Rona Hartner : L’âme slave

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Rencontre. On se souvient d’elle dans Gadjo Dilo aux côtés de Romain Duris. La comédienne et chanteuse roumaine nous parle d’elle, de son art, de sa foi, sans compromis ni concession. Elle est comme ça, Rona.

Propos recueillis par Claire Perol

Elle arrive à califourchon sur son vélo électrique, coiffée d’un casque rose bonbon, des breloques clinquantes aux oreilles et vêtue d’une tunique multicolore. Rona est unique. « Un ovni », comme elle le dit elle-même. La comédienne, égérie de Tony Gatlif, se fait connaître aux Français en 1997, à l’âge de 25 ans, grâce à Gadjo Dilo, où elle joue aux côtés de Romain Duris. C’est ce film (le douzième) qui l’a lancée dans la cour des grands et lui a offert le Léopard de bronze de la meilleure actrice. Elle travaille aujourd’hui à l’écriture d’un long métrage, Danse avec Dieu, où figureront Michael Lonsdale, Pascal Legitimus et Fabrice Roux. Rencontre avec une Tzigane qui n’a peur de rien. Ni d’arborer des robes de toutes les couleurs, ni d’afficher sa foi.

Le métier que vous vouliez faire quand vous étiez petite ?

Présidente de Roumanie, à la place de Ceausescu ! Pour me préparer à devenir présidente, à servir mon peuple, je me suis mise à laver les escaliers de mon immeuble. Jusqu’à ce que la femme de ménage se plaigne auprès de ma mère. Alors j’ai choisi comédienne.

Le talent que vous voudriez avoir ?

Faire des gâteaux ! Je sais les acheter, les manger, mais je n’ai pas la patience de lire une recette jusqu’au bout…

« Je suis fière de ma liberté et je pense que c’est un luxe. »

Le mot que vous préférez ?

Dor. C’est un mot roumain très complexe qui veut dire beaucoup de choses : attente, espérance, chagrin, douleur, amour.

Votre occupation favorite ?

Chanter. Sur mon vélo, en racontant des histoires à ma fille, tout le temps. Pour moi, la vie c’est le rythme, le son.

Le film qui vous a marquée le plus ?

Brasil, de Terry Gilliam, qui montre la difficulté à garder une part de rêve dans une société aliénée par la consommation. Je l’ai vu à l’âge de quatorze ans et il continue de me bouleverser.

La musique qui vous touche ?

Le gospel. Justement, mon prochain album, que je réalise avec Jonathan Boulet, sera une fusion entre le gospel, le jazz et la musique tzigane.

Votre livre de chevet ?

Les pièces de Shakespeare, qui reviennent souvent, dans diverses traductions.

Votre boisson préférée ?

Le Bordeaux. Du Saint-Emilion. J’aime son goût âpre, son corps et son ampleur. Voilà ce qui m’a le plus manqué pendant ma grossesse !

La chanson que vous sifflez sous votre douche ?

Girls just want to have fun, de Cindy Lauper. Elle me met la patate !

Votre sainte préférée ?

Sainte Rita, parce que c’est elle qui m’a convertie.

Quel est votre premier geste le matin ?

Regarder mon réveil, et me rendormir s’il est trop tôt !

La personne qui vous a montré le chemin vers Dieu ?

Le père Roger Frey, qui a été très radical avec moi, plein d’exigence, de douceur et d’humour. C’est lui qui m’a aidée à couper avec l’ésotérisme, les horoscopes, la voyance. Cela a été douloureux, mais c’est ce qui m’a rendue libre.

Si vous étiez une église, laquelle seriez-vous ?

La basilique du Sacré-Cœur de Montmartre car elle accueille et rassemble le monde entier.

Que faites-vous le dimanche ?

Je me réveille doucement, je vais à la messe avec ma fille. L’après-midi, on mange des crêpes au chocolat dans les jardins de Paris. Et le soir, on regarde Winnie l’Ourson avant d’aller se coucher.

Des souvenirs du catéchisme ?

J’ai été baptisée à 17 ans et mon catéchisme s’est fait en six mois car j’étais très pressée. Je me souviens de ce qu’on me disait de l’amour de Dieu. Je me souviens aussi de la robe magnifique que je m’étais cousue pour ma première communion. On aurait dit une robe de mariée.

Ce dont vous êtes le plus fière ?

De mes résultats artistiques, obtenus sans compromis avec ma vie chrétienne. Je suis fière de ma liberté et je pense que c’est un luxe.
À quel moment avez-vous été la plus heureuse ? Quand j’ai reçu mon premier prix d’interprétation, en 1997, pour Gadjo Dilo. C’était le Léopard de bronze de la meilleure actrice, et la première grande reconnaissance de mon travail.
Votre dernier fou rire ? Hier soir, quand ma fille de deux ans et demi a grimpé sur mon dos, comme sur un cheval, alors que j’étais prosternée en prière !

Qui aimeriez-vous le plus rencontrer en tête à tête ?

Mel Gibson, parce que j’ai beaucoup de choses à lui dire sur sa Passion du Christ et que j’aimerais travailler avec lui.

L’endroit où vous rêvez de vivre ?

Un petit château, avec des biches, en Périgord Noir. Le paradis du foie gras… Ce sont mes goûts de luxe de Tzigane, et le syndrome roumain : tout ou rien !

Votre rêve le plus fou ?

Avoir l’Oscar ! Et, pourquoi pas, me marier…

Réussir sa vie, pour vous, c’est quoi ?

C’est ne pas la perdre et la choisir vraiment.

Votre devise ?

« Eu sînt eu si cred în dumnezeu », ce qui veut dire « Moi, je suis moi et je crois en Dieu ».

L’état présent de votre esprit ?

Créatif. Cela part dans tous les sens…

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter ?

Un bon producteur pour mon film !

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