Olivier Delacroix : de la croix à la paix

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Rencontre. Comme certains témoins qu’il rencontre dans sa célèbre émission Dans les yeux d’Olivier, la vie ne l’a pas épargné. Après des années de tourments, Olivier Delacroix se dit aujourd’hui apaisé et avance tranquillement sur un chemin ouvert à la spiritualité.

Propos recueillis par Emmanuel Querry

Par sa sensibilité, son originalité et son goût pour la rencontre, il a su imposer ses « dreadlocks » à la télévision et retranscrire l’histoire d’hommes et de femmes très divers, parfois blessés. Une approche originale et un respect de l’autre que son expérience personnelle a accru. Le suicide de son père, suivi deux ans plus tard de la perte de son fils, ont fait lever au ciel les yeux d’Olivier et déclenché en lui incompréhension et colère contre le Dieu auquel il croyait. Des braises longtemps gardées en lui jusqu’à des rencontres salvatrices. Alors qu’il revient à la rentrée sur France 2 pour proposer cinq nouveaux films de son émission-documentaire phare et qu’il sort au mois d’octobre un disque très intimiste, nous avons la joie de partager un moment en toute simplicité avec ce sympathique réalisateur, reporter et chanteur de rock au cœur tendre.
Dans votre livre Nos chemins sont semés de rencontres (Michel Lafon), vous écrivez avoir eu très tôt des questions métaphysiques sur le monde. Quelle a été la première ?

Je l’ai posée à ma mère sur la côte normande, je devais avoir quatre ans. J’ai réalisé qu’on n’était pas éternel, qu’on allait mourir un jour. Je n’ai pas de souvenirs précis mais ma première question spirituelle était liée à la mort. Ça m’a beaucoup angoissé à ce moment-là.

Que vous a répondu votre mère ?

Elle m’a répondu qu’on vieillissait, qu’un jour on mourait et que c’était l’histoire des hommes. Elle m’a dit : « Ne t’inquiète pas, en grandissant tu accepteras. » Ma mère m’a apaisé avec ses mots, elle m’a dit de m’adresser à Jésus, et que Dieu m’aiderait à comprendre le sens de tout ça.

À l’âge de 30 ans, vous êtes confronté à deux drames : le suicide de votre père et, deux ans après, la perte de votre fils. Comment, alors, votre rapport à la mort et à Dieu a-t-il évolué ?

Quand j’ai perdu mon père, j’ai commencé à être en colère contre Dieu. Mon père était extrêmement bon, d’une gentillesse incommensurable. Il s’est suicidé après avoir vécu une succession d’échecs dans sa vie professionnelle et sentimentale. J’en ai voulu à Dieu, car je croyais en un Dieu horloger, qui décidait du bien et du mal. Puis la perte de mon fils m’a complètement éloigné de Dieu car j’estimais ne pas mériter ça. Avec le recul, je sais que ma manière de voir les choses était simpliste.

Quel a été l’élément déclencheur qui vous a réconcilié avec l’idée de Dieu ?

Je suis resté longtemps en colère, et quand on reste dans la colère, elle vous empoisonne. Et pour le premier film de Dans les yeux d’Olivier, j’ai rencontré un couple : les Mervoyer. (ndlr : les parents de Martin, tué par un videur sur le parking d’une boîte de nuit en Corse pour avoir apporté avec ses amis un cubi de vin dans l’établissement). Ce couple de croyants fervents a pardonné à l’assassin de leur fils. Cette rencontre m’a marqué. Ils m’ont présenté une autre conception de Dieu. Ils me disaient : « Dieu est à l’intérieur de nous. » Cet amour qui se dégageait d’eux, ce pardon, m’ont interpellé.

Une autre rencontre semble avoir été importante dans votre vie, avec les moniales bénédictines de l’abbaye Notre-Dame du Pesquié, dans les Pyrénées.

C’est le deuxième événement qui m’a permis de reconsidérer ma spiritualité. Je pensais que leur engagement était contraignant, que c’était un sacrifice de s’enfermer à vie, de faire vœu de silence et de prière et de ne sortir que pour aller voter (rire). Et je me suis retrouvé avec des moniales contemplatives rayonnantes.

Qu’avez-vous ressenti dans ce monastère ?

Il y avait une luminosité, une paix intérieure. J’étais mort de trouille avant de faire ce film. Et j’ai été surpris, enchanté, nourri. Qu’elles soient anciennes ou novices, j’ai appris par leur profondeur spirituelle et intellectuelle. Je n’ai pas senti le sacrifice chez ces femmes mais l’offrande. Elles avaient rencontré Jésus et elles Lui offraient leur vie. Cet engagement était beau.

Avez-vous gardé contact avec elles ?

Oui j’y retourne et j’y suis invité régulièrement. À chaque fois, toute la communauté se réunit et je leur raconte mes expériences. Ça fait un peu « Tintin reporter » mais elles me posent plein de questions. Elles appellent ça une « récréation » ! Ce sont de vrais moments de grâce, d’intelligence, de rire, d’échange. Cela m’a rapproché de ce qu’est la foi. Quand elles vous disent qu’elles prient et que le fruit de leurs prières retombe quelque part dans le monde, je trouve ça très beau.

« Je me suis retrouvé avec
des moniales contemplatives rayonnantes »

Où en êtes-vous aujourd’hui dans ce chemin spirituel ?

Je pense que je suis réconcilié avec l’idée d’avoir la foi et de croire. Maintenant je suis plus en quête de signes qui vont renforcer le sens que je donne à ma vie. L’un et l’autre doivent se concilier. Mais je pense que quand on cherche le sens de sa vie, les signes viennent. Ils viendront.

Y a-t-il un passage des Évangiles qui vous émeuve particulièrement ?

Jésus accepte le baiser de Judas, montrant ainsi qu’il est toujours prêt à lui pardonner. Le pardon c’est comprendre l’autre, même s’il y a une blessure causée par la trahison. C’est de l’amour, de l’échange et cela montre qu’on n’est pas figé dans ses positions. Si on est un homme en marche on est capable de pardonner.

Le pape François évoque souvent la miséricorde, cela vous touche-t-il ?

Le pape qu’on a actuellement est une bénédiction pour l’Église. Il est en phase avec notre époque. On voit combien dans d’autres religions le manque de guide peut mener aux pires choses, donc avoir ce pape est une bénédiction.

Et si vous pouviez parler à un saint ou à une sainte ?

J’aimerais que ce soit avec la Vierge Marie. Elle pourrait m’expliquer deux trois choses. D’ailleurs, je trouve que les femmes sont le pilier de notre société. Elles portent beaucoup de choses. D’où la volonté dans d’autres religions de les brimer, de les recouvrir de la tête aux pieds pour qu’elles n’existent plus.

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