Francis Huster : Sa petite peste?

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 Rencontre. Il triomphe dans la Peste d’Albert Camus. Mais on verra bientôt Bernadette Soubirous lui tenir tête dans Je m’appelle Bernadette, le film de Jean Sagols. Francis nous a donné la réplique.

Propos recueillis par Magali Germain


Une journée de la vie de Francis Huster, ça ressemble à quoi ?

Passer cent coups de fil ou sms, lire des pièces, courir à des interviews, répéter au théâtre, jouer une pièce et dormir à deux heures du matin.Sa petite peste ? Elle s’appelle Bernadette ! Le film que Jean Sagols et Serge Lascar consacrent à la vie de Bernadette Soubirous à Lourdes sortira en salles le  30 novembre. Huster y apparaît face à Katia Miran, une Bernadette obstinée et têtue comme une mule. La petite bigourdane affirme à qui veut l’entendre qu’elle voit la Vierge à Massabielle ! Cet hiver, après sa tournée européenne, Huster sera à nouveau à l’affiche de la Peste au théâtre des Mathurins. À la scène, le théâtre est son sérum. À la ville, l’homme confesse le plus grand respect pour l’eau de Lourdes. Brillant, ardent, beau gosse, Huster a du cœur (à revendre), du talent (n’en parlons pas !), un faible pour la Vierge… (ça, on ne le savait pas !)

La phrase qui vous agace ?

« On verra ça après. » Pour moi, c’est tout de suite.

Votre lubie du moment ?

Comment ne jamais mentir sans faire de peine.

À l’entracte, où courez-vous ?

Je ne joue jamais avec entracte.

Jamais sans… ? Ma montre et mon portable.

Une affiche qui vous résume ?

La Peste. Rouge sang et visage à l’encre noire. Oser regarder droit. Moitié du visage : moitié de ma vie à ce métier. L’autre moitié reste secrète. Il n’y a pas de paix sans espérance, dit Rieux dans le texte de Camus… En 2011, une raison d’espérer ? Dieu n’a pas dit son dernier mot. Il va le dire.

Vous arrive-t-il de vous sentir pestiféré ?

Jamais. Je vis au-dessus des nuages de la jalousie et de la haine.

La prochaine épidémie ?

Les médias manipulés par les salauds.

Un texte qui vous tient à corps ?

Le Misanthrope.

De quel chien seriez-vous l’homme ?

La Belle dans La belle et le clochard.

Quel genre de petit garçon étiez-vous, dans les jupons de Suzanne Huster après-guerre ?

Un ange.

Né à Neuilly sur « scène », comment êtes-vous monté sur les planches ?

Par accident de ski. Je ne pouvais plus aller au football avec le lycée. J’ai pris des cours avec le jeune François Florent, professeur d’art dramatique au lycée Carnot.

Quelqu’un vous a-t-il transmis la foi en l’amour ?

Toutes les femmes de ma vie.

La foi tout court ?

Shakespeare, le dieu des comédiens.

Francis as-tu du cœur ?

Oui, mais trop vite.

Votre métier ?

Toujours une crucifixion : souffrir en répétitions pour vivre une résurrection dans le rôle.

À quoi sert cette illusion qu’est le théâtre ?

Ce n’est pas une illusion. C’est la vraie vie où la vérité parle.

Le paradoxe du comédien Huster ?

Mourir sur scène tous les jours.

Votre meilleur public ?

Chaque soir.

Un truc pour mémoriser du texte ?

L’écrire des centaines de fois. Ligne par ligne. Puis deux par deux. Puis trois par trois. Marcher en apprenant le texte dans la rue, le cœur bat au rythme exact de la scène.

Votre devise d’acteur ?

Ne jouez jamais, vivez les sentiments vrais.

Né un 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception, ça vous parle ?

Oui. La Vierge est venue et elle me protège de sa pureté.

Dieu ? Entre vous deux… simplement ?

Une partie d’échec. Il me mettra échec et moi.

Vous avez une grande admiration pour Maximilien Kolbe, ce prêtre polonais mort à Auschwitz en donnant sa vie à la place d’un autre homme…

Dominique Probst a écrit un opéra superbe sur Kolbe. Je me suis penché sur son histoire si émouvante.

Vous arrive-t-il de prier ?

Oui. Tous les jours. Mais jamais pour moi.

Au-dessus de la scène de votre vie, y a-t-il quelqu’un ?

Oui. Plutôt une cène, celle où se retrouvent mes maîtres Dux, Barrault, Rouleau, Jouvet, Vilar, Vitez, Roussillon, Danet, Fellini, etc.

Pourquoi avoir accepté de jouer le procureur Vital Dutour dans le film sur Bernadette ?

Pour être avec Sagols à qui je dois tant, Terre Indigo, Lido, etc.

En 2011, un film sur Bernadette, est-ce crédible ?

Oui parce que celui de Sagols est humble et très simple. Sans pathos.

Qu’est-ce qui vous plait dans ce film ? 

L’interprétation des acteurs et des faits réels : la fidélité.

3 bonnes raisons d’aller voir Je m’appelle Bernadette le 30 novembre ?

C’est réussi et très exact. Pur et émouvant.

Croyez-vous aux miracles ?

Non. Voir la Vierge n’est pas un miracle, mais une révélation.

Lourdes, vous connaissiez avant le film ?

Oui. J’ai pour Lourdes le plus grand respect.

Que se passe-t-il à Lourdes à votre avis ?

Le secret de la foi. On y croit. On s’y élève.

Les apparitions, est-ce du cinéma ?

Évidemment non. C’est un mystère.

Bernadette, la sainte, fut-elle une bonne actrice pour y faire croire son entourage ?

Non. Elle n’a jamais menti, ni joué. Elle a cru. Donc elle a vu.

De la Bible, quel texte aimeriez-vous dire par cœur ?

Le Chemin de croix.

Dans le répertoire catholique, qui mettriez-vous en pièce ?

Charles de Foucauld. Ce sera mon dernier rôle un jour.

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