A-t-on besoin d’aller à l’église pour prier ?

by administrator

Débat. De nombreux chrétiens prient plus ou moins régulièrement, pour parler à Dieu, le remercier, lui confier leurs soucis… sans pour autant aller à la messe ou dans une église. Peut-on être « croyant mais non pratiquant » ?

Débat entre l’abbé Pierre Descouvemont et Lili Sans-Gêne

1 Je n’ai pas besoin d’aller à l’église pour m’adresser à Dieu. Je peux le faire toute seule. D’ailleurs, le Christ lui-même n’a-t-il pas dit : « Quand tu pries, retire-toi au fond de ta maison, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret » ?

Comme vous avez raison d’insister sur l’importance capitale du rendez-vous personnel que tout homme et toute femme devrait avoir régulièrement avec son Créateur ! La phrase d’Évangile que vous citez (Mt 6, 6) encourage les chrétiens à prier. On peut en effet toujours trouver un moment dans la journée pour parler à Dieu, dans le fond de son cœur, où que l’on soit. Ces plongées régulières au cœur de nous-mêmes nous permettent de rester profondément unis avec Dieu. Cela suppose évidemment qu’on ait découvert la joie d’aimer Dieu pour lui-même, parce qu’il n’est qu’Amour, au lieu de se contenter de recourir à lui seulement quand ça va mal.

2 Dans tout ce que vous dites, je ne vois vraiment pas ce que peut m’apporter le fait d’entrer dans une église. Si je prie, je préfère le faire dans ma chambre. Ou bien en pleine nature, comme saint François d’Assise et tant d’autres saints qui construisaient leur ermitage dans un coin perdu.

Les hommes ont toujours éprouvé le besoin de construire de magnifiques édifices religieux. Non seulement pour manifester leur désir d’offrir à Dieu ce qu’ils ont de plus beau, mais aussi pour se donner des lieux où il leur est plus facile de tourner vers lui leur esprit. Quand on vit à longueur d’année dans un bureau, une cuisine ou un chantier, on aime se retrouver régulièrement dans une chapelle, une église ou une basilique dont l’architecture favorise à la fois le recueillement et la possibilité de chanter la gloire de Dieu avec d’autres frères et sœurs. C’est un luxe, me direz-vous, mais quand on a bien compris le droit qu’on a d’aimer Dieu de tout son cœur, on se donne les moyens de réaliser cette vocation fondamentale : « Vraiment il est juste et bon, Père très bon, Dieu éternel et tout-puissant, Maître des temps et de l’histoire, de vivre pleinement ce que nous sommes tous appelés à faire, sur terre et plus tard dans les cieux : chanter avec tout l’univers ton Amour infini. »

3 Même si vous entrez dans une église et que vous vous y sentez bien pour prier, je ne vois franchement pas l’intérêt d’aller à la messe : ce ne sont que des rites qui, finalement, empêchent l’âme de s’élancer vers Dieu.

Si l’on a pris l’habitude de prier, de rejoindre régulièrement Dieu présent dans le fond de notre cœur, on n’aura pas trop de peine à profiter de toutes les célébrations auxquelles on participe. Au lieu de se laisser hypnotiser par la banalité de l’homélie ou la monotonie des chants, on se réjouira à l’idée que Dieu, qui est notre père, prend plaisir à voir ses enfants réunis dans son église. Même si parfois nous nous ennuyons, même si le célébrant semble avoir oublié les trois qualités essentielles de tout bon sermon – court, bref et pas long ! –, lui, Dieu, est heureux. Comme dit le prophète, « Il danse de joie » devant ses créatures (So 3, 17) ! Les églises seraient pleines le dimanche si les fidèles prenaient le temps de méditer cet étonnant mystère d’un Dieu qui réclame l’amour de ses enfants et s’en réjouit vraiment !

4 C’est surtout parce que j’ai l’impression que les pratiquants manquent terriblement de charité que je n’ai pas envie de participer aux célébrations. J’irai peut-être à la messe quand les Mère Teresa et les Abbé Pierre seront plus nombreux dans l’Église. Je fais partie de ces nombreux catholiques qui se disent fiers d’être des « croyants non pratiquants ».

Si vous en êtes fière, c’est que vous avez sans doute le sentiment de vivre votre foi autrement qu’en participant régulièrement à des offices liturgiques. Comme il est vrai que le chrétien ne doit pas seulement « pratiquer » sa foi en allant à la messe le dimanche et les jours de fête ! C’est une vérité que les prêtres ne cessent de rappeler dans leurs homélies. Je n’ai donc aucun mal à penser que, par votre façon de vivre la charité fraternelle, vous êtes peut-être plus agréable à Dieu que de nombreux pratiquants du dimanche. « Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur” qu’on entrera dans le Royaume des cieux, nous a dit Jésus, mais en faisant la volonté de mon Père qui est dans les cieux » (Mt 7, 21). Je pense à cet homme qui, à la sortie de la messe, explique à son curé sa profonde déception de l’Église. Quelque temps auparavant, en effet, il avait contacté le secrétariat de sa paroisse pour essayer de dépanner un chômeur qui cherchait un lieu où il pourrait trouver le gîte et le couvert le temps de se remettre sur pied et de trouver du travail. En vain. Personne n’était capable de l’aider. « Finalement, poursuit cet homme, pendant une semaine j’ai hébergé chez moi ce chômeur. » Et le curé de lui répondre : « Il semble bien que, tout compte fait, l’Église s’en est occupé ! »

5 Vous pensez donc vous-même que, pour être un bon chrétien, il suffit d’aimer au mieux son prochain et qu’en définitive la participation aux célébrations est secondaire ?

Bien sûr que non ! Quand on a la foi, la foi en Jésus Christ, on est heureux de se retrouver régulièrement avec d’autres chrétiens et de chanter par le Christ, avec lui et en lui, la gloire du Père. On a besoin d’implorer ensemble sa miséricorde. On a soif de le recevoir. Je suis par ailleurs sûr que les pratiquants du dimanche profiteraient beaucoup plus des messes auxquelles ils participent, s’ils prenaient le temps de s’y préparer par ces longs moments de prière personnelle dont vous faisiez vous-même l’éloge au début de notre entretien. Mère Teresa ne se contentait pas d’aller à la messe : chaque jour, elle faisait deux heures de prière silencieuse. C’est en s’exposant ainsi longuement à l’influence du Christ, à son regard, à son amour, que les saints deviennent ces « fournaises » d’amour que vous admirez et que vous auriez peut-être envie de devenir vous-même.
Mais n’oubliez pas que, si les chrétiens vont le dimanche à la messe, ce n’est pas seulement pour pouvoir mieux aimer leur prochain pendant la semaine. Si c’était le cas, Dieu ne serait pour eux qu’un moyen, auquel ils auraient recours pour mieux aimer l’homme. Et quand Dieu n’est plus qu’un moyen, il n’est plus Dieu, il n’est plus la valeur infiniment aimable à aimer par-dessus tout. La valeur suprême devient l’homme. C’est l’homme qui est Dieu !

Abbé Pierre Descouvemont

Professeur de philosophie à Douai pendant plus de vingt-cinq ans, puis aumônier de jeunes, il a aussi été conseiller national des équipes Notre-Dame pour les couples. Actuellement, il prêche des retraites en différents lieux. Il est l’auteur de nombreux ouvrages. 

Aller plus loin :

Ces vérités qui fâchent, Pierre Descouvemont, Parole et Silence, 2012

Youcat, catéchisme de l’église catholique pour les jeunes, Bayard, Fleurus-Mame, Cerf, 2011

Pourquoi aller  à l’église ? : L’eucharistie, un drame en trois actes, Timothy Radcliffe, Cerf, 2009

Lors d’un dîner mondain, une personnalité ecclésiastique a pour voisine de table une dame au décolleté affolant. Cette personne lui annonce : « Éminence, je dois vous dire d’emblée que je suis catholique, mais non pratiquante. » « C’est comme moi, lui répond-il d’un air malicieux, je suis nudiste, mais non pratiquant ! »

 

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