Orphelin d’un enfant

by administrator

Perdre un enfant…C’est le drame qu’a vécu Cécile. Son fils Vincent, enfant prodige devenu religieux dominicain, décède à 30 ans.  De cette souffrance naît pour elle une vie nouvelle.

En mai 2007, nous avons perdu le second de nos trois fils, religieux dominicain. Son prénom de baptême était Anne-Joachim ; en religion, il devint frère Vincent. Il avait trente ans. Il n’y a pas de mot qui puisse dénommer des parents qui ont perdu un enfant… Cette absence de mot est le signe même que l’intolérable ne peut être qualifié. C’est la raison pour laquelle je considère que Benoît, mon époux, et moi-même, sommes « orphelins » de notre fils Vincent à qui nous avions donné la vie par amour et en toute confiance. Vincent était un garçon brillant, rempli d’humour et de vitalité. Lorsqu’il nous annonça, à l’âge de vingt-cinq ans, sa décision d’entrer chez les dominicains, nous eûmes l’impression d’un coup de tonnerre. Il rejoignit le noviciat de Strasbourg puis le couvent de Lille. Devant son bonheur éclatant, je fus convaincue qu’il trouverait là son épanouissement et la vie spirituelle et intellectuelle qu’il cherchait.

Il était pâle et chauve
Notre vie bascula subitement lorsqu’il nous apprit quelques années plus tard qu’il souffrait d’un cancer du poumon. Vincent fit sa profession solennelle dans l’ordre des Prêcheurs par une belle journée de septembre. Il était pâle et chauve mais avait l’air si joyeux et rempli d’énergie que nous repoussions de toutes nos forces l’éventualité qu’un malheur puisse arriver.
Le Vendredi Saint 2007, Vincent nous annonça qu’il souffrait d’une métastase au cerveau. Lorsque nous sommes arrivés à Lille, l’heure n’était pas aux civilités ; notre famille et la communauté fraternelle des dominicains ne perdirent pas de temps. Nous étions là pour faire « équipe » autour de lui et nous nous devions de nous soutenir les uns les autres.  De ces quelques semaines qui nous séparaient de la mort de Vincent, je retiendrai surtout la beauté de ces temps passés à son chevet. La vie à l’hôpital s’organisa dans la souffrance mais le calme et la prière régnaient dans sa chambre. Au couvent nous trouvions quotidiennement le soutien dont nous avions tant besoin. Vincent avait perdu l’usage de la parole et nous n’avions pas encore parlé de notre séparation possible. Après un temps de désert vint le miracle d’une intervention chirurgicale ; Vincent put de nouveau échanger avec nous. Nous pensions accompagner Vincent mais ce fut lui qui, finalement, nous assista jusqu’à sa mort. Comment ce jeune homme a-t-il pu accepter que sa vie s’arrête là alors qu’il était si combatif ? Je pense que Vincent avait, bien avant nous, compris ce qu’il cherchait. Par son abandon parfait, sa prière continue et l’immense sourire dont il nous gratifiait généreusement, il nous emmena à sa suite. Sa mort nous anéantit dans un premier temps. Nos enfants perdaient le repère de leur fratrie. Notre famille si unie parut se disloquer et notre couple se trouva dans la tourmente.

Une découverte qui change tout
Mais nous avions beaucoup prié au chevet de Vincent et j’avais découvert ce qu’était l’intimité avec Dieu. Peu de temps après la mort de Vincent, je réalisai subitement que Dieu m’aimait par-dessus tout et que, jamais, Il ne m’avait abandonné. Dans un tel contexte, cette constatation pouvait paraître déplacée mais, en fait, cela changea tout. De la mort de Vincent naissaient ce que je peux appeler ma conversion et ce bonheur tout neuf de Dieu non plus très loin mais très proche et très miséricordieux. Vincent nous manque cruellement et nous savons qu’il est impossible de se consoler de la mort d’un enfant. Mais nous savons aussi que de cette souffrance est née la nécessité d’aimer sans compter. Témoigner de cette vie possible sans notre enfant, oser dire que « la vie est magnifique malgré tout » est peut-être ce que Dieu attend de nous désormais. Laissons Le faire et abandonnons-nous à Lui.

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