Roland Giraud : Soldat du rire

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Acteur. En signant Chagrin de vie en 2003, il n’imaginait pas que ce titre de roman deviendrait réalité. Le soir de la mort de sa fille Géraldine, il a joué Avis de tempête au théâtre. Monter sur scène pour rester debout.

Par Emmanuelle Dancourt

 

Imaginez un appartement douillet, avec vue sur le Sacré-Cœur. Une belle femme blonde et énergique ouvre la porte. Maike Jansen excuse le retard de l’homme qui partage sa vie depuis 44 ans, montre la Bible qu’elle médite chaque matin. Des photos de Géraldine un peu partout. Une tasse de thé plus tard, il arrive, précédé de sa voix de baryton et portant ce regard franc qui le caractérise.

Comment vous définissez-vous comme artiste ?

Je ne suis pas un artiste, je suis un artisan du théâtre et du cinéma. Un miraculé aussi : c’était réussir ce métier ou rien.

Trait principal de votre caractère ?

Je suis de bonne volonté et fiable. Tout le reste n’est que défauts !

La qualité que vous aimez chez l’autre ?

La politesse. C’est la première marque de l’amour des autres, de l’amour christique. Dire bonjour en souriant est un acte de paix.

Le meilleur public au théâtre ?

Les Suisses ! Ils sont formidables, ils aiment le théâtre. Toutes les pièces que je joue sont rôdées à Montreux pendant 18 jours.

Votre citation de référence ?

« Le théâtre, c’est une purge », disait Louis Jouvet. C’est la catharsis, on se renouvelle. On rit, on pleure : il y a un temps pour tout, comme dit le livre de l’Ecclésiaste. On oublie sa vie quelques instants.

La chanson que vous aimez ?

La vérité de Guy Béart avec cette phrase culte : « Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté. » Cela va de Jésus et des apôtres à Martin Luther King et Gandhi.

Le théâtre a-t-il à voir avec une certaine vérité ?

Au théâtre, on recommence sa vie tous les soirs. C’est un moment de vérité. Mais les vrais moments de vérité ne sont pas, dans notre métier, fait d’artifices et de paraître, -métier que j’aime beaucoup par ailleurs. Les moments de vérité sont dans l’épreuve, la maladie, la mort, l’oubli.

Un lieu de vacances ?

Je ne prends jamais de vacances, je déteste ça. Un mois aux Maldives, très peu pour moi. Je préfère passer huit jours avec mon vélo en Auvergne, en Alsace ou dans le sud-ouest. Aucun stress ne résiste à une balade en vélo.

Votre plus grande joie artistique ?

Avoir chanté Papageno de La Flûte Enchantée avec Cécilia Bartoli dans Vivement Dimanche, il y a sept ans.

Votre rêve le plus fou ?

Interpréter à l’écran le pasteur de La symphonie pastorale, d’André Gide. C’est fou car cette histoire va à l’encontre de la mode actuelle. Tout est dans le non-dit, le silence.

Si vous pouviez voyager dans le temps, où iriez-vous ?

Dans ma jeunesse. C’est curieux d’ailleurs parce que je n’étais pas très heureux. J’avais peur de mon père, de mes profs, j’étais mauvais élève dans une famille où ils sont tous brillants et médecins. Le cancre est devenu clown ! Un soldat du rire.

Qu’aimeriez-vous dire au petit garçon que vous avez été ?

N’aie pas peur ! Jean Paul II l’a dit merveilleusement.

Un mot sur le futur ?

En vieillissant, je crois de plus en plus en ce que je crois.

Votre héros ?

Jésus Christ, le plus grand héros de l’humanité, mon ami, mon frère, l’homme parfait, et avec lui, tous ceux qui ont transmis et transmettent son message.

Votre premier contact avec le christianisme ?

Ma mère était catholique tiède et mon père anticlérical, mais quand j’étais soldat en Algérie, j’ai été initié à la religion chrétienne par un prêtre, soldat comme moi, sauf qu’il célébrait la messe le dimanche. Ensuite, j’ai rencontré ma femme, Maike Jansen, et sa famille hollandaise et protestante calviniste. Ses parents m’ont donné un tel exemple ! Je suis allé au culte le dimanche matin, j’ai prié avec eux. Tout cela me paraissait évident. J’ai été baptisé après mon mariage, à 26 ans.

Que faites-vous le dimanche ?

Je regarde beaucoup Présence Protestante à la télévision et ensuite la messe, sans oublier Judaïca. Je suis très œcuménique. Le message christique, c’est ma foi et ma vie, mais j’écoute beaucoup les autres aussi, j’essaie de comprendre et savoir.

Votre profession de foi ?

Il y a deux façons de se comporter dans la vie : les gestes et les mots qui vont vers la paix, et ceux qui ne vont pas vers la paix. Tout le mal qu’on fait, c’est le bien qu’on ne fait pas… et vice-versa !

Votre inquiétude ?

Le mal est partout. Le mal est très profond et je pense qu’il  n’y a pas de remède à ça.

Qu’est ce qui relie les hommes ?

Le message christique. Quand je jouais Bonté divine de Frédéric Lenoir au théâtre, le propos était de montrer que la religion reliait les hommes. Cette pièce continue d’être un grand succès en tournée car le public aspire au silence, à la réflexion, à la prière. D’où le succès du film Des hommes et des dieux.

Votre prière favorite ?

Le Notre Père. C’est une perfection. Je le dis vingt fois par jour ! Et j’insiste beaucoup sur « que ta volonté soit faite ».

Et « pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous offensé » ?

Quoi de plus difficile et quoi de plus beau ? Nous connaissons bien le problème avec ma femme, avec le meurtre de Géraldine. Le pardon, c’est le plus beau cadeau que l’on puisse faire.

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