L’Église selon saint Matthieu

by Alexandre Meyer

Comment lire et comprendre le Nouveau Testament ? Les quatre évangiles qui le composent nous parlent bien du même Jésus, le Messie dont parlaient les Écritures qui est mort et ressuscité, mais leurs récits ne sont pas identiques pour autant ! L’évangéliste Matthieu nous invite, à sa suite, à devenir des disciples de Jésus.

PROPOS RECUEILLIS PAR Alexandre Meyer

Claire Burkel est mariée et mère de famille, licenciée en allemand et ethnologie, titulaire du Certificat d’Études Bibliques, enseignante à la Formation des Responsables au sein de l’École Cathédrale de 1991 à 2019 et enseignante aux Cours publics du Collège des Bernardins depuis 2009. Elle a accompagné des pèlerinages en Terre Sainte et en Syrie de 1979 à 2019 et elle est membre de la rédaction de la revue franciscaine Terre Sainte Magazine.

Quelle est la genèse du Mooc « L’Église selon saint Matthieu » ?

Après avoir enseigné pendant 30 ans dans le cadre de la formation des responsables (1), j’ai accepté la proposition du père Jean-Philippe Fabre (le directeur des cours publics du Collège des Bernardins), de réaliser un mooc biblique consacré à Saint Matthieu, l’évangéliste le plus « ecclésial » dans son écriture et ses préoccupations.

Les cours publics sont ouverts à tous et les mooc (massive online open courses, cours publics gratuits en ligne), très complémentaires, offrent la possibilité à une audience très large de recevoir un enseignement

Le mooc « L’Église selon saint Matthieu », dixième cours virtuel proposé en cinq ans par l’école cathédrale sur le portail Sinod.fr, s’adresse au public francophone du monde entier. Il est ouvert à tous les niveaux. Pas besoin de culture religieuse ou d’être théologien pour le suivre. Il suffit d’avoir une Bible en main et ne pas avoir peur de feuilleter l’Ancien Testament où Matthieu puise énormément.

En quoi consiste-t-il ?

Le mooc dure 11 semaines et compte 30 vidéos en tout, à raison de trois vidéos de 8 minutes par semaine, à regarder quand vous le voulez.

Des documents et citations sont offerts à celui qui voudra approfondir sereinement chacun des enseignements. Parmi les documents iconographiques proposés : des tableaux, des sculptures, une icône, des fresques, un vitrail…

La lecture de l’évangile de Matthieu ne sera pas linéaire, du premier au dernier chapitre, mais suivra une sélection thématique et sautera dans le temps, partant de la résurrection pour revenir à la découverte pas à pas de celui qui est mort et qui est ressuscité.

Un quizz est proposé à l’issue de chaque semaine… et l’évaluation est immédiate ! Rassurez-vous, aucun piège n’est à craindre, mais c’est un bon moyen de mesurer sa progression et sa bonne compréhension du sujet. Un devoir d’évaluation sera également proposé à mi-parcours. Un forum de discussion est d’ailleurs ouvert pour envoyer une réflexion ou poser une question à l’enseignant.

Pourquoi saint Matthieu ?

Son œuvre remonte aux temps dits « apostoliques ». Elle est sans doute communautaire et il est compliqué d’identifier formellement son ou ses auteurs.

Illustration : L’évangéliste Mathieu, Musée National d’Ohrid, fin du XIIIe sècle.

Toutefois, dans son récit de l’appel et de la formation des disciples, sa préoccupation de l’Église est toujours présente : l’évangéliste appartient déjà à une communauté et nous donne un mode d’emploi, un manuel du nouveau membre de l’assemblée des chrétiens.

Il est représenté sous les traits d’un homme dans le tétramorphe (ce passage du livre de l’Apocalypse qui présente les quatre évangélistes sous l’apparence symbolique d’un aigle – Jean –, d’un taureau – Luc – et d’un lion – Marc) ce qui est le signe de son incarnation dans l’histoire du peuple de chair et d’os des premiers chrétiens. Il ouvre son évangile en déclinant la généalogie de Jésus, pour l’inscrire dans une lignée, une tradition. Ceci témoigne d’ailleurs de sa grande proximité avec les membres mêmes de la famille du Christ qui ont pu lui en donner les éléments.

Qu’a-t-il à nous dire de particulier ?

Matthieu est le plus proche du milieu juif dont il est originaire, celui dont les racines sont les plus visibles dans son évangile. Il s’intéresse peut-être un peu moins aux païens que les évangélistes Luc ou Jean, mais nous parle tout de même des mages, de la rencontre entre Jésus et le centurion ou la Syro-phénicienne… Il est issu d’une communauté où l’on trouve de nombreux pagano-chrétiens.

Il sait manier l’argent, il est comptable et son évangile nous rapporte plusieurs histoires d’argent, mais laissons cela de côté. Il est appelé et c’est une caractéristique essentielle du fonctionnement ecclésial. Une grande nouveauté s’opère sous nos yeux : une nouvelle logique triomphe et l’appel brise la logique de la génération, qui prévalait dans le judaïsme.

Matthieu peut-il changer notre manière d’aborder les Saintes Écritures ?

Très proche chronologiquement du dernier des livres « sapientiaux » (de la Sagesse) de l’Ancien Testament, Matthieu compose sontexte un siècle à peine après que le Siracide se soit répandu.

Il facilite notre compréhension des Écritures, le lien fort et étroit qu’il y a entre l’ensemble des Saintes Écritures : l’Ancien Testament précède, mais le Nouveau Testament accomplit ; les paroles du second ne sont pas compréhensibles sans celles du premier ; le premier n’est pas suffisant sans la lumière du second, etc.

Comment Jésus nous est-il présenté dans l’évangile de Matthieu ?

Le Jésus de ce texte et le Jésus présent dans son Église embryonnaire, ce peuple de Dieu, cette communauté de frères et de croyants, un peuple appelé, lié par des services communs.

En marchant dans ses pas, chacun pourra consolider sa foi, renforcer sa « colonne vertébrale » spirituelle, s’interroger sur la place qu’il occupe dans le tissu ecclésial le plus proche de lui : sa paroisse, un groupe de prière…

L’analyse de certains personnages comme Jean-Baptiste, de célèbres paraboles (l’ouvrier de la onzième heure, les talents, le semeur…) ont tant à nous dire de Jésus lui-même, de ce qu’il veut nous dire et attend de nous en particulier…

Beaucoup ne se sont jamais sentis appelés, comme les protagonistes de l’évangile de saint Matthieu, mais n’ont pas forcément écouté les signaux fins.

Note :

1. La formation des Responsable est un cycle sur deux ans dont la première année est justement consacrée à l’évangéliste Matthieu. Fidèle à l’intuition du cardinal Lustiger : former les laïcs pour eux-mêmes et pour l’Église, la formation des Responsables (qui ne le sont pas encore mais sont appelés à le devenir) a été lancée en 1982. Elle suit deux axes : la Bible et l’histoire et la tradition de l’Église. Les responsables s’engagent ensuite dans la vie paroissiale ou participent à la catéchèse… toujours à l’appel de leur curé ou d’un responsable de mouvement ou communauté, dans la fidélité à la tradition de l’Église depuis ses origines. Ils sont aujourd’hui très présents dans la pastorale de la santé, le formation des catéchumènes ou des futurs mariés.

POUR EN SAVOIR +

Le Collège des Bernardins, incubateur d’espérance, invite à croiser les regards pour cheminer dans la compréhension du monde et bâtir un avenir respectueux de l’homme. Ouvert à tous, ce joyau de l’architecture cistercienne invite à la rencontre et au dialogue entre foi culture à travers des débats, séminaires de recherche, formations et événements artistiques.
Chaque année, près de 150 000 visiteurs viennent apprendre, se fortifier et réfléchir aux questions contemporaines à la lumière de la sagesse chrétienne.

Retrouvez toute la programmation sur :
https://www.collegedesbernardins.fr

 

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