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Moi, Manon, bipolaire

11 janvier 2013

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De l’enfer de son enfance et de son mariage avec un « pervers narcissique », Manon a gardé des séquelles indélébiles. Diagnostiquée bipolaire, elle a pourtant appris le vrai goût de la vie.

Pendant toute mon enfance, j’ai subi harcèlement moral et violences physiques de la part de ma sœur Céline, de deux ans mon aînée. Elle me haïssait, sans doute par jalousie. J’étais très brillante dans mes études, socialement très appréciée, à l’aise. Céline était timide, renfermée, et avait de terribles accès de colère. Jamais les autres membres de ma famille ne m’ont protégée face à cette situation. J’ai alors développé une image dévalorisée, broyée, de moi-même.
Quelques années plus tard, j’ai rencontré Vivien et nous nous sommes mariés. Très rapidement, il s’est avéré être un « pervers narcissique ». Pendant tout le temps de notre vie commune, il n’a eu de cesse de me détruire encore plus. En 2001, nous avons divorcé.
Avec toutes ces violences subies depuis l’enfance, j’ai développé de nombreux troubles psychiques : maniaco-dépressive (bipolaire), boulimique, anorexique, troubles obsessionnels compulsifs (TOC) et kleptomanie. Ma vie est devenue une succession de phases dépressives sévères avec des idées suicidaires, et de périodes d’exaltation maniaques excentriques.
De 2001 à 2007, du fait de cet état non encore clairement diagnostiqué, je change chaque année d’employeur, de profession, voire de région, au point que les recruteurs me considèrent comme instable. En 2004, par exemple, je décide de quitter la région parisienne pour changer de vie radicalement : je pars m’installer dans les Cévennes avec une amie où nous allons reprendre un gîte. Je ressens le besoin de changer de vie, de revenir à des valeurs sûres et stables et à une harmonie avec la nature. Nous atterrissons dans un écovillage. Mais au bout de quelques semaines, l’expérience prend fin car nous prenons conscience que tout ceci est au-dessus de nos forces.
À chaque fois, le même scénario se reproduit : en état hypomaniaque, convaincue et convaincante, je me fais embaucher haut la main pour des postes à responsabilité. Et inexorablement, au bout de quelques jours, pétrie d’angoisses, épuisée par les insomnies, submergée par le stress, je démissionne, me sentant incapable de gérer la situation et de tenir mes engagements.
À 34 ans, le diagnostic est posé : je suis atteinte de maniaco-dépression, maladie incurable. Je comprends enfin pourquoi ma vie est un cauchemar. C’en est trop. Je choisis d’en finir. Je suis seule, personne n’est au courant de mes idées suicidaires, car j’ai fait semblant ces derniers temps d’aller bien, et je pense que rien ne peut entraver ma décision. J’ai écrit mes dernières volontés, des lettres pour mes proches, mis mes papiers en ordre.
C’est alors que j’entends une voix tout à la fois douce, ferme et claire qui m’ébranle intérieurement : « Je t’aime, je t’aime, je t’aime… » Croyante depuis l’enfance, je comprends que c’est le Seigneur qui me dit que ma vie a du prix à ses yeux, qu’il me veut vivante.
Je décide alors d’apprendre à « gérer » ma maladie au mieux. Je participe à des groupes de psycho-éducation animés par un psychiatre et des psychologues. Ils nous indiquent comment identifier les changements d’humeur et comment y faire face concrètement.
Dans le même temps, je peux exprimer ce que j’ai vécu aux membres de ma famille. C’est vital pour moi de le faire. Céline prend conscience de ce qu’elle m’a fait subir et s’en repent vraiment. Par la grâce de Dieu, elle s’est métamorphosée et je retrouve enfin ma grande sœur. De même, j’exprime à mes parents mon incompréhension face à leur silence et leur inaction devant ma souffrance d’enfant. Mon père me demande pardon et une nouvelle vie commence pour lui aussi. Aujourd’hui, fortifié dans sa foi en Jésus, il est prédicateur laïc.
Chaque jour, je demande à Dieu de m’aider à vivre ma vie telle qu’elle est, avec ses forces et ses faiblesses. Il met sur ma route des amis qui me redisent combien ma vie est précieuse. Dieu me rejoint dans les montagnes russes de la maniaco-dépression. C’est lui qui me guide en chemin.

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