« Le droit d’avoir un père et une mère » Frigide Barjot, Laurence Tcheng et Xavier Bongibault

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Rencontre. Pour sauver le mariage civil et défendre le droit des enfants à avoir un père et une mère, les trois mousquetaires de la Manif Pour Tous ont travaillé jour et nuit pendant des mois. Ils expliquent pourquoi et comment s’est construit ce combat.

« Le succès de la manif du 17 novembre est venu de son authenticité : une communion des citoyens » (FB)

Quelle a été la genèse de cette dynamique qui vous réunit en vue de la manifestation du 13 janvier? 

Laurence Tcheng : L’initiative revient à Frigide Barjot, qui a eu une intuition prophétique et une vision politique très claire des enjeux. Au moment des élections présidentielles, j’ai voté Hollande sans être d’accord avec la proposition 31. Mais après les élections, on a vite compris que le calendrier gouvernemental et parlementaire allait être précipité et le débat sacrifié. Frigide a commencé à remuer beaucoup de monde, dans le milieu catholique, mais aussi largement au-delà. Au départ, l’idée était de demander des États généraux et un référendum, et de faire un travail pédagogique de fond sur le sujet, face à un gouvernement muet et à un parlement sous-informé. On n’était pas parti pour une manifestation, mais il nous a paru que cette problématique dépassait les clivages politiques, religieux et d’états de vie, et qu’il fallait intervenir. La Manif Pour Tous a commencé à quelques uns dans un bistrot, et par un prompt renfort nous nous vîmes 200 000 en arrivant au port le 17 novembre. On a gagné ce jour-là la légitimité et du nombre et du style : alors que nous n’avions pas prévu une telle affluence, tout s’est déroulé dans le calme, le sourire, sans aucune agressivité envers quiconque.

Frigide Barjot : Dès le début de la campagne présidentielle, j’ai remué l’entourage de Sarkozy pour qu’il se détermine fermement sur la famille, l’euthanasie, le mariage homosexuel, estimant qu’il y avait une carence grave de réflexion politique sur des sujets essentiels concernant l’avenir de l’humanité. À l’élection de François Hollande, j’ai fondé le « Collectif pour l’Humanité durable », appelant à la résistance contre tout ce qui met à mal l’intégrité de l’être humain et sa dignité. Et quand le 5 septembre on a vu que le premier projet qui passerait, vite et en force, serait le mariage homo, j’ai réuni des réseaux très divers. J’étais convaincue qu’il fallait faire émerger un courant d’opposition trans-opinions politiques, religieuses, culturelles. Ma formation religieuse m’a ouvert les yeux, mais j’ai réagi au nom de la raison, comme des athées, des homos parce qu’ils refusent une mainmise idéologique, comme Xavier Bongibault avec son association « Plus gay sans mariage », des gens de sensibilité de gauche parce que leur conscience leur pose de vraies questions. Le succès de la manifestation du 17 novembre est venu de son authenticité. Il n’y avait pas de fric, pas de pub, mais une communion de citoyens rassemblés sur l’essentiel. La démocratie directe, dans une indépendance totale. Il faut garder cet esprit-là, pour obtenir la suspension du projet de loi et le lancement des états-généraux.

Qu’est-ce qui vous a motivés, personnellement, pour vous engager dans ce combat difficile et éprouvant ?

Xavier Bongibault : J’ai créé l’association « Plus gay sans mariage » parce que je pense que la majorité de la communauté homosexuelle se moque de ce projet de loi. Seulement les militants LGBT imposent leur opinion par la violence. La première violence est l’accusation d’homophobie, qui empêche tout débat. On nous explique que les homosexuels sont et doivent être pour ce projet de loi parce qu’homosexuels. Dire cela, c’est nier leur existence en tant qu’hommes et femmes, c’est dire qu’ils ne peuvent réfléchir qu’en fonction de leur orientation sexuelle et non en conscience politique. Ça, c’est homophobe. Et puis, il y a la violence physique : je ne compte plus les menaces et les agressions. Étant athée et homosexuel, je suis à l’origine d’un nouveau concept fort intéressant : l’athée catholique, homosexuel homophobe ! Ben voyons…

Frigide Barjot : Je suis militante dans l’âme depuis toujours. M’agiter dans la chose publique m’a toujours beaucoup amusée. Mais les jeux politiciens du pouvoir, non. Et puis, j’ai toujours eu soif de justice. Et là, je trouve injuste que tant de gens ne puissent pas s’exprimer, et soient privés d’informations parce que la parole est confisquée médiatiquement. L’opinion publique est façonnée par un discours univoque « généreux », qui met en avant l’égalité et la lutte contre les discriminations mais cache une réalité mille fois plus importante, le changement de conception (dans tous les sens du mot) de l’être humain et de l’existence humaine : cela devient de la fabrique, de l’industrie. C’est insupportable qu’il ne puisse pas y avoir une réflexion de fond, ouverte, publique, sur des enjeux aussi essentiels que la filiation. Mon combat est là.

Laurence Tcheng : Pour moi, c’est un combat politique. Je suis dans l’enseignement, de gauche et féministe. Je me fais une haute idée de la gauche, dans la lignée de Jaurès, et pour moi la République doit être une force de progrès, qui a la charge de promouvoir la justice et la défense des plus faibles. Mais le progrès ne peut pas consister dans la fuite en avant, l’air du temps et la soumission aux lobbies. J’ai cru au président de la concertation. Je me dis aujourd’hui de gauche réactionnaire, et j’ai créé le collectif « La gauche pour le mariage républicain » car beaucoup de gens de gauche sont mal à l’aise avec ce projet qui a tout d’une fantaisie de nantis.

Quelle est votre conception du mariage et de la famille ? Quels sont vos principaux griefs contre le mariage homosexuel ?

Frigide Barjot : Le mariage doit encadrer non seulement l’acte qui donne vie, mais aussi la suite, pendant que l’enfant se  développe. Il faut revaloriser l’engagement dans la durée, parce que c’est le bien premier dont a besoin l’enfant. Je me préoccupe des enfants, et, dans le cas du mariage homosexuel, des enfants à naître. On a ri de la phrase de Lady Gaga :  « Il n’y a pas de raison que les homosexuels ne se reproduisent pas comme tout le monde », mais c’est exactement le projet de loi. Il y a juste un être humain au milieu. Jusqu’ici l’adoption était faite pour donner une famille à des enfants abandonnés, là on veut proposer l’adoption plénière comme moyen de créer une famille de substitution,  en effaçant toute trace de l’origine biologique.  Le procédé scientifique de la PMA était réservé  à des cas extrêmement précis de maladie, de  stérilité. Là, on l’offre à tout le monde comme  un moyen normalisé de procréation. Cette  mainmise de la volonté sur l’être humaine est inquiétante.

Laurence Tcheng : Je reconnais qu’il y a aujourd’hui une diversité des familles qu’il faut prendre en compte. Améliorer le droit, lutter contre l’homophobie, sont des choses nécessaires. Mais le mariage gay et l’adoption ne sont pas des réponses appropriées. C’est une loi libertaire ultra-libérale qui ne garantit en rien, au contraire, la protection des plus faibles : les enfants d’abord, qui doivent pouvoir accéder à leur filiation, les femmes ensuite, que la dérive programmée vers la GPA (gestation pour autrui) peut amener à louer leur utérus. La crise économique aidant, la porte est ouverte à une exploitation de la misère sociale et morale.

Xavier Bongibault : J’ai eu la chance d’avoir un père et une mère, cela m’a permis d’évoluer pleinement. On nous parle en  permanence de l’égalité des droits, c’est ce que l’on défend en refusant ce projet : le droit pour tous les enfants d’avoir un père et une mère.

On ment aux Français

En tant que citoyen homosexuel, je ne me sens pas du tout représenté par les associations LGBT. (…) Je pense qu’on ment aux Français en leur disant que le mariage et l’adoption sont une revendication des homosexuels dans leur ensemble. J’ai moi-même tout un tas d’amis homosexuels qui sont indifférents, voire opposés, à ce projet de loi. Les associations LGBT ne représentent pas ces citoyens-là. Elles s’autorisent à parler au nom des autres, ce que je n’accepte pas. (…) L’idéal, pour un enfant, est d’être élevé dans une famille composée d’un père et d’une mère. On va me dire que les hétéros divorcent, se remarient, recomposent des familles. C’est une réalité qu’on ne peut pas nier. Mais la loi doit reconnaître ce qu’il y a de beau et de souhaitable, pas encourager les pratiques minoritaires. La loi doit protéger le plus faible, donc l’enfant. (www.lejsl.com, déc. 2012)

TÉMOIGNAGE : Aldo Naouri Pédiatre

Je suis défavorable à l’homoparentalité. D’abord parce que, en tant que pédiatre ayant travaillé sur les pathologies, j’ai constaté que l’enfant souffre aujourd’hui d’un statut d’objet de consommation. Autoriser l’adoption à des couples dont la sexualité a tourné le dos à la procréation accentuerait ce statut. (Psychologies.com)

Claude Halmos, Psychanalyste
Très risqué  » description= »En mettant un signe « égal » entre le couple homosexuel et le couple hétérosexuel, ce droit reviendrait à poser officiellement que la différence des sexes n’existe pas ; ou, du moins, qu’elle ne compte pas. Pour que cela soit sans conséquences pour les enfants, il faudrait soit que la différence des sexes ne joue, dans leur construction, aucun rôle, soit même que cette construction n’existe pas. Et que quelques bons soins et beaucoup de bons sentiments suffisent à « fabriquer » des adultes capables de tenir – psychiquement – debout. L’affirmer revient à remiser au magasin des accessoires les acquis de près d’un siècle de pratique psychanalytique. C’est sûrement politiquement correct, mais cela me semble très risqué… (Psychologies.com)

TEMOIGANGE : Jean-Pier Delaume-Myard, Une dizaine de beaux-papas

Parmi les homosexuels, je me considère comme une personne sérieuse,  c’est-à-dire qui a toujours fait le choix de vivre en couple. Je vais bientôt avoir 50 ans. Si à l’âge de 25 ans j’avais pris l’option d’avoir un enfant, celui-ci aurait, à l’heure actuelle, une dizaine de « beaux-papas ». On me rétorquera que pour les couples hétérosexuels, il en est de même. Cela est faux. Dans la même période, en moyenne, une femme ne se sera peut-être remise en couple que deux ou trois fois maximum. (leplus.nouvelobs.com, nov. 2012) »

 De l’enfumage ! Patrice Carvalho, Front de gauche

Le mariage, c’est un homme et une femme qui peuvent concevoir un enfant. La nature n’est pas faite autrement. Ce dossier, ce n’est pas la priorité des Français en ce moment, c’est de l’enfumage ! Patrice Carvalho,  Front de gauche »

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