aurait si on n’était pas ensemble. Sans Sofia, ma vie n’aurait pas de sens. Je serais sans direction. Et une vie sans horizon, c’est compliqué, c’est pire que tous les soucis financiers !

L’écueil d’une vie conjugale.

Quand on a envie de fuir son passé, ses démons… Dans le couple, l’erreur est souvent de penser que l’autre est le problème. Ce n’est pas en fuyant l’autre qu’on se répare. Ce n’est pas en se fuyant soi-même qu’on se répare. Il y a un travail à faire sur soi-même. Il faut un retour à soi. On ne peut être guéri par son conjoint.

Comment prenez-vous soin de votre couple ?

On parle. C’est plus facile pour Sofia que pour moi – normal, c’est une femme… Nous partons du principe que le centre de notre vie c’est notre couple. Le reste tourne autour. Si notre couple tient, notre vie tient. Question de priorité !

Après l’autobiographie, votre prochain challenge ?

Un roman. Mais il y aura toujours aussi de la musique.

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