Attendre et espérer

by Alexandre Meyer

De nombreux couples souffrent d’infertilité. Comment apprendre à passer d’une vie subie où la souffrance prend toute la place, à un consentement au réel qui, paradoxalement, apporte la joie ? Le témoignage d’Olivier et Joséphine Mathonat est une grande leçon d’espérance.

Olivier et Joséphine Mathonat, mariés depuis 2012, vivent l’épreuve de l’infertilité. Dans Attendre et espérer – Itinéraire d’un couple sans enfant, ils livrent un témoignage d’une grande délicatesse et partagent avec pudeur la terrible souffrance de « cette absence qui devient trop présente ». Ils ont fondé les week-ends Esperanza pour les couples en espérance d’enfants : www.esperanzacouples.fr

PAR OLIVIER MATHONAT – PROPOS RECUEILLIS PAR ÉMILIE POURBAIX

Alors que c’est notre désir le plus cher, nous découvrons quelques temps après notre mariage la succession décourageante des mois sans qu’un début de grossesse ne s’annonce. Cela nous mine. Pourtant nous ne voulons pas passer notre vie comme dans une salle d’attente, à guetter désespérément l’étape suivante – celle qui est supposée résoudre tous nos problèmes présents. En fonction des situations, ces étapes revêtent des réalités très diverses : quand on est seul, on ne rêve que de rencontrer quelqu’un. Quand on fréquente quelqu’un, on n’aspire qu’à se marier. Une fois qu’on est marié, on attend impatiemment le jour où on aura un enfant. Quand on a un enfant, on espère que le deuxième viendra sans tarder. La roue ne s’arrête jamais. Ne serons-nous vraiment heureux que lorsque tous nos désirs seront comblés ? Le manque est-il incompatible avec le bonheur ? Ne pouvons-nous pas être heureux dans l’épreuve ? Notre vie ne peut pas se résumer à cette seule attente. Elle fait partie de notre vie, bien sûr, mais sans nous définir pour autant. Nous sommes plus que cela. Nous veillons d’ailleurs à ne pas vivre seulement à travers cette facette-là de notre existence. Nous sommes aussi des amis, des cousins, des collègues. Nous avons d’autres sujets de préoccupation, de discussion. Nous avons d’autres projets, d’autres rêves. Il y a là un équilibre instable. Entre consentir au fait que nous n’avons pas d’enfant, en assumant ce que cela implique comme différences et particularités. Mais sans vivre focalisés sur cet aspect de notre vie.

UN NON-ÉVÉNEMENT

L’une des bizarreries de notre situation est que nous vivons un non-événement. Nous n’avons pas de date clé à laquelle faire mémoire d’un événement tragique, pas de souvenir à raconter, pas de lieu rappelant notre drame. Et nous souffrons précisément du fait qu’il n’y ait rien à évoquer. Notre douleur est une attente, un vide, une béance. C’est en quelque sorte une absence trop présente.

INFERTILES OU INFÉCONDS ?

La raison de notre souffrance, c’est que ce n’est pas seulement l’absence qui nous rend tristes : c’est tout l’amour que nous avons à donner à ces enfants que nous n’avons pas, qui ne peut s’exprimer. Plus que la seule absence, c’est le désir de donner la vie qui nous terrasse parfois. Mais ce n’est pas parce que nous sommes infertiles que nous sommes inféconds. Ainsi, beaucoup de couples sans enfant consacrent du temps et de l’énergie au service d’un projet ou d’un idéal. Bien souvent, au service des autres. Pour que l’amour que nous avons en réserve ne soit pas qu’un vase trop plein mais qu’il soit partagé avec ceux qui en manquent. Le désir d’avoir un enfant peut coexister avec la recherche d’autres manières de vivre la fécondité.

Cela implique une forme de créativité et d’audace. Nous sommes loin d’avoir tout choisi dans notre vie. Mais avec les cartes que nous avons en main, il y a tellement plus de manières de jouer que nous ne le pensions !

UN CHOIX LIBRE ET JOYEUX

Il y a dans notre choix une volonté de respecter la dimension naturelle de la conception. Nous ne voulons pas dissocier la procréation de l’union sexuelle, ni remplacer la fécondation naturelle – avec tout ce qu’elle implique de connaissance mutuelle, de relation et d’échanges – par un acte technique dont nous serions en partie dépossédés. Nous avons fait ce choix positif, libre et joyeux, paisiblement, en conscience. Et nous constatons que ce choix est bon pour notre couple, qu’il contribue à ce que nous soyons unis comme nous le sommes.

Le discours consistant à affirmer qu’aujourd’hui, si un couple veut un enfant, il peut en avoir, laisse penser que les couples qui, pour des raisons de conscience, ne souhaitent pas passer par ces techniques, ne le veulent pas vraiment. C’est extrêmement culpabilisant pour les couples qui font ce choix. Ce type de propos, malheureusement très répandu, est d’autant plus blessant qu’il prouve une méconnaissance profonde : le taux de réussite de ces techniques est faible, et elles sont aussi intrusives qu’éprouvantes. D’autres approches médicales, telles que la NaproTechnologie, sont un soutien précieux parce qu’elles sont à la fois globales et très en pointe sur la recherche sur l’infertilité. Elles sont une grande source d’espérance !

5 CLÉS POUR COMMUNIQUER AVEC UN COUPLE SANS ENFANT

1 Les écouter plus que les conseiller

Les couples dans cette situation sont souvent abreuvés de conseils en tous genres, sur des spécialistes à aller voir, les traitements « qui marchent à tous les coups ». Un message « on pense à vous », une invitation à déjeuner le week-end ou une oreille attentive leur est souvent bien plus précieux qu’un conseil ou des témoignages commençant par « je connais un couple qui… » : chaque histoire est particulière.

2 Respecter leur intimité

Ce n’est pas parce qu’un couple évoque ses difficultés à concevoir qu’il faut chercher à tout savoir sur les raisons de cette infertilité et sur les traitements entrepris : leur intimité leur appartient, leurs résultats médicaux aussi.

3 Parler

Il est souvent difficile pour l’entourage d’oser « en parler ». Pourtant, une maladresse est souvent préférable à un tabou, même si la délicatesse dans la manière d’aborder ce sujet sensible avec le couple est nécessaire. Par ailleurs, il est important de pouvoir parler d’autre chose avec les personnes concernées : elles ont sûrement des projets, des rêves, des désirs. Ils ne sont pas seulement « un couple sans enfant ».

4 Respecter leurs étapes

Comme toute épreuve, il faut parfois du temps à un couple pour accepter sa situation. Laissez-les être révoltés, tristes ou enthousiastes, tout en essayant de les rejoindre là où ils en sont pour les accompagner étape après étape.

5 Être délicats dans les annonces de grossesse

Ne pas annoncer une grossesse « pour ne pas leur faire de peine » risque d’isoler davantage vos amis. Les en informer de façon personnelle et délicate, et pourquoi pas par écrit, sera très apprécié et leur permettra d’avoir le temps d’accueillir cette nouvelle avant de pouvoir s’en réjouir.

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