BRASSERIE DE L’ABBAYE DE SAINT-WANDRILLE : LA SEULE BIÈRE D’ABBAYE FRANÇAISE

by Alexandre Meyer

Fondée en 649, l’abbaye bénédictine de Saint-Wandrille est la première en France à brasser de la bière depuis la Révolution. Parmi les bières d’abbaye belges, néerlandaises, autrichiennes et américaines, il restait une place à prendre que les frères ont saisie, avec talent, en 2016.

TEXTE ALEXANDRE MEYER – PHOTOS JEAN-MATTHIEU GAUTHIER – ABBAYE DE SAINT-WANDRILLE

Les moines de l’abbaye de Saint-Wandrille, située en Seine Maritime, sont devenus brasseurs en vue d’assurer des ressources économiques pour la vie de la communauté et l’entretien des bâtiments. Deux frères sont allés se former auprès de maîtres brasseurs français. Avec eux, une équipe de quelques moines s’est réunie sous la houlette de biérologues, pour goûter leurs premières bières, brassées avec du petit matériel, et les comparer avec d’autres bières avant d’arrêter la recette définitive.

Les moines brassent pour vivre et ne vivent pas pour brasser : « L’oisiveté est l’ennemie de l’âme. Les frères doivent donc à certains moments s’occuper au travail des mains, et à d’autres heures fixes s’appliquer à la lecture des choses de Dieu. » (Règle de saint Benoît, chapitre 48)

Premier brassin avec Luc Vanbleu et Jêrome de CoEnCo.

Toute la communauté s’est mobilisée autour du projet. Pari osé, mais pari réussi : Saint-Wandrille élabore et brasse la seule bière d’abbaye française à ce jour. Sur l’étiquette, la porte d’entrée du monastère, dite « de Jarente », du nom de l’abbé commendataire. Elle insère le blason de l’abbaye dans une nuée d’anges portant la mitre et la crosse de l’abbé.

L’activité de la brasserie est calée sur les offices qui rythment
la journée et la semaine des moines. Les frères Christian et Matthieu y travaillent à temps plein. Pour conditionner les lots de bouteilles en palettes de cartons, il faut quatre frères pendant une heure et demie. L’ensemble de la communauté donne une à deux heures par mois à la brasserie.

DE LA BIÈRE « AUTANT QUE NÉCESSAIRE »

Apparue avec l’agriculture, la bière est plus ancienne que le vin. Nutritive, elle fut longtemps nommée le « pain liquide ». Les moines s’en sont emparés dans un souci d’hygiène car, portée à ébullition, il était plus sain d’en boire que de l’eau !
Saint Anségise, abbé du monastère de 823 à 833 avait pris soin de noter dans son testament la recommandation d’un approvisionnement à l’abbaye « autant que nécessaire » de sicera humolone, du latin : boisson fermentée – ou bière – à base de houblon. La mystique Hildegarde de Bingen insistait de son côté, dès le XIIe siècle, sur les vertus conservatives et aseptiques du même houblon. Si l’on ajoute que le cloître de l’abbaye de Saint-Wandrille dispose d’une « porte du houblon », au linteau délicatement ouvragé de feuilles de cette plante grimpante, la voie des moines était toute tracée. Pour pallier la clôture de leur activité de microcopie, quoi de mieux qu’une brasserie, occupant les mains et l’esprit, mobilisant l’énergie de tous, rassasiant la clientèle de la boutique de l’abbaye ? Pas moins de deux années d’études et de tâtonnements furent nécessaires à produire le premier brassin.

DEUX ÉPICES SECRÈTES

Les travaux et l’achat du matériel neuf représentèrent un investissement considérable (près de 800 000 €) pour parvenir à produire 140 000 bouteilles par an.

Les ingrédients de la bière tiennent en un verset d’évangile : de l’eau, du malt concassé (une graîne germée et séchée, souvent du blé ou de l’orge), du houblon et de la levure. Les saveurs fondamentales ne sont guère plus nombreuses : sucré, salé, amer et acide.

La bière est élaborée en fermentation haute, à base de cinq malts, quatre houblons et de deux épices qui restent secrètes. Elle reste ensuite plusieurs semaines en cuves de fermentation avant le soutirage. La bière brassée par les moines est « de couleur ambrée à dominante orangée, au nez malté et toasté, de fruits cuits et de caramel » ; son attaque est « pétillante en bouche, dominée par le malt avec des notes de fruits secs et une finale sur l’amertume », décrit le biérologue Hervé Marziou. Livrée en bouteilles de 50 cl, elle titre 6,5% d’alcool (4,75 € la bouteille).

POUR EN SAVOIR PLUS :

www.st-wandrille.com

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