Nikos Aliagas : Le Noël d’un père

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Rencontre. Heureux qui, comme Nikos, connaît les joies de la paternité. Pour les deux ans de sa fille, il lui dédie un guide de vie, composé des sagesses de la Grèce antique et d’histoire familiale.

Propos recueillis par Emmanuel Querry.

Journaliste, animateur de télévision, de radio, acteur, chanteur, Nikos Aliagas cultive la polyvalence. Célèbre présentateur de The Voice, et autres émissions de variétés sur TF1, on pourrait croire que son monde n’est constitué que de strass et de paillettes, et superficiel, mais il n’en est rien. Ce que j’aimerais te dire, titre testamentaire de son livre, nous invite à une odyssée dans le monde intérieur de Nikos, façonné de cultures française, grecque et chrétienne orthodoxe, qu’il cultive et partage avec son épouse et sa fille.

Pourquoi ce besoin d’écrire maintenant ce livre pour votre petite Agathe ?

C’est l’envie de tisser un lien de tendresse, comme un fil d’Ariane qui pourrait être utilisé à sa guise. C’est peut-être lié à mon âge. J’ai 47 ans. Je suis à mi-chemin, théoriquement. Enfin, c’est pour qu’elle sache qu’il y a quelqu’un qui l’aime, son papa, sa maman, sa famille et je pense que si elle est aimée, elle s’aimera aussi. Donc c’est important.

Vous écrivez que la paternité a été un séisme pour vous.

Il y a la naissance, où on réalise qu’on est papa, et puis après on comprend que ça devient un rôle. Ma mission, aujourd’hui, c’est d’être un bon père. Être père, c’est comme dans tout amour, ce ne sont pas que des mots, ce sont des actes.

« Nous sommes tous porteurs d’une histoire, d’un héritage connu ou inconnu… » : est-ce si important pour vous, la filiation ?

Oui, c’est à mon sens incontournable. On adore réinventer sa vie, se donner des airs ou un métier, mais on ne peut pas gommer ce qui est en nous, surtout l’Invisible. Renier, c’est se perdre. Oublier, c’est se donner moins de chance de pouvoir choisir demain et d’avoir une distance, une profondeur, une réflexion.

Vous êtes français et grec, comment cela vous a-t-il construit ?

Si tu sais qui tu es et qui étaient tes ancêtres, tu choisiras le chemin qui est le tien. Tu auras au moins un point de référence, un curseur. Ma vie, c’est aussi l’exil de mon père, qui embrumait son regard, et sa mélancolie de temps à autre. Cela a forgé ma volonté : moi, petit gamin né dans un 17 m2, je pouvais réussir. Je suis un enfant de l’intégration républicaine, un vrai, un pur, sans piston, qui a fait ses études ici à l’école publique.

Lorsque vous aviez 10 ans, vos parents vous ont mis dans une école tenue par des prêtres orthodoxes. Quels souvenirs en gardez-vous ?

C’était extraordinaire. Ils m’y ont mis pour que mon grec soit plus précis au cas où on reparte. Ces prêtres ont été des pères pour nous, dans le vrai sens du terme. On pouvait jouer au foot le matin avec l’archimandrite Dyonisos, faire du théâtre le soir. Ils nous ont également donné une dimension spirituelle. C’est eux qui m’ont appris à prier. Je n’ai jamais été autant heureux de ma vie.

Aujourd’hui comment faites vous vivre cette foi chrétienne qui vous habite ?

J’ai une grande icône de sainte Agathe et j’allume des cierges chez moi. Je suis un fou d’icônes, je vais à la messe, etc. J’ai baptisé ma fille en petit comité dans l’église de Sainte-Agathe. C’était un moment d’une émotion absolue.

D’où vient cette dévotion pour sainte Agathe ?

Sainte Agathe était une martyre sicilienne qui était extrêmement riche et qui a donné tous ses biens aux pauvres et aux chrétiens. Elle est la protectrice des femmes enceintes et la protectrice de ma région. La seule église qui lui est dédiée se trouve près du village de mes parents. Lors de la Sainte-Agathe, en mémoire « des brigands » qui se sont révoltés contre l’empire ottoman au XIXe siècle et qui se sont retrouvés dans cette petite église, nous faisons la fête dans le village. Depuis que j’ai 11 ans, pendant trois jours et trois nuits je porte les armes familiales de l’arrière-grand-père et de la région avec les pompons et la jupe grecque, et on fait danser des milliers de personnes…

C’est un sacré décalage avec votre vie ?

C’est une manière de remettre les compteurs à zéro. Un jour, je rentrais à Paris, j’étais en train de parler de la Star Academy, alors que la veille j’étais avec quelqu’un qui avait un visage tout droit sorti du XIXe siècle. C’est sainte Agathe qui nous unissait. Sainte Agathe, je lui ai dédié ma fille ! Donc j’ai énormément de dévotion et de respect pour ce qu’elle représente.

Vous qui êtes vu par des millions de téléspectateurs comment fait-on pour ne pas succomber à l’« hybris » que vous décrivez dans votre livre ?

Quand je retourne au village de mon père en Grèce, quand la vieille dame qui n’a pas d’âge me voit au cimetière quand je vais allumer le cierge sur le tombeau de mes grands-parents, à ce moment-là pour elle je suis « un bon gars ». Elle se fiche de savoir que la veille j’étais en direct avec Pharell Williams. C’est même drôle ! Je vis parfois des grands écarts comme ça, mais j’en ai besoin.

Dans le livre vous dites avoir également besoin de faire une retraite au Mont Athos pour revenir à la source.

Quand j’ai commencé dans ma vie professionnelle à vivre avec le stress, des tensions, l’ambition ou des échecs, ma seule mesure de régulation c’était d’aller avec mes copains au Mont Athos. Pour rigoler au début, genre, on va voir les moines… Et puis finalement on se disait « c’est pas mal ici » car on ne nous juge pas, on est bien et on est en droit d’exprimer nos doutes.

À quoi ressemblait le Noël de votre enfance ?

On n’avait pas le père Noël. Pour nous c’était saint Basile qui arrivait avec les cadeaux et on n’avait pas de sapin mais un bateau, qui était le symbole de saint Nicolas. Noël, c’était surtout une fête très familiale, plus modeste, sacrée. Ce n’était pas une fête de bouffe. C’était une fête de prière, cool, sympa, on était content d’être ensemble. Il y avait des fruits, du miel, des gâteaux traditionnels.

Et votre Noël d’aujourd’hui avec Agathe ?

Pour ma fille effectivement, il y a un sapin et je m’habille en père Noël. Mais je garde les chants, les « calendes » qui sont des chants traditionnels que l’on chante en guise de vœux pour l’année nouvelle.

Que souhaitez-vous que votre fille fasse quand elle sera adulte ?

Je lui souhaite de ne pas faire forcément un métier de notoriété pour de mauvaises raisons mais de faire ce qu’elle a envie de faire pour de bonnes raisons, d’être connecté à sa passion, à son rêve.

Exergue : « Je n’ai jamais caché que j’étais chrétien, que j’étais très bien avec ça et que j’allais prier »

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