Christina Noble : « J’ai fait un rêve… »

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Je nais dans un misérable faubourg, imprégné de bière et de violence, au sud-ouest de Dublin, en Irlande : les Liberties. Mon père, perpétuellement ivre, dans ses accès de violence, maltraite ma mère. Ma mère est une sainte femme, élevant avec courage ses nombreux enfants, dans une misère noire. Travaillant dur, à la maison comme à l’extérieur, pour ramener un peu d’argent, elle est la bienveillance même, profondément croyante.

« Je prie Dieu de m’aider dans cette nouvelle épreuve »

J’ai honte de mon père. Dans les rues, les enfants se moquent de cet homme titubant. Je passe mon temps à prier pour lui. Devant le prêtre, il promet d’arrêter et recommence aussitôt.

La situation s’aggrave

Je m’évade de cette misère ambiante par le chant et la danse. Je chante d’abord dans ma paroisse, puis dans les salles des fêtes de Dublin, et aussi dans les pubs.

Quelques jours avant ma confirmation, j’ai 10 ans, maman est emmenée à l’hôpital. Je supplie Dieu qu’elle ne meure pas ! Mais l’inéluctable arrive. Et la situation de la famille s’aggrave encore. Papa vend dans l’année tout ce qui, dans l’appartement, peut avoir de la valeur. L’argent lui sert à boire. L’électricité est coupée depuis longtemps et on arrache le linoléum du sol pour le brûler dans la cheminée. Je sillonne la ville pour récolter les restes, la nourriture destinée aux cochons. Et je la rapporte pour mes trois jeunes frère et sœurs. La gale, les puces et le scorbut, rien ne nous est épargné. Puis notre père, incapable de nous prendre en charge, nous confie à sa sœur. Mon oncle, alcoolique, finit par me violer. Nous sommes tous maltraités. Un jour, un homme du service de protection de l’enfance se présente. Un jugement doit être prononcé. Le jour de l’audience arrive et notre père dit : « C’est bien ainsi », et nous sommes dispersés. Notre séparation est pour nous la plus terrible des nouvelles. On m’emmène dans un orphelinat tenu par des religieuses. Mais voulant retrouver mon frère et mes sœurs, je saute par la fenêtre du dortoir. Dans ma chute, je me brise une jambe et un bras. De retour à Dublin, anéantie par la douleur, je vais à l’hôpital me faire soigner. Avant qu’on ne me renvoie au pensionnat, je m’échappe et trouve refuge dans un parc public où je vis. Quand il fait trop froid, je dors dans des toilettes publiques. Je récupère les restes des sandwiches dans les poubelles. Parfois, je rencontre mon père et me réfugie avec lui dans l’asile destiné aux plus pauvres. Un matin, il part, très tôt, et quatre policiers viennent me chercher. Il m’a dénoncée. Ils m’emmènent loin, dans le pensionnat réputé le plus terrible du pays. Je prie Dieu de m’aider dans cette nouvelle épreuve. Je vis là des années très dures ; malgré tout, je garde mes rêves de chant… Le jour de mes 16 ans, les religieuses me mettent dans le train pour Dublin. Après des retrouvailles manquées avec mon père, je retourne vivre dans le parc public. Mais, victime d’un viol collectif, je tombe enceinte. Recueillie par une institution pour mères célibataires, je donne naissance à un adorable bébé que l’on ne tarde pas à m’enlever. J’ai 17 ans. C’est un terrible chagrin. Inconsolable, je quitte l’Irlande pour l’Angleterre. Je retrouve mon frère aîné, et fais la connaissance de Mario. Puis je tombe enceinte de notre premier enfant. Mais Mario me trompe et se met à me maltraiter… Nous avons deux autres enfants.

Appelée dans un pays inconnu

C’est à cette époque que m’est venu mon rêve sur le Vietnam. J’ignore où se trouve ce pays. Mais j’ai dès lors la conviction que mon destin m’appelle là-bas pour m’occuper des enfants des rues.

En attendant, enfin séparée de Mario, j’élève mes trois enfants. Avec une foi en Dieu chevillée au cœur, malgré tous mes malheurs, et une ardeur décuplée pour leur donner la meilleure vie possible.

En septembre 1989, mon rêve peut se réaliser. Je pars pour le Vietnam. Et depuis ce sont plus de 700 000 enfants des rues, au Vietnam et en Mongolie, qui ont pu être secourus grâce à l’association que j’ai créée. Comme moi, ils ont connu l’enfer. On leur offre éducation et insertion professionnelle, hébergement et soins médicaux… Dieu ne m’a jamais abandonnée.

Aller plus loin :

 Christina Noble, un film de Stephen Bradley, avec Sarah Greene, Deirdre O’Kane, Brendan Coyle.

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