Aider les élèves à trouver la motivation

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École. C’est la rentrée, retour sur les bancs des classes pour les petits
et les grands. Comment faire pour les aider à trouver en eux la motivation de travailler
? L’éclairage de Brigitte Prot, spécialiste de la motivation.

Propos recueillis par Émilie Pourbaix

Il ne travaille pas, il n’a envie de rien. Il faut le pousser, le tirer… et dépenser une énergie ! » Sans motivation, quel apprentissage ? Sans envie ni désir d’apprendre, le projet pédagogique le plus sensé rencontre au mieux des résistances, bien souvent le rejet. Aussi la motivation est-elle la question centrale pour les enfants et les adolescents dans leur « métier » d’élèves.

Un élève a besoin de savoir qu’apprendre s’inscrit dans la loi de la vie.

Ma pratique auprès d’enfants et d’adolescents « démotivés » me le confirme amplement : le désir d’apprendre existe en eux. Ils ne l’ont pas perdu. Par nature, il est inhérent à leur personne. Seulement, les situations dans lesquelles ils se sont trouvés ou se trouvent, propres à leur histoire, n’ont pas permis ou ne permettent pas son émergence ni son expression. Elles génèrent chez eux une « mise en sommeil » de leur désir d’apprendre, qui peut aller jusqu’à l’inhibition et à la phobie scolaire.

Le changement, c’est la vie

Aider un enfant ou un adolescent à se motiver nécessite de croire au changement comme partie intégrante de la vie. C’est-à-dire croire au changement de regard possible de l’élève sur son apprentissage. C’est lui accorder sa confiance. Pour un élève, se reconnaître en devenir signifie avoir conscience de sa capacité à évoluer, à progresser. Se considérer comme une personne, jamais figée dans une situation ni enfermée dans un « arrêt sur image ». Pour se motiver, chaque enfant ou adolescent a besoin d’être assuré de sa progression possible. Et, parfois, d’être rassuré sur sa capacité d’y parvenir.

Un élève a besoin de savoir qu’apprendre s’inscrit naturellement dans la loi de la vie. Mieux : cesser d’apprendre, c’est renoncer à avancer,
à évoluer. Cela relève d’une approche morbide, voire mortifère de l’existence.

L’élève est une personne 

L’enfant, l’adolescent est une personne. Avec une identité, une histoire et un parcours scolaire uniques. Cette réalité est essentielle pour identifier les ressorts de la motivation. Par exemple, pour les uns, le sens du défi, la concurrence, la nécessité de s’adapter rapidement à une situation nouvelle et l’urgence de « rebondir » s’avèrent générateurs d’énergie, alors que, pour les autres, ils représentent une insécurité créant une démotivation, donc de la passivité. Apprendre aux enfants et aux adolescents à se connaître est essentiel à leur motivation. Pour nous, adultes, apprendre à les connaître nous permet de les accompagner au mieux.

Du manque au besoin

Pour construire ou développer leur motivation, enfants et adolescents ont besoin de vivre une première étape : le passage du manque au besoin. C’est une stratégie mentale pour sortir de la passivité et rencontrer l’envie d’agir. Par exemple, si je me contente d’écrire sur une copie la note 6, accompagnée des expressions « des lacunes », « des difficultés », ou « manque de travail », j’installe la situation de l’élève dans le manque. Je renforce sa démotivation. En revanche, si je lui donne l’information sur ses besoins, je l’outille pour le passage du manque au besoin : par exemple, les six points de sa note indiquent une orthographe correcte, un plan clair et une conclusion intéressante. Pour obtenir un meilleur résultat au prochain devoir, les besoins de cet élève sont les suivants : acquérir la technique de l’introduction, préciser l’articulation entre les idées, éviter le hors-sujet et enrichir le vocabulaire. Après le constat du manque, se situe le repérage des besoins, c’est-à-dire le diagnostic qui permettra de comprendre la situation et de mettre en place un plan d’action. Un repérage fructueux nécessite un partenariat cohérent entre les parents et les professeurs. Si chacun connaît les besoins et sait comment contribuer à y répondre, tout est plus clair. Reconnaître les besoins que présente une situation scolaire nécessite d’abord de faire l’inventaire de ce que l’élève sait et sait faire dans chaque discipline, pour définir ses points d’appui ; ensuite, de préciser les domaines à travailler. Cela suppose une écoute de l’élève quant à sa représentation de la situation et la définition de son action possible.

Brigitte Prot
Brigitte Prot est psychopédagogue, enseignante et formatrice à l’Institut supérieur de pédagogie à Paris. Elle développe, dans le cadre de l’association ACMEE la méthode du bilan et de la motivation. 

4 Clés pour Des attitudes motivantes

1. Ne jamais confondre sa personne et ses résultats, son travail ou son comportement. Pour progresser, il a besoin de « rester entier », jamais réduit à sa production. Ce n’est pas pareil de dire : « Ludovic, tes résultats ont baissé de deux points en quinze jours : ils m’inquiètent. Je voudrais savoir ce que tu en penses », et : « Ludovic, en ce moment, c’est catastrophique ! Tu m’inquiètes. »

2. Différencier toujours passé, présent et futur scolaires. Pour avoir envie de faire évoluer son travail, ses résultats et/ou son comportement, l’élève a besoin de savoir que nous, adultes, prenons bien en compte l’actualité de sa situation scolaire, et non ce qu’elle était six mois, voire quatre ans auparavant. Courante, la confusion entre passé et présent me semble particulièrement inhibante pour la motivation.

3. Ne placer la barre ni trop haut ni trop bas. Dans le premier cas, l’objectif est inaccessible et place l’élève, voire toute une classe, dans l’impossibilité de l’atteindre. Cette situation est particulièrement démotivante, car elle n’offre pas la sécurité nécessaire à l’action. Dans le second cas, l’objectif est trop accessible. Pour l’atteindre, l’élève se voit obligé de « baisser son potentiel ». En effet, une partie importante de ses capacités n’étant jamais sollicitées, elles demeurent en jachère. Cette situation provoque rapidement l’ennui, voire le découragement.

4. Assurer des conditions de travail personnel équilibrantes. Cela passe par un temps de travail fixé dans un horaire efficace : par exemple, trois quarts d’heure de pause en rentrant de classe, puis un temps de travail avant le repas. L’horaire fixe offre à l’élève des repères précieux pour l’organisation de son travail. a

 

TÉMOIGNAGE: «Une expérience de responsabilisation»

Ludovic est en sixième et ne veut pas se lever le matin. Sa mère n’en peut plus de devoir le tirer du lit. Elle a tenté le contrat de confiance.

Toute attitude qui promeut la responsabilisation personnelle de l’enfant et de l’adolescent ouvre l’espace de la motivation. Or aider un élève à se responsabiliser suppose une confiance minimale en son évolution possible – c’est-à-dire, d’abord, une rupture avec la plainte à son endroit, dans laquelle nous nous installons parfois. Depuis plusieurs mois, Ludovic manifeste une passivité qui provoque tensions et colère parentale. Sa mère me dit : « Le matin, c’est la croix et la bannière… Jamais levé ! » Je m’informe : qui fait sonner le réveil ? « Moi, répond-elle, et je suis obligée d’y retourner plusieurs fois… » Je lui propose de tenter une expérience de responsabilisation : durant quatre jours, Ludovic sera chargé de réveiller toute la famille. La responsabilité lui reviendra de donner à tous le signal de la journée. L’attitude qui lui sera proposée est celle de l’action : passer du statut de « difficilement réveillé » à celui de « réveilleur ». La mère de Ludovic me dit ne pas faire suffisamment confiance pour le laisser occuper cette place. J’insiste. Quatre jours durant, grâce à un contrat de confiance mutuelle entre Ludovic et ses parents, l’enfant tient ses engagements. Mieux : fier de cette responsabilité qui le dynamisait, il demanda à poursuivre l’expérience. Ce fut la première étape vers l’action dans d’autres cadres, dont le scolaire, un mois plus tard. Le principal enseignement de cette histoire est que, plus les enfants et les adolescents sont placés en situation de faire, dans un climat de confiance, plus ils se trouvent encouragés à poursuivre dans ce sens. Pour cela, sachons leur accorder cette confiance, ni aveugle, ni naïve, mais vigilante.

Aller plus loin : 

J’suis pas motivé, je fais pas exprès, Brigitte Prot, Albin Michel, 2003

Profession motivatrice : Réveiller le désir d’apprendre au collège et au lycée, Brigitte Prot, Agnès Viénot Éditions, 1997

www.brigitte-prot.fr

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